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Éric Guéguen Éric Guéguen 16 novembre 2013 13:35

J’ai bien lu tout ce que vous venez de me répondre, et j’avais déjà écouté votre vidéo de Béaud, que j’avais d’ailleurs commentée à l’époque.
Je commence par le point sur lequel nous sommes entièrement d’accord, il s’agit de ce que vous pointez comme une interaction entre l’homme et son environnement, que je reformulerais en disant que l’homme n’est pas seulement un être historique, et que sa qualité d’être rationnel lui permet d’induire l’histoire et pas seulement de la subir.
 
Pour ce qui est du reste, et pour répondre moi-même à la question que je vous ai posée sur l’autre fil : je pense que l’emprise économique commence à jouer des coudes comme elle ne l’avait jamais fait auparavant à partir du moment où le pouvoir royal ressent le besoin financier d’unifier son royaume en s’appuyant sur la fortune... des grands bourgeois des grandes villes naissantes. Peu à peu, ceux-là ont senti l’opportunité qui leur était faite et, crescendo, le pouvoir économique a gravi les échelons. Je date ça au XIVe siècle, à travers toute l’Europe occidentale.
Mais je ne parlerais certainement pas de capitalisme comme nous l’entendons aujourd’hui ! À l’époque, il était déjà, en effet, question de capital engendré par la production, et de réinvestissement, de spéculation même, mais il y a une chose prépondérante qui n’existait pas, qui donne tout son sens au capitalisme comme nous le connaissons, c’est-à-dire débridé et qui a été induite par les changements intellectuels. Je vais vous dire tout de suite de quoi il s’agit...
 
L’an dernier, j’ai eu la chance de suivre un cours d’une trentaine d’heure sur l’histoire du capitalisme, très intéressant, bien qu’axé majoritairement sur les points de vue marxiste ou socialiste (Université française oblige, il ne faut pas trop en demander non plus, donc Friedman et Hayek, par exemple, n’ont jamais été ne serait-ce que cités). Et à la fin de mon cours, j’ai senti un manque énorme qui, à mes yeux, faussait tout, mais vraiment tout. cette chose ? Eh bien le cours traitait du capital, de la production, de l’exploitation des masses salariales et compagnie... MAIS... mais n’a jamais, jamais traité... de la con-so-mma-tion !!! C’est pas dingue ça ? Je pense au passage que du point de vue de la consommation, il est plus difficile de séparer des dominants et des dominés, ceci expliquant peut-être cela...
Mais de fait, à partir du moment où une consommation de masse est permise, on tombe littéralement dans un autre monde, et le capitalisme prédateur, capable de transformer du superfu en nécessaire, prend alors son essor, à ce moment-là, et à ce moment-là seulement.
Or, qu’est-ce qui a été nécessairement un préalable à la consommation de masse ? La bataille pour l’empire du droit, autrement dit pas de Ricardo ou de Marx sans que Machiavel, Hobbes ou Locke n’aient préparé le terrain idéologique, et notamment qu’ils aient œuvré pour uniformiser l’espèce en désacralisant le paradigme de la vertu, trop peu sûre face aux guerres de religion de l’époque, et en le remplaçant par celui de l’intérêt matériel, immensément plus répandu au sein de l’espèce et capable d’anesthésier les querelles religieuses intestines qui minaient alors l’ordre dans la cité (Machiavel) ou dans le royaume (Hobbes).
 
À vous lire.




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