Bien entendu, il faut garder la tête froide. Et c’est une bonne chose qu’il y ait des critiques et des réponses aux critiques, le tout formulé entre professionnels de compétence équivalente, dans un cadre épistémologique scientifique (et non médiatique ou politique). C’est comme ça que la connaissance avance et produit des résultats réels.
Il est très important aussi de prendre la mesure de la très haute compétence des biologistes chinois en matière de virologie (et ça, les Européens et les Étasuniens ont du mal à l’accepter). Les chercheurs chinois sont brillants et ils ont des moyens financiers et industriels considérables, que malheureusement la France n’a plus depuis longtemps (elle n’est même pas capable de fournir des masques de tissu...)
Langage des oiseaux ou langage des chauve-souris ?
Le mot fait peur depuis quelques semaines mais les coronavirus qui circulent "naturellement" entre les êtres humains et qui ont été identifiés provoquent... des rhumes. Les coronavirus plus dangereux pour l’homme viennent initialement des animaux, en particulier on les trouve chez... les chauves-souris.
En l’état actuel des connaissances, il est supposé que les grandes épidémies de grippes chinoises ont pour origine la consommation de petits mammifères (à l’allure sympathique) comme la civette (épidémie de 2003) ou le pangolin (l’épidémie actuelle) et peut-être la capture, la conservation en cage (dans les conditions d’hygiène artisanales douteuses qu’on peut imaginer) et finalement la consommation de... chauve-souris. Les Chinois bouffent des chauve-souris (chez nous c’est réservé aux sorcières non ?) et du coup l’humanité entière se choppe une maladie de chauve-souris ! Et comme les humains pullulent et vivent serrés les uns contre les autres comme des chauve-souris, le virus se propage comme chez les chauve-souris. Je suppose que les Chinois doivent commencer à se poser des questions sur les mesures à prendre pour attaquer le problème en amont, donc au niveau des pratiques alimentaires "traditionnelles" dans certaines de leurs régions.
Au passage, si on fait le compte de la quantité de maladies qui viennent de la consommation de produits animaux, on ajoute un argument de plus en faveur du végétarisme (relatif ou absolu).
On voit aussi que la "grippette" a été capable de faire de sérieuses hécatombes ces quelques dernières années. Il faut bien comprendre que "la" grippe n’est pas la même chaque année car son agent infectieux varie.
Les gens se chamaillent ici sur des opinions et des impressions personnelles mais oublient trop souvent de se référer aux informations. Comme si le cerveau humain tendait constamment à chercher des idées simples et définitives, alors que rien n’est simple et définitif. On veut des cartes facilement lisibles pour comprendre le territoire (le mot "grippe") et on oublie que le territoire n’est pas une carte (pour reprendre la fameuse formule).
Ainsi, début 2017, on a eu en France une grippe qui a causé des centaines de morts chaque jour pendant 2 mois et demi. Mais on n’en parlait moins. Et qui s’en souvient ? A partir de là, on pourrait se dire que cette nouvelle grippe "couronnée" ou "chinoise" n’est pas si grave que ça, pas si importante que la construction médiatique qu’on en fait. Mais ce n’est pas si simple, parce que les virus associés au "syndrome grippal" sont divers et varié. Or, celui-ci semble particulièrement transmissible et impose donc aux populations des précautions adaptées. Et nous voilà dans des précautions "chinoises" auxquelles nous ne sommes pas habitués. On voit d’ailleurs que mêmes les pays comme l’Angleterre et les Pays-Bas sont en train de s’aligner sur cette stratégie.