Quand la sociologie de salon perd le contact avec le réel
Je terminerai par quatre arguments que je crois importants.
1) Sur la civilité qui fait tellement défaut à ce genre de diatribe
« Incompétence professionnelle », même pas « le niveau d’un étudiant
de première année », grave atteinte à « la réputation de notre
discipline », « fraude », « balivernes »… Pourquoi m’insulter, cher(e)s
collègues ? Ne savez-vous donc pas parler normalement ? Comme des gens
civilisés ? Accessoirement, connaissez-vous mon CV avant de me traîner
dans la boue ? Ce langage est effarant, il traduit une grave et
révélatrice incapacité à maîtriser ses émotions. On y reviendra.
Drapés dans leur hautain mépris, mes huit éminents détracteurs ne
respectent donc pas les règles déontologiques élémentaires de la disputatio
scientifique. Ont-ils pris réellement connaissance de mon travail ? On
vient de voir que non. M’ont-ils écrit pour m’interroger sur mon
travail ? Jamais. Ont-ils manifesté l’envie de débattre dans un
séminaire ou un autre cénacle universitaire quelconque ? Jamais. A
l’image des journalistes sans doute trop heureux de les publier (on sait
combien j’ai critiqué le traitement de la crise sanitaire par le journal Le Monde
notamment, et ce journal s’est bien gardé de me prévenir et de me
proposer un droit de réponse), mes collègues pratiquent la tentative
d’assassinat à distance. C’est tellement plus confortable. Ce faisant,
ils se mettent au niveau de ce qui s’étale tous les jours sur des
réseaux sociaux comme Twitter devenus le lieu d’une lutte d’influence
sauvage où tous les coups sont permis. Cette façon de faire bafoue les
règles les plus élémentaires de la civilité et de la déontologie
universitaire.
2) Sur le « complotisme »
Mes savants donneurs de leçons pratiquent allègrement le procès
d’intention et l’invective gratuite. Me voilà donc « complotiste ». Je
me permets de leur conseiller la lecture de mon article du 16 novembre 2020
intitulé « Le complotisme pour les nuls ». Cette expression est devenue
à la fois un fourre-tout pour caser toute forme de critique et une
sorte de point Godwin qui sert à discréditer globalement une personne
pour mieux éviter d’avoir à discuter précisément ses arguments. L’étape
suivante consiste à suggérer que la personne a des accointances avec
l’extrême droite, quand les prétendus débatteurs n’utilisent pas l’arme
ultime consistant à accuser les gens d’antisémitisme (comme certains
s’amusent actuellement à le faire sur la page que me consacre le site wikipedia).
Tout ceci non seulement n’est pas sérieux, mais est de surcroît
insultant et diffamatoire. Le vrai conspirationnisme est une forme de
pensée magique visant à expliquer le réel par le jeu de forces occultes
cachées. Ceci n’a strictement rien à voir avec l’analyse sociologique
que je développe pour analyser la construction de la narration
officielle que j’appelle « la doxa du covid » et dont j’analyse les
acteurs et les discours dans un autre épisode (central) de la série (21 février 2021).
3) Sur les sources d’information de mes détracteurs
J’aimerais demander à mes huit savants accusateurs quelles sont leurs
sources pour mettre ainsi en cause mon travail. Leur article n’en
mentionne que trois, deux sources journalistiques (une dépêche type fact-check de l’AFP et la déclaration de la rédaction de Mediapart contre mon article) et un article d’un site Internet intitulé Conspiracy Watch.
Ce site m’a en effet consacré tout un article à charge pour m’assimiler
en fin de compte à l’extrême droite sous prétexte qu’untel ou untel
reprendrait ici ou là tel ou tel de mes propos. De la part d’un site qui
a soutenu depuis un an et demi (avec d’autres
comme Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion et stratégies
d’entreprises à l’IFOP) que l’hypothèse de l’accident de laboratoire à
Wuhan relevait du complotisme, cela fait sourire (voir notre analyse).
Il s’agit d’un site assurant manifestement avant tout la promotion
personnelle de son créateur, un certain Rudy Reichstadt que
l’Observatoire du néo-conservatisme présentait en 2013
comme « un opportuniste de la galaxie néo-conservatrice », un « expert
autoproclamé », « proche de BHL », « disciple de Pierre-André Taguieff
et très proche de Caroline Fourest », « c’est surtout le jeu des réseaux
qui lui a permis d’exister ». Plus récemment, Le Monde Diplomatique a raconté également
comment « il s’impose dans les médias en tant qu’expert ès théories du
complot. Il multiplie les entretiens et les tribunes dans Le Monde, Libération, Le Parisien,
etc. Quand les universitaires Gérald Bronner et Pierre-André Taguieff
ne sont pas libres, c’est lui qu’on invite pour commenter les dernières
élucubrations sur tel ou tel attentat ». Pascal Boniface, Frédéric
Lordon, Jean Ziegler et bien d’autres ont ainsi eu à subir ses attaques
généralement pleines de mauvaise foi et d’amalgames. Chacun jugera si M.
Reichstadt est ou non plus crédible que moi en matière de lutte contre
l’extrême droite.
J’en profite pour dire de façon générale que ce chantage permanent à l’extrême droite est non seulement profondément ridicule me concernant (j’ai combattu l’extrême droite toute ma vie, mon dernier livre
paru en mars 2020 est tout entier dirigé contre cette idéologie) mais
aussi et surtout très dangereux sur le double plan intellectuel et
politique. Il s’agit en réalité de la stratégie du pouvoir exécutif
actuel que de se poser pour 2022, comme il l’a déjà fait en 2017, en
rempart contre l’extrême droite. Se dire de gauche et reprendre à son
compte cette rhétorique revient donc à se tirer une balle dans le pied.
De gauche intellectuelle et politique, il n’y en aura bientôt plus du
tout si chacun se jette ainsi dans les bras du pouvoir actuel. Que des
intellectuels se droitisent en vieillissant n’est hélas pas original.
Mais que la direction d’un syndicat comme Sud Éducation (qui titre un communiqué récent « Pour la vaccination, contre l’extrême droite ») ne le comprenne pas est juste atterrant. Et il n’est pas le seul.
4) Sur la sociologie de salon et « la réputation de notre discipline »
Résumons : huit sociologues qui n’ont jamais publié le moindre
travail empirique sur l’analyse de la crise sanitaire et de sa gestion
politique, ni sur la pharmacovigilance, m’injurient et me diffament sur
le fondement d’un seul argument (je ne comprends rien à la causalité) et
des informations tirées de deux coupures de presse et d’un article d’un
site Internet qui ne vaut pas tripette. Oserais-je dire que c’est très
faible intellectuellement ? Et que cela ressemble davantage à un
règlement de compte qu’à une critique scientifique ? Que vous ai-je donc
fait de si insupportable, cher(e)s collègues ?