Puisqu’il est question avant tout de méthodologie, donc de théorie de la connaissance, d’épistémologie...
Ce qui ressort de cette tentative de dialogue me semble être l’impossibilité d’enquêter ensemble tant qu’on ne comprend pas que ce n’est nullement la raison qui nous conduit à penser qu’une chose est vraie ou fausse. La raison vient toujours après, comme une toiture, et en donnant toujours l’illusion d’être la fondation. Même en "science". Nous utilisons la raison non pour comprendre les phénomènes mais pour justifier nos intuitions, celles-ci trouvant leurs origines dans des processus beaucoup plus irrationnels que nous ne sommes capables de le percevoir et de l’admettre. Nous ne choisissons pas notre maison, nos amis ou nos associés de manière rationnelle, même si nous donnons ensuite des explications rationnelles à nos choix. Même en science. Ce que je vais dire va en faire hurler ou rire certains mais voici : la raison n’est pas le fondement de la connaissance, c’est seulement un instrument de la conscience utile pour l’organisation technique et l’aménagement matériels de nos conditions d’existence. La raison peut nous aider à construire des choses, fabriquer des outils, des machines, des systèmes, à administrer. Mais la raison ne nous fera jamais découvrir ce qui est vrai ou faux. La raison nous aidera parfois à expliquer aux autres ce que nous avons découvert avec de l’intuition et du flair. Dans une enquête policière, comme celle dont il est question ici (car c’est de ça dont il s’agit en définitive et non de calcul d’ingénierie et de vitesse de chute), l’explication analytique finale sera le couronnement mais pas la source de la résolution de l’énigme.
Le "critère d’ordinarité" cher aux rationnalistes, par exemple, n’a aucune objectivité réelle. La réalité n’est ni ordinaire ni extraordinaire. Est-ce qu’un ciel étoilé est ordinaire ou extraordinaire ? Est-ce qu’un crime est ordinaire ou extraordinaire ?
L’apport principal de ceux qui se nomment eux-mêmes "zététiciens" ne consiste pas à donner des méthodes de raisonnement (même s’ils le font parfois avec talent). Leur contribution la plus précieuse consiste surtout dans les exemples qu’ils nous donnent involontairement de la capacité que nous avons de décrire méthodiquement des illusions mentales et de nous y vautrer cependant nous-mêmes. C’est particulièrement nette sur le site suivant, dont voici un excellent article écrit par une personne qui illustre par ailleurs elle-même régulièrement "à l’insu de son plein gré" une bonne part des comportements dont elle tente de nous prévenir charitablement : http://menace-theoriste.fr/apophenie-illusions-de-perception/