@yoananda2
Une précision
avant tout. Mon approche du langage est pragmatique, c’est-à-dire que je
considère que les mots sont des conventions qui nous permettent de communiquer.
Si je discute avec une personne et que je me rend compte qu’il y’a pas de
consensus entre nous sur l’utilisation d’un mot, je considère qu’il n’est pas
opérationnel donc je le change. Et ça ne me pose pas de problèmes car les mots
ne sont pour moi que des étiquettes qui permettent de nous comprendre.
C’est ce qui
s’est passé ici avec le mot « individu ». J’ai senti un énorme
bloquage chez toi vis-à-vis de ce mot, donc je me suis dit « écoute si tu
continues d’utiliser ce mot, on ne s’en sortira pas, laisse tomber et trouves-en
un autre ». C’est pour ça que j’ai cessé de l’utiliser, je me suis même dit
que je ne l’utiliserais plus jamais avec toi et que j’en ai utilisé un autre
pour dire la même chose que ce que je voulais dire à savoir « membre d’une
espèce ». « Membre » c’est la partie d’un ensemble. Le membre d’une
espèce est donc un organisme qui a des caractéristiques communes avec les
autres organismes du même ensemble.
Ce problème
de mot, les taxonomistes l’ont eu aussi mais à un degré incomparablement
supérieur lorsqu’ils se sont mit au cours des siècles à classifier les
organismes vivants. Le vivant est extrêmement complexe, lorsqu’ils ont érigé le
premier code de nomenclature, ils se sont trompés sur beaucoup de choses, et à
chaque fois qu’il fallu créer un nouveau code nomenclatural pour corriger les
erreurs, cela a produit de grandes confusions conceptuelles, des changements terminologiques,
des controverses sur les noms et des définitions et j’en passe. C’est ce qui s’est
passé lorsqu’on s’est rendu compte que le systema naturae avait des
insuffisances et qu’on est passé au système cladistique. Tous
ces bouleversements qui relèvent d’un formalisme classificatoire ne s’est pas
fait sans arbitraire dans l’attribution des noms.
Mais tout cela
ne change rien au fait que les organismes vivants ont des caractéristiques communes.
Ces caractéristiques-là, on les découvre, exactement comme on découvre la
rondité de la terre, ce sont des données de la nature qui n’ont rien d’arbitraire.
Je ne sais pas si je vais me faire comprendre mais il ne faut pas confondre l’arbitraire
qui consiste à attribuer un mot à quelque chose et la chose elle-même, l’étiquette
est peut-être arbitraire mais pas forcément la chose sur laquelle tu l’accole. « Canis
lupus » n’est qu’une étiquette, on pourrait très bien la changer mais ce
qu’elle désigne, c’est une catégorie d’organisme qui partagent les mêmes caractéristiques
et ça, ça n’a rien d’arbitraire.
Pour revenir
sur cette histoire de « division », là c’est de ma faute, en voulant être
le plus simple possible, j’ai été simpliste avec mon « qui ne saurait être
divisé sans être détruit ». Ca c’est un problème que j’ai parfois avec
toi, comme je change mon langage, mon équilibre entre simplicité et simplisme devient
parfois complètement bancal.
Je ne vais
pas entrer dans le détail mais il existe effectivement des organismes vivants
qui peuvent être coupés et donner deux, voire plusieurs organismes de même type
qui continuent de survivre. Et ces organismes sont bien des membres d’un groupe
naturel partageant des caractéristiques communes, ce facteur là n’est donc pas rédhibitoire.
Autrement dit, ce n’est pas parce qu’un blastocyste peut se diviser qu’il n’est
pas un organisme de l’espèce humaine. « Membre » ici ne prend pas le
sens de « la plus petite partie indivisible de l’espèce » mais d’organisme
classifié en espèce.
« je n’ai pas
"détruit" l’espèce, mais ce groupe de 200 n’est pas suffisant pour
perpétuer l’espèce, et en fait, elle va finir par disparaître, c’est une
certitude biologique car il faut suffisamment de diversité génétique pour
qu’une espèce puisse survivre ».
Oui, donc ces 200 membres de l’espèce Canis
lupus vont disparaitre sans se reproduire.