@maQiavel
Ah, le problème n’est pas simple et je dois vous informer que vous commettez une erreur de compréhension à la fois sur ce que je viens d’écrire (vous devriez me relire plus objectivement
) et sur le constructivisme épistémologique (si c’est à cela que vous faites allusion). Il n’a jamais été question dans mon propos de nier qu’il existe une différence entre objectivité et subjectivité (ma vie quotidienne est conforme à mes propos et je ne suis pas totalement fou). Le constructivisme radical, tel que le définit par exemple Ernst von Glasersfeld, ne prétend pas non plus que l’univers n’existe que dans notre conscience : ce n’est pas un subjectivisme absolu.
Le mot "réalité" n’a pas le même sens selon qu’il désigne la Réalité telle qu’elle est en soi sur son propre plan (ce qui est) ou la réalité en tant que représentation personnelle ou collective du réel. C’est tout le problème de la "réalité de la réalité", pour reprendre le titre d’un livre de Paul Watzlawick. On donne aussi souvent l’exemple du territoire et de la carte du territoire. Ce n’est pas parce qu’il existe réellement un océan Atlantique que votre carte de l’océan Atlantique restitue toute la réalité de cet océan : il est même probable que ce n’est pas le cas, sinon votre carte devrait être aussi grande que l’océan. Mais en disant qu’on ne peut pas dresser une carte de l’océan qui soit le double parfait de l’océan, on ne dit pas que l’océan lui-même n’existe pas. On ne dit pas non plus qu’il est impossible d’en faire une carte utile pour les voyageurs. Et on ne dit pas non plus que tous les cartes se valent sous prétexte qu’aucune carte n’est la copie exacte de ce qu’elle représente. Dans l’approche constructiviste radicale (attention à ne pas confondre les différentes propositions portant le nom de "constructivisme"), on jugera avec pragmatisme que la carte de l’océan est un bon support de connaissance de l’océan si elle permet aux marins de bien s’orienter et d’arriver à bon port. Mais on ne déduira pas de cette efficacité que la carte dit toute la vérité objective de l’océan.
Vous écrivez "Si je postule l’existence d’une réalité objective indépendante de la conscience..." Mais... ce n’est pas le problème ! La véritable question porte sur le processus de connaissance, le "connaître". Vous pourriez très bien postuler l’existence d’une réalité objective indépendante de la conscience et affirmer en même temps qu’aucun sujet n’a le moindre moyen de connaître ce que c’est. Ce serait même assez conséquent, si vous postulez que cette réalité est vraiment "indépendante", sans aucun lien avec la conscience d’aucun sujet. Cette réalité absolue pourrait demeurer imperturbable dans son propre monde objectif, inaccessible, inconnaissable. Tandis que toutes les idées que nous formerions à son endroit, toutes nos cartes de la réalité, seraient de pures fantaisies subjectives (attention, je ne dis pas que c’est là ce que je pense). Votre condition "Si je postule l’existence d’une réalité objective indépendante de la conscience..." n’est donc nullement suffisante pour en faire découler ce qui vient à la suite de votre propos. La véritable question porte sur le processus de connaissance, le "connaître". J’enfonce le clou : la question porte sur la possibilité d’une connaissance objective de la réalité objective. Or, si je n’ai rien contre l’hypothèse d’une réalité objective en soi, je suis fortement sceptique devant les personnes qui m’affirment détenir la connaissance objective de la réalité objective. Saisissez-vous bien la différence ? La question méthodologique porte sur le moyen de connaître "ce qui est". Il ne faut pas la confondre avec cette autre question, non méthodologique mais métaphysique (et presque mystique), portant sur la nature ultime de "ce qui est" (cette question ne m’intéresse pas car on ne peut pas en débattre raisonnablement).