@TotoRhino
"Factuellement, que s’est-il passé réellement ? Alain Finkielkraut est passé par là au mauvais moment et rien d’autre. Il a été pris à parti et insulté par des GJ sans l’avoir directement cherché ; en ce sens, il est la victime.
Mais le fait générateur de cet « évènement » est de savoir si l’ins30ulte ultime « sale juif » a été prononcée ou pas ?"
Soyons sérieux. Alain Finkielkraut n’est pas "victime" parce que quelques énergumènes l’ont apostrophé avec grossièreté. Il ne revendique même pas lui-même ce statut pour cet épisode minuscule de son existence, heureusement ! Le préjudice est nul pour lui : il n’en ressort pas blessé, ni dénigré d’une manière telle qu’il risque de perdre son travail. Il lui est d’ailleurs aussi arrivé d’insulter des gens dans la rue, dans un moment d’exaspération en hurlant : "Pauvre conne !!"
S’il en était traumatisé, petite chose fragile, alors il y aurait aussi des millions de traumatisés chaque semaine en France à cause des gens qui s’engueulent au travail ou se traitent d’enculés à face de hareng pour un clignotant oublié dans un virage ou de fils de rat puant pour une place de parking.
Mais le simple fait d’avoir à se poser des questions sur le contenu exact d’une insulte spontanée lancée dans la rue, en employant des méthodes d’analyses acoustiques dignes de la police scientifique, montre qu’on est de toute façon déjà ficelé par un politiquement correct chiatique, constamment appelé à la rescousse pour faire diversion. Dans ce système, il y aura toujours 0,01 gramme de crise de fillette choquée par ceci ou cela durant 5 secondes pour faire hurler au scandale les bien-pensants et pour peser plus lourd dans la balance médiatique et politique que l’engagement de dizaines ou de centaines de milliers de personnes se gelant le cul pendant tout un hiver, bravant les forces répressives et risquant leur intégrité physique.
La seule solution est de briser le "politiquement correct" qui est devenu l’épée de Damoclès interdisant l’usage de la liberté d’opinion et d’expression, et qui n’est finalement qu’une loi anti-blasphème déguisée, protégeant une religion de la pensée unique. Religion sans nom mais sournoisement obligatoire. Je ne vois aucune autre issue que de s’échapper le plus rapidement possible de ce piège dans lequel tous les efforts sont toujours systématiquement anéantis par de la poudre à pleurniche légalisée.
Je sais, ce n’est pas simple, puisque le cancer a atteint la sphère juridique. Toujours est-il que le droit de penser et de s’exprimer librement, même grossièrement et outrageusement, doit redevenir prioritaire sur le désir bourgeois de n’être pas dérangé par la pensée scandaleuse des autres, sur le désir des endormis de n’être pas réveillés par les paroles dérangeantes des autres. Ce droit d’expression n’inclut évidemment pas le droit de répandre des accusations objectivement mensongères sur autrui, mais on voit bien qu’il ne s’agit pas du tout de cela en l’occurrence. Ce combat est primordial, car il est impossible de faire de la politique sans posséder le droit d’user librement de la parole. Je crois que cette revendication trouverait un soutien favorable dans une large majorité de la population française, qui ne s’est jamais réjouie qu’on lui interdise de parler gauloisement de tout et de tous.