@maQiavel
Il faut surtout pas changer de
nom, malheureux !
Je sais bien que les communistes,
autrefois, appelaient « facho » tout ce qui bouge et qui
est de droite (comme l’a rappelé Aude Lancelin). Mais le mot
« fasciste », lui, n’a pas été galvaudé : il a
gardé sa force de répulsion dans l’inconscient collectif. Fais
l’expérience. Mets-toi devant la glace et dis « je suis un
fasciste », tu verras l’effet produit. Ou bien compare ces
deux phrases : « c’est un sale fasciste » et
« c’est un sale écologiste ». Tu sens bien la
différence. Quoi qu’on
puisse penser des écologistes, reconnais que ça sonne mal. Bref, le
mot fascisme, de par ses sonorités qui évoquent le serpent, et de
par le fait qu’il est associé au mal de manière presque
universelle (1), a en lui une force de répulsion très utile. Il ne
faut pas brader ce patrimoine sémantique. Trouver un nouveau nom, ce
serait commencer à ouvrir une fenêtre d’Overton (2) : le
changement de nom aurait pour effet d’en
édulcorer le signifié,
comme quand tu dis « anthropophage » au lieu de dire
« cannibale ».
En
ce qui concerne la distinction entre fascisme historique et fascisme
au sens large, je n’ai,
contrairement à toi, aucun attachement aux figures historiques
figées dans le marbre. Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre
en profondeur, et donc derrière la forme historique contingente
qu’ils ont revêtue, les ressorts psychologiques et
anthropologiques du fascisme.
Concernant les distinctions
entre fascisme, nazisme et totalitarisme – que tu n’as pas évoquées
mais que j’anticipe – elles sont, à mon sens, de
peu d’importance car ces idéologies ne diffèrent pas en nature
mais en degré et qu’elles diffèrent essentiellement par les
moyens qu’elles mettent en œuvre.
Je ne prétends pas détenir la vérité
ni ne cherche à te convaincre. Je te fais part, simplement, de
l’état actuel de ma réflexion. Sans entrer dans le détail, je pense que
tout l’effort devrait consister à montrer que, avant de se
matérialiser dans un