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Accueil du site > Actualités > Société > Miguel Benasayg : La singularité du vivant

Miguel Benasayg : La singularité du vivant

Les éditions Le Pommier présente l'ouvrage de Miguel Benasayag : La singularité du vivant à la Maison de l'Amérique Latine avec la participation de Jean-Michel Besnier et Gieseppe Longo.

Tags : Economie Chine Société Google Humanitaire Histoire Humour Philosophie Science et techno Communication Nature


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9 réactions à cet article    


  • 3 votes
    Shawford Shawford 21 novembre 15:17

    Magnifiques interventions, tout particulièrement de Benasayag quand il explique le virage réactionnaire des matérialistes qui renient un siècle d’avancée de la pensée humaine rationnelle et visant à intégrer les principes d’incomplétude et de négativité.

    Il le fait avec une pensée accessible, éminemment cultivée et transdisciplinaire : à intégrer assurément dans toute bonne critique construite du transhumanisme et autres courses folles du capitalisme technophile.


    • 2 votes
      ? ??? ? ??? 23 novembre 10:43

      La fin de la conférence est remarquable (8 dernières minutes), et peut servir d’introduction à ceux qui n’auraient pas le courage de visionner cette longue vidéo. C’est en particulier un message à la « dissidence » — à ses déboires — de la part d’un personnage qui, au-delà de ce que l’on peut penser de son parcours, a resisté on ne peut plus concrètement, ayant été prêt à mourir pour ses idées (sans pour autant y croire, ajoute-il malicieusement au milieu de la conférence).

      *

      Il répond à une jeune demoiselle lui faisant part de son désarroi. Celle-ci rappelle que, depuis plus de 40 ans, malgré que l’on [c.à.d. les êtres pensants] sache que l’on va droit dans le mur, et qu’un « rapport de force », certes représenté par une minorité, a émergé, rien n’a changé. Miguel répond de la manière suivante :

      *

      Il faut comprendre que nous sommes en présence d’une croyance. Or vous savez votre Proust, lui il écrit dans La recherche  : « Les faits ne pénètrent jamais le monde où habite notre croyance ». La croyance a à voir avec la vie, vous comprenez ? Le problème c’est que tant que l’on oppose les faits aux croyances — et on a raison d’opposer les faits aux croyances car des brèches peuvent apparaître —, il faut avoir l’humilité du résistant, d’une résistance qui ne tombe pas dans la mégalomanie.

      *

      Il faut prendre conscience, d’un point de vue stratégique, que tant qu’il n’y aura que des faits opposé à des croyances, il n’y aura pas de croyance alternative qui pourra associer la vie à la technique. Et que donc, il n’y a pas de rapport de force. Le rapport de force émerge quand, à partir d’un certain nombre de faits articulés, émerge une croyance. […]

      *

      Il ne faut pas se faire d’illusion par rapport à la période dans laquelle on est. C’est une erreur fondamentale que de se fourvoyer sur ce point. On est dans une période où il faut cumuler des faits, résister comme on peut à l’horreur, et surtout ne pas vouloir prendre de raccourcis. Car les raccourcis ont une tête claire : celle de tous les intégrismes religieux et sectaires qui, aujourd’hui, s’opposent à cette barbarie technologique. Car ce que personne ne veut comprendre, c’est que le développement du terrorisme islamiste, c’est l’autre jambe de la barbarie technologique du post-organique…

      *

      C’est parce que nous sommes dans la barbarie technologique du post-organique que les autres nous disent : « Vous croyez que vous êtes libre de tout, nous on va vous montrer que vous n’êtes libre de rien ». Vous comprenez ? Avec des instruments archaïques et des corps qui saignent.

      *

      Chez nous, en Amérique latine, la version intégriste, fondamentaliste, elle est beaucoup plus sympathique, ce sont les retours des traditions indiennes. C’est très rigolo car quand j’étais jeune, les Indiens voulaient venir à Buenos Aires, aujourd’hui les jeunes de Buenos Aires veulent aller vivre chez les Indiens. Mais effectivement, je ne pense pas qu’il existe de raccourcis. C’est très mignon. C’est moins mignon lorsque quelqu’un dit face à cette horreur virtualisante : « je coupe des gorges ». Mais les deux sont des raccourcis. Il faut avoir la patience de construire des instruments de résistance. Et moi je crois que la joie du vivant sera ce qui pourra faire le rapport de force face a ce crétinisme horrible de la haine du corps technologique [et la barbarie technologique du post-organique].


