Pas d’accord
sur tout dans cet article mais le papier de Polony rejoint sur beaucoup de
points ce que j’exprimais plus haut : « Au nom de quoi sommes-nous
condamnés à commenter à intervalles réguliers les opinions d’Éric Zemmour, ses
conceptions de l’histoire ou ses considérations sur les prénoms ? Eric Zemmour
ne vit que de l’agitation qu’il provoque et des bâillons qu’on lui tend. Il
fustige un « appareil de propagande qui réunit la radio, la télévision, le
cinéma, la publicité, sans oublier les chiens de garde d’Internet », lui qui
officie dans plusieurs médias, non pas en tant qu’invité, mais en tant que
salarié. Éric Zemmour, donc, a exposé ses vues devant un parterre réuni pour
espérer l’avènement autour de Marion Maréchal d’un courant politique aux
contours indéfinis. Le contenu du discours en question était pour le moins
édifiant. Rien, il est vrai, qui n’ait été écrit, ici ou là, par l’auteur du Suicide
Français. Mais le condensé d’une telle pensée, le résultat de son évolution, de
sa radicalisation, a laissé sans voix, et presque gêné, l’auditoire. Ses
propos, au moins depuis le Suicide Français relèvent de la réaction, au sens
originel de ce terme. Ils expriment une idéologie qui rejette foncièrement la
Révolution française et la philosophie des Lumières dont elle découle. Ce que
rejette Eric Zemmour, c’est la liberté de l’individu, sa capacité à choisir son
destin, en dehors de la soumission à Dieu et à ses représentants terrestres. Éric
Zemmour ne rejette par l’islamisme au nom de la liberté, du droit de chaque
individu à vivre librement sa vie. Il rejette l’Islam, vu comme un bloc, et
calqué sur la vision qu’en ont les islamistes, au nom d’une autre religion dont
l’emprise devrait être tout aussi totale.
Eric Zemmour
use de concepts et de réflexions tirées d’auteurs – Christopher Lasch,
Jean-Claude Michéa, ou même George Orwell – dont il déforme allègrement la
pensée. Il s’appuie sur la critique que ces auteurs mènent de la « religion du
Progrès » et de l’idéologie de l’extension infinie des « droits individuels »,
mais pour nier, ce qu’aucun de ces auteurs ne fait jamais, les vertus de
l’émancipation individuelle. A une pensée dialectique, cherchant l’équilibre,
il substitue des affirmations radicales et réductrices dont l’unique objet est
de peindre une société irréconciliable et devant nécessairement basculer dans
la guerre civile au nom d’un fantasme pseudo-viril. Rien n’est plus grisant que
de se faire prophète de l’apocalypse. Surtout en son royaume. La responsabilité
consiste, bien sûr, à ne pas s’aveugler sur la réalité d’un entrisme islamiste
qui ne progresse que grâce aux renoncements des institutions, mais elle consiste
également à ne pas opposer aux terroristes un modèle qui n’est que la forme
inversée du leur ».
https://www.marianne.net/politique/eric-zemmour-rentier-de-l-apocalypse-au-royaume-des-hypocrites?fbclid=IwAR3E1JnLvenuF-MRQDgeZdeaRl1V_xgdOyvYboScIkdLp-Tfn_iAMuCn6oA