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Commentaire de Éric Guéguen

sur Hegel : philosophe de la modernité


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Éric Guéguen Éric Guéguen 5 mai 2013 00:31

@ Gaspard Delanuit :
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Je vais vous répondre on ne peut plus clairement, et vous verrez que je suis d’accord avec ce que vous dites, mais que, à mes yeux, vous n’allez pas au bout des choses :
1. Hobbes pronostique la désagrégation de la société ; en tant que scientifique frustré, il applique à celle-ci la discrétisation mathématique.
2. L’individualisme est en germe et grandit par l’intermédiaire de relais, les fameuses Lumières.
3. Ces dernières accouchent d’un produit fini, prêt à l’emploi : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Le mot "citoyen" a son importance car c’est le lien ultime entre l’individu et la communauté à laquelle il appartient, qu’il le veuille ou non. 150 ans plus tard, le mot "citoyen" est tombé au champ d’honneur, déjà trop "totalitaire" aux yeux de certains.
4. Rousseau intervient et, avec la finesse qui le caractérise, tente de trouver une parade à l’individualisme qui - il le sait - fera tôt ou tard le lit de l’économisme.
5. Robespierre et Saint-Just, grands lecteurs de Rousseau, mettent en pratique ce qu’ils pensent en avoir compris de l’équilibre entre individu et société - avec le succès que l’on sait.
6. Kant, avec son état de nature hobbesien et sa théorie du contrat, passe totalement à côté du problème (de ce que j’en ai lu).
7. Hegel s’y colle à son tour avec à l’esprit l’écueil de la Terreur et les mêmes craintes que Rousseau quant à la dévorante société bourgeoise et la fin prochaine de la politique. Il magnifie un élément de transcendance pour sauvegarder la politique sans pour autant bannir l’économisme : l’État.
Autrement dit, la différence entre Rousseau et Hegel d’un côté, le reste de l’autre, c’est que les premiers comprennent le danger de l’individualisme - danger qui se double du confort aveugle que celui-ci permet à chacun - les autres ne s’en soucient pas ou s’extasient au contraire de pouvoir bientôt jouir sans entrave.
8. Quel a été l’ennemi commun des deux grandes idéologies meurtrières du XXe siècle ? La société marchande individualiste à l’anglo-saxonne. Par réaction, un holisme de substitution a été instauré pour contrer l’individualisme, et on connaît la suite...
Forcément, avec notre recul et notre manie de sonder dans l’histoire les traces de pas des salauds, Hegel devait finir par rendre des comptes !
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Mais au finale, l’individualisme est un extrémisme qui mine aujourd’hui toute issue politique des crises actuelles. Certes, il vaut toujours mieux que l’extrême inverse, je vous l’accorde, mais il ne nous en préserve pas pour autant (on l’a vu au siècle dernier). Pour éviter de basculer d’un extrême à l’autre, comme on sait si bien le faire d’ordinaire, les penseurs les plus utiles sont précisément les rares à s’être souciés du problème, fût-ce avec leurs erreurs d’appréciation.
Alors jeter Hegel au feu, non. Popper, oui. La pensée politique d’un Popper n’est qu’une fausse bonne idée, une paresse intellectuelle.


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