@yoananda2
-Juste une précision :
le fait que les enfants mourraient plus au moyen âge qu’aujourd’hui ne change
rien au fait que ces enfants étaient des homo-sapiens. Encore une fois, le fait
d’appartenir à une espèce ne relève pas d’un choix arbitraire, tout comme le
fait d’être de sexe masculin ou féminin, c’est une donnée biologique. Là-dessus,
je ne fais que constater. Après, je constate que ce qu’on appelle « humanité »
est arbitraire et c’est ça qui me pose problème. Maintenant, sur le droit de
tuer, là c’est autre chose, j’ai une opinion et nous pouvons en avoir des différentes.
Ce sont deux sujets différents, l’un relève du fait biologique et l’autre de l’opinion.
Et mon opinion est qu’il devrait être interdit de tuer des membres de notre
espèce.
-Une fois cela
dit, ce que tu dis sur l’interdit du meurtre est très intéressant. Pour le dire
clairement, est humain pour toi celui qui est socialisé, qui s’insère dans des
relations sociales. Mais je trouve ta conception très dangereuse. Quid des gens
qui pour une raison ou une autre n’ont plus d’amis ou de familles, des gens qui
ne sont plus aimé par personne, comme on peut le voir aujourd’hui avec nos
anciens dans les maisons de retraite ? Ta conception justifie leur élimination :
après tout, ce ne serait pas un meurtre puisque leur solitude ne fait plus d’eux
des humains, les faire disparaitre ne causera aucun dommage émotionnel puisqu’ils
n’ont plus de proches. Et ça me fait très peur connaissant le contexte néolibéral
ambiant et le désir de faire des économies en termes de santé publique, il y’a
là un cocktail monstrueux. Et ce que tu dis là finalement valide mon propos :
en fixant arbitrairement le périmètre de l’humanité, il n’est pas impossible qu’un
jour, j’en sois exclu. Eh oui, cette conception me terrifie. C’est pour ça que
plus haut, j’ai parlé de la notion de « lebensunwerte Leben » chez
les nazis, on est pas si loin que ça de ça en fait.
-Mais là, on
entre de plein pied dans la philosophie du droit : l’interdit du meurtre
n’est pas fondé sur l’idée que son réseau relationnel ressentira émotionnellement la perte,
il est fondé sur un objectif de paix civile. Une société dans laquelle tout le
monde peut assassiner n’importe qui ne survivrait pas à elle-même. C’est la
peur de la mort violente qui va mener à ériger cet interdit qui nous permettra
de « vivre ensemble ». Et précisément, une société qui modifie en
permanence le périmètre de l’humanité sur des critères arbitraires crée un état
d’insécurité permanente puisque je ne sais pas si dans 10 ou 20 ans je serais
toujours considéré comme un humain. Le réflexe que cette peur éveille en moi, c’est
le désir de défendre ma vie, donc de m’armer en anticipant ma possible sortie
de l’humanité. Et là, on parle d’embryon et de fœtus, donc personne ne fait
attention mais lorsqu’on parlera des nouveaux nés ou des personnes âgés, et
peut être de nouveau exclure des races ou des ennemis politiques, de plus en
plus de gens ressentiront cette insécurité et se mettront eux aussi à anticiper
leur sortie de l’humanité. A termes, ça crée une société de la défiance où chacun
a peur de ne plus être considéré comme humain du jour au lendemain, et donc l’impossibilité
de vivre en commun.
Tu parles de
raison "pure" mais tu sembles oublier une émotion très puissante : la peur.
L’instinct de survie, le désir de persévérer dans son être.