@maQiavel
Très bien, à mon tour. Je fais faire plus court si vous me le permettez.
Ce que nous appelons "hiérarchie" témoigne déjà du fait que nous avons quelque égard pour l’idée d’égalité. Je pense que les sociétés primitives hiérarchiques ne se considéraient pas telles elles-mêmes, puisque c’était pour elles une évidence. Et c’était une évidence car dans une communauté réputée holiste, où les référents communs sont nombreux et s’imposent d’eux-mêmes et où chacun a une place qui lui est assignée, il ne vient à l’idée de personne de se battre pour les goûts individuels. Alors dans le cas de ces communautés, ne parlons pas de "hiérarchie" si vous préférez, mais il n’empêche que tout le monde ne peut pas occuper toutes les places, et en particulier au... sommet. Eh oui, vous ne vous débarrasserez pas si facilement d’un minimum de verticalité. En cela, il n’y avait pas de conflictualité, mais il n’y en avait pas précisément parce que ces groupes humains étaient "socialement sclérosés", ce qui permettait - pour reprendre ma dichotomie de l’autre jour - un certain ordre (pérennité de l’ensemble), fût-ce au détriment d’une certaine justice (mobilité des parties).
À partir du moment où nos sociétés contemporaines se veulent à ciel ouvert, où elles acceptent les avantages du libéralisme, elles doivent dans le même temps accepter le désagrément de la conflictualité. Les sociétés que vous prenez en compte en citant Mauss (toujours pas lu Clatsres, désolé) ne sont pas dépourvues de colonne vertébrale, seulement celle-ci est figée. Nos sociétés, elles, sont totalement désarticulées car elles font l’expérience de la coexistence entre le besoin de colonne vertébrale et la volonté de mouvement le long de celle-ci.