@ Eric Guéguen
Gagné
Sur ce, je ne vois pas bien où mène la discussion sur le terme "bourgeois" qui était bel et bien utilisé à l’époque de la Révolution et qui, étant mis en opposition au "peuple", aux sans-culottes, aux pauvres, aux prolétaires au sens littéral (gens vivant de leur travail), désignait manifestement les gens les plus aisés de la société d’alors, quelle qu’ait été la raison de cette aisance.
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A mon sens, l’histoire doit se lire à deux niveaux : historique et humain.
Sur le plan historique, la Révolution ne pouvait pas avoir d’autre fin que de consacrer la puissance de la bourgeoisie, instaurer le règne de Largent et l’aristocratie des riches. C’était dans l’ordre des choses. C’est ce qui, de mon point de vue, explique pourquoi ceux qui avaient un autre projet ont échoué, par la seule force des choses. Il n’en demeure pas moins que les hommes, au jour le jour, pouvaient légitimement espérer que la Révolution prenne une autre tournure, qu’elle aille dans le sens de l’intérêt général. Rappelons-nous, par exemple, que la Constituante est issue des Etats généraux dont les députés ont, pour ainsi dire, été élu au suffrage universel, tous les Français m^les ayant eu la possibilité de participer aux élections. Au nom de quoi les Constituants ont-ils contester les droits politiques d’une partie de leurs mandants ? Rien ne les obligeait à créer cette distinctions de citoyens actifs et passifs et d’aopter tout une séries de mesures accablantes pour ces derniers. La marche de la Révolution aurait été tout autre s’ils avaient été moins cyniques. Ainsi, je ne crois pas que la Constituante devait fatalement accoucher de la Terreur, pas plus qu’elle ne devait fatalement accoucher de la République, pas plus que la Législative ne devait fatalement plonger la France dans la guerre, etc. Ce sont les politiques égoïstes et inconsidérées suivies par la Constituante puis la Législative qui ont suscité des réactions légitimes.
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Vous dites : "Robespierre, effectivement, a davantage tablé sur la faculté du peuple à s’autogouverner, mais ça ne fait pas pour autant de ses opposants des salauds !" Allez dire cela aux Parisiens massacrés au Champ de Mars et aux affamés un peu partout en France auxquels les Girondins répondaient que la seule chose qu’ils s’autorisaient en matière économique était de ne rien faire (sauf leur envoyer la troupe), autrement dit "vous avez faim, crevez en silence ! ou gare !". Si l’on considère notre situation actuelle, il n’y a pas besoin de beaucoup d’imagination pour ce que les gouvernés devaient penser de leurs gouvernants !
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"Et en effet, mettre de côté l’immense problème d’un peuple à la fois souverain ET analphabète était purement démagogique de la part de Saint-Just et de son entourage." Comme je l’ai dit plus haut, les députés à la Constitutante n’avaient pas vu de problème à être élus par des analphabètes ! C’est toujours la même chose : le peuple n’est bon que quand il est utile à nos maîtres ; il a tous les vices dès lors qu’il proteste contre les imposteurs et les tyrans.
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"Robespierre, comme l’a dit plus haut Machiavel1983, a certainement été entraîné dans une spirale qui l’a dépassé et a sombré dans une sorte de folie meurtrière." Il est exact que Robespierre a été entraîné dans des situations provoquées par des politiques auxquelles il s’était opposé, mais c’est le méconnaître de croire qu’il a sombré dans la folie meurtrière. L’image d’un Robespierre sanguinaire a été forgée par ses ennemis, car il n’y a pas besoin de justifier l’assassinat d’un tyran, mais tout le monde savait à l’époque que c’était un modéré. En 1793, quand la France est en guerre contre toute l’Europe et déchirée par la guerre civile, il était inévitable que le sang coule. Mais Robespierre voulait que la Terreur se conatonne au strict nécessaire. C’est bien pourquoi il s’opposait aux ultra-révolutionnaires que l’on appelle aujourd’hui hébertistes. Faites la liste des hommes auxquelles on reproche les crimes de la Révolution... ce sont tous des ennemis de Robespierre.
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"C’est donc un personnage passionnant, mais de là à en faire un héros, je trouve ça surprenant." C’est sans doute parce que vous le connaissez encore mal. Pour ma part, moi qui ait lu tous ses discours et toutes ses interventions replacés dans leur contexte, j’aurais systématiquement été d’accord avec lui comme c’était le cas de la plupart des gens (c’est bien parce qu’il était extrêmement populaire que son prestige était immense et donne l’impression qu’il avait LE pouvoir).
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Enfin, face à la situation actuelle, je me dis surtout que les terribles épreuves qui nous attendent premettront de nous pencher avec plus de sérieux sur le cas de Robespierre et d’avoir un peu d’indulgence pour les gens qui font leur devoir dans la tempête sans perdre la raison.