      • 2 votes
        ? ??? ? ??? 23 novembre 10:46

        On peut ne pas être d’accord avec Miguel Benasayg, notamment sur sa vision « positiviste » de la technologie, bien qu’elle soit pondérée et raisonnée. Cette problématique ne pourra malheureusement pas être résolue avec l’aide d’arguments de comptoir : le rapport de l’homme à la technique — et de manière corrolaire à la marchandise — est l’un des enjeux majeurs, sinon du XXIè siècle, du moins de notre civilisation… Et l’on aurait envie de dire de toute civilisation arrivée à un stade de développement similaire au nôtre.


        • 2 votes
          Gollum Gollum 23 novembre 12:50

          @ ????

          Vous m’avez obligé à finir cette conf. J’avais happé la dernière demi-heure..

          Pour moi l’alternative est bien de renouer avec le vivant et allier un retour à la nature avec le meilleur de la technologie me semble un bon deal.. La permaculture devrait être généralisée. Mais il faudrait trouver un système d’industrialisation compatible avec la vie mais qui soit à l’échelle individuelle et non plus à l’échelle mondiale. Un peu ce qui s’est passé avec l’ordinateur qui est passé de gros monstres intransportables au portable d’aujourd’hui.. En minimisant et même supprimant les nuisances.

          Que dire sur le transhumanisme ? Notre conférencier fait un lien avec la vision religieuse d’antan qui promettait la vraie vie dans l’au-delà. Le transhumanisme fait pareil et du reste participe de la même haine du corps, du monde tel qu’il est.

          Dans les deux cas il s’agit de luciférisme c’est-à-dire de vouloir s’affranchir du monde de la matière. D’où le fait que le religieux voyait dans le monde extérieur quelque chose de satanique soumis au péché. Les transhumanistes font quasi de même en voulant échapper à ce qui caractérise la matière et le vivant, c’est-à-dire la fragilité, l’inéluctabilité de la maladie et de la mort vus comme des choses à bannir.

          La nouvelle vision de sagesse qu’il faut promouvoir c’est que cette fragilité, les maladies, la mort font partie des choses et ne sont pas à éliminer. Car ayant leur utilité propre. C’est une vision cyclique, celle des Anciens, pour lesquels après la pluie, le beau temps et qu’il ne peut y avoir de beau temps sans pluie.

          La vraie vie est donc bien ici et maintenant et pas plus dans un au-delà religieux que dans un au-delà technique (qui lui en voulant échapper à la matière nous transformera de façon paradoxale en robot, donc en matière). La vraie spiritualité étant d’accorder esprit et matière dans une coexistence pacifique et harmonieuse. C’est le vision taoïste traditionnelle.


        • 1 vote
          Gollum Gollum 23 novembre 12:51

          pas happé mais zappé… smiley


        • 1 vote
          ? ??? ? ??? 24 novembre 00:05

          J’ai quelques difficultés à me prononcer sur un tel sujet, qui est pour moi encore avant tout source de méditation…

          *

          … l’alternative est bien de renouer avec le vivant et allier un retour à la nature avec le meilleur de la technologie me semble un bon deal..

          *

          On est d’accord. Mais c’est esquiver le point qui fâche… À partir de quand la technologie empiète sur le vivant ? Où est la ligne rouge ? Quelles sont les conditions pour qu’une « hybridation du vivant » puisse être considérée comme saine ? On peut répondre radicalement de deux manières différentes à cela. 1 / C’est naturel : la technique est naturelle chez l’homme, donc R.A.S. Or, si on en est là, c’est qu’on doute de ce mode de raisonnement, bien qu’il paraisse vrai dans le fond. 2/ La possibilité qu’il ne puisse pas y avoir de compatibilité, bien que cette idée puisse paraître obscurantiste. En effet, si l’on y réfléchit bien, l’essort des techniques et de la technologie — c’est-à-dire des discours théoriques sur la technique — sont intimement liés à l’essor de la marchandisation du vivant. C’est l’époque de la naissance de l’économie (où l’on nomme l’oika, la maison propriétarienne…), de l’homme séparé : de lui, du monde et des siens. Conséquence, là où on avait avant deux sujets (les traces peuvent être trouvées jusque dans la grammaire ancienne), il y a maintenant un sujet et un objet. C’est la montée en puissance du matérialisme, qui se caractérise par le rationalisme et la logique, instaurant donc un discours qui se veut totalisant et vecteur de vérité, mais dont il faut reconnaître qu’il est surtout partial et partiel. Bref, le début de la fin.  

