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Commentaire de Joe Chip sur "Porcs in progress" : une interview inédite de Marc-Édouard Nabe - Agoravox TV

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Commentaire de Joe Chip

sur "Porcs in progress" : une interview inédite de Marc-Édouard Nabe


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Joe Chip Joe Chip 29 novembre 2017 11:59

Je ne vais pas en rajouter, Gaston a été à la fois sévère et charitable. Nabe, contrairement à Soral et à Dieudonné, n’a visiblement pas compris qu’avoir un cercle fermé d’admirateurs n’était plus suffisant aujourd’hui. 


Il est temps que cette "génération 58" (Soral, Nabe, Taddéi, Moix, Blanrue et d’autres, même BHL dans une autre catégorie) comprennent qu’elle n’échappe pas à la règle du temps qui passe. Il y a chez ces gens au profil flou, mi-artiste, mi-publicitaire, typique des années post-68, dont on ne sait jamais vraiment le degré réel d’implication ou de sincérité (je n’exclue pas que Soral dans quelques années fassent un ultime pied de nez à ses admirateurs, genre "le complotisme, c’était un gros gag", sachant que la plupart de ses collaborateurs l’ont décrit comme un dilettante cherchant avant tout à échapper au monde du travail, ce qu’il a d’ailleurs confessé lui-même à plusieurs reprises) dont l’unique obsession semble avoir été toute leur vie d’échapper à tout catalogage ou tentative de définition (écrivains ? "artiste plus ou moins raté" ? politique ? touche-à-tout-touche-à-rien ? intellectuels ? chroniqueurs ? cinéastes ? journalistes ? publicistes ? entrepreneurs ? regardez Taddéi, Soral...) tels des éternels ados qui refuseraient d’entrer dans le moule figé des adultes. On a l’impression de gens un peu immatures en dépit de leur âge, comme égarés dans un palais des glaces, à la poursuite de leur propre reflet décomposé en une infinité de postures réflexives. Où est le vrai, où est le faux, qui est sincère, qui ne l’est pas, est-ce qu’il soutient vraiment Daesh ou est-ce que c’est juste une provocation un peu futile et téléguidée ?... bon, bah, au bout d’un moment, les gens sont lassés, c’est tout. Vertige de Nage confronté à sa propre "insignifiance". 

Soral et Nabe, aux abords de la soixantaine, ne cessent de nous répéter que, eux, sont vraiment restés des "subversifs" comme s’il y avait là un enjeu fondamental et décisif pour l’avenir du pays et de la jeunesse. Des punks qui n’ont pas évolué, se contentant de recycler tous les thèmes et toutes les figures imposées de la subversion-pas-si-subversive qui consistait, comme le disait Soral à une époque où il avait encore une sorte d’auto-dérision égocentrique qui le sauvait, à trouver des méthodes plus ou moins créatives pour vivre "confortablement à la marge du système bourgeois". 

Nabe ne se rend compte que le moindre ado peut le ringardiser avec un meme ou une potacherie décapante postée sur le forum 18-25, c’est là que la "subversion" et le feu sacré se transmettent aujourd’hui. Il y a plus de Choron chez ces incultes qu’il méprise que dans son pavé de 1000 pages (n’y-a-t-il pas ici quelque chose de l’ordre de la compensation phallique ou de la fixation fécale, sans vouloir tomber dans la psychanalyse de comptoir ?)

Toutes ces histoires de vieux combattants des années Palace, suivies par les années Canal, de ce pseudo âge d’or d’un microcosme interlope qui n’en finit plus de finir, de cette période à la fois désenchantée et festive où les vieux intellos pervers, les salopes en quête de promotion sociale, les artistes velléitaires, les provinciaux revanchards, les dandys de pacotille et les publicitaires arrogants se croisaient dans les boîtes de nuit parisiennes et animaient les débats "socio" des plateaux télé. Toute cette clique qui prétendait confronter la "société du spectacle" à ses propres contradictions et qui n’en était en fin de compte que l’ultime avatar... 

Toutes ces histoires plus ou moins sordides de fin de soirée (dédicace au légendaire Poupeto) fascinaient ou amusaient encore des gens de ma génération, "venue trop tard dans un monde trop vieux" pour paraphraser Musset, qui avaient un peu suivi tout ça à la télé depuis leur trou, à une époque pas si lointaine où on avait encore seulement 5 ou 6 chaînes de télé accessibles et où le porno de Canal + était attendu comme le retour du Messie chaque premier samedi du mois. 

Mais comment dire, les jeunes d’aujourd’hui s’en contrefoutent, et à juste titre, de toutes ces postures défraichies et usées jusqu’à la corde, comme des vieux fringues délavés des années 80, de vrai-faux dissident subversif. 
Le seul génie authentique de cette génération (quoiqu’on pense de lui par ailleurs), celui qui passera l’épreuve du temps, est et restera probablement Houellebecq. Franchement, tout est dit dans son "Extension du domaine de la lutte", il n’y a même pas besoin de lire ou d’écouter Soral après avoir lu ce court roman qui sait embrasser son époque. 

Je me souviens d’une interview où Soral, dans un de ses accès de lucidité semi-ironique, confessait qu’il ne resterait peut-être de lui que des pseudo paradoxes dialectiques et des postures de penseur médiatique. Prévoyant, il a au moins su bâtir sa petite entreprise 2.0. Nabe n’a apparemment pas le même recul sur lui-même, on dirait, et croit que s’engager dans la surenchère littéraire repoussera le jugement implacable du temps qui passe... pour tout le monde.

Carpe Diem !  

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