Je ne peux pas être d’accord avec ça car je n’ai pas la même conception de la politique que vous deux. À vous entendre, les trois sphères ne reposeraient sur rien, et pas sur le peuple en tout cas Machiavel : le peuple est un facteur commun, rien d’autre, je refuse d’hypostasier le peuple au sens où c’est un amas de gens infiniment divers et qu’on ne peut absolument pas déduire d’idiosyncrasie commune de cet amas (sans compter que le peuple, c’est tout le monde, pas seulement les plus malheureux). Marx ou Machiavel (pas vous, l’autre) parlent de peuple comme d’une boule homogène parce qu’ils font de la politique comme on fait du billard.
Or, si ces sphères ne reposent sur rien, autant je comprends l’existence de la sphère économique (satisfaction des besoins animaux) et de la sphère culturelle (dépassement de la condition animale), autant la sphère politique n’a plus sa raison d’être. Et si Steiner lui délègue le rôle de dépositaire de l’"égalité" (et il ne faut pas oublier de mentionner à quelle époque écrit Steiner, l’égalité était devenue le maître-mot face aux désastres sociaux de la révolution industrielle), c’est parce qu’il sait très bien qu’en définitive, la politique sera toujours l’arbitre entre les deux autres. Souvenez-vous Machiavel, les Modernes ont insufflé la passion marchande (économique) pour venir à bout de la passion religieuse (culturelle) des pré-Modernes ; nous sommes passés d’un extrême à l’autre parce que la politique n’a pas joué son rôle !!! L’arbitre peut certes surjouer son rôle de temps en temps, mais il n’en demeure pas moins qu’il a un rôle spécifique, que les autres n’ont pas. Eh bien cet arbitre, moi, j’en fait un support sur lequel reposent les deux autres sphères, et sans lequel elles ne seraient pas, tout simplement.