          *

          La permaculture devrait être généralisée.

          *

          Ce serait la troisième réponse. Si l’on veut bien entendre par ce terme un savoir-faire qui a toujours existé, et non qui soit une production du XXè siècle sorti du cerveau de deux Australiens ou Américains… L’alliance du biomimétisme et de la Tradition en somme. C’est là encore problématique, le mot en lui-même l’est… « Perma-Culture » ou comment faire pour repousser la culture dans ses derniers retranchements, la rendre « permanente », alors qu’on veut s’en débarasser… 

          *

          Notre conférencier fait un lien avec la vision religieuse d’antan qui promettait la vraie vie dans l’au-delà.

          *

          On pense tout de suite au Moyen-Âge, et là c’est remarquable de voir qu’une telle acception, la conception dont on se fait de la spiritualité de l’époque, est paradoxale. Le Moyen-Âge est tout à fait unique, il marque justement un « arrêt » dans l’avancée de l’Âge de fer. Je cite Wikipédia, le passage est assez significatif :

          « Au Moyen Âge, la notion de techne est reprise, mais elle n’est pas considérée comme un savoir noble. Elle s’intéresse au « comment » et est enseignée dans les écoles d’Abaco. L’autre partie du savoir, l’épistémè, s’intéresse au « pourquoi ». C’est le savoir « noble ». Il est enseigné dans les studia humanitatis. »


          • vote
            Gollum Gollum 24 novembre 12:18

            @ ????

            À partir de quand la technologie empiète sur le vivant ? Où est la ligne rouge ? 

            Ben c’est très simple. Il faut que la technologie fournisse des déchets complètements biodégradables à 100 %. Et qu’elle ait un impact minimal sur l’environnement. Cela impose de penser de façon globale ce qui est contradictoire. En effet la pensée est adaptée au local pas au global. Parce que le global c’est l’infini et que la pensée est incapable d’intégrer une infinité de paramètres..

            Il y a donc un sacré défi. Le mieux je l’ai déjà dit mille fois c’est de changer de logique. Abandonner la logique d’Aristote qui est mortifère pour le Vivant mais très bien adaptée aux sciences, à la technique et à la machine.. pour adopter une logique quadripolaire dialectique de type taoïste, une logique floue, bien plus adaptée au Vivant..

            La technique inventée par l’homme est le fruit d’un intellect qui isole les choses les unes des autres. D’où des impacts désastreux. On fabrique du plastique sans penser que cette saloperie n’est pas biodégradable et qu’en se fragmentant le plancton l’ingère et meurt. L’intellect humain, celui hérité de Descartes est myope.

            Quand le Vivant crée de la technique il est d’une part beaucoup plus efficace et d’autre part sans impact majeur sur le reste.. Comme si le Vivant était spontanément global. Bien évidemment il faudrait connaitre les mécanismes qui font que le Vivant sait faire du technique sans impact environnemental désastreux. Peut-être que la MQ au niveau de l’ADN ?

            Sinon d’accord que l’essor de la technique va de pair avec la matérialisation, la marchandisation, le tout économique.. Il y a une logique interne à tout cela ce qu’avait très bien perçu Guénon raison pour laquelle il fut un penseur majeur. 

            Et effectivement c’est le règne de l’homme séparé… déconnecté.. du Vivant. Connecté aux robots et aux gadgets mais déconnecté de la Vie.

            Si l’on veut bien entendre par ce terme un savoir-faire qui a toujours existé, et non qui soit une production du XXè siècle sorti du cerveau de deux Australiens ou Américains…

            Là pas d’accord. Ce savoir-faire n’a pas toujours existé. Le paysan d’autrefois labourait la terre. Le permaculteur ne laboure pas. Il travaille un minimum. Pas de charrue. Beaucoup d’observations et de synergie. On raisonne global. On renforce l’existant par une biodiversité maximale. On soigne la microfaune et la microflore. Le paysan d’autrefois ne savait même pas que ça existait.. C’est là où l’on voit que la modernité n’a pas que des désavantages.. La biologie sert à quelque chose.

            C’est là encore problématique

            Pourquoi ? C’est le seul mouvement d’ampleur aujourd’hui qui voit les choses de façon globale, taoïste.. C’est une révolution majeure. Alors que l’homme d’aujourd’hui est activiste (le fameux volontarisme crispé et pseudo-viril) le permaculteur pratique la Gelassenheit. Le laisser faire, le laisser vivre et devenir.. Et ça marche, très bien même.

            Le Moyen-Âge est tout à fait unique, il marque justement un « arrêt » dans l’avancée de l’Âge de fer. 

            Bien d’accord.

            L’autre partie du savoir, l’épistémè, s’intéresse au « pourquoi ». C’est le savoir « noble ». 

            Bien d’accord aussi. Et c’est la raison pour laquelle notre époque n’est pas une époque noble. Mais l’époque de la médiocrité.


          • 1 vote
            ? ??? ? ??? 24 novembre 00:12

            Le transhumanisme fait pareil et du reste participe de la même haine du corps, du monde tel qu’il est.

            *

            La haine du corps en tant qu’objet — en apparence — limité, borné ; mais certainement pas du corps compris comme matière.

            *

            Dans les deux cas il s’agit de luciférisme c’est-à-dire de vouloir s’affranchir du monde de la matière.

            *

            Et là, on en arrive au point de débat, mais bon, ce serait chercher la mouche, et je ne suis pas dans les juppons de Papa Tout-puissant, je ne prétends pas savoir. Je ne pense pas qu’ils veulent échapper à la matière, leur démarche est tout sauf spirituelle — dans son sens noble — mais qu’ils cherchent bien plutôt à épouser la matière. Comme vous le noter plus bas au demeurant, en notant  que cela « nous transformera de façon paradoxale en robot ». Mais il ne s’agit pas d’un « au-delà technique », mais plutôt d’un ultra-technique.

            *

            C’est ce qui est effrayant et rassurant à la fois. Ils ont une moitié de la clef, qui toute seule est monstrueuse, mais rien ne nous dit encore que l’autre moitié ne viendra pas à point nommée, lorsque le moment sera opportun... Tout vient à point à qui sait attendre... Nous pouvons, du reste, clairement percevoir que nous n’y sommes pas encore bien préparés. 

            *

            En guise de fermeture, on peut deviner que le train à grande vitesse de l’Histoire est bien sur ses rails, car du coagula on ne pourra aller qu’au solve. La descente dans les enfers de la matière est nécessaire pour pouvoir perçer la dernière couche d’ombre, qui se cache au plus profond, au cœur du Lion… De l’en-soi du Jardin d’Eden, on est passé au pour-soi de l’individualité marchande, et l’on se dirige vers le pour-soi revenu à Soi des temps futurs… 


            • vote
              Gollum Gollum 24 novembre 12:31

              @ ????

              Si, il y a une haine de la matière parce qu’elle limite l’hybris humain. Mais les transhumanistes veulent créer un esprit sans limite tout en ne croyant pas vraiment à l’esprit. Et la solution c’est de devenir un homme augmenté. L’illusion est qu’ils pensent qu’ils seront vivants si on transfère leurs données cérébrales sur un disque dur.

              Or cela n’arrivera pas. On aura juste un robot qui ressemblera (et mal) au modèle originel.

              Je ne pense pas qu’ils veulent échapper à la matière, leur démarche est tout sauf spirituelle — dans son sens noble — mais qu’ils cherchent bien plutôt à épouser la matière. 

              Pas d’accord du tout. La seule chose où je suis d’accord c’est que leur démarche n’est pas spirituelle. Elle n’est pas non plus matérielle. Ils veulent s’affranchir de la matière, s’affranchir de tout en fait. Vouloir être Dieu. Sauf qu’ils ne croient pas en Dieu. 

               Mais il ne s’agit pas d’un « au-delà technique », mais plutôt d’un ultra-technique.

              Oui ultra-technique qui emmène dans un au-delà de l’homme. Celui de l’homme limité pour arriver à l’homme quasi illimité.

              La descente dans les enfers de la matière est nécessaire pour pouvoir perçer la dernière couche d’ombre, 

              Oui. On est dans l’œuvre au noir alchimique. Forces plutoniennes dissolvantes et transmutatrices. Il n’y a plus qu’à guetter l’aube naissante : Aurora Consurgens. smiley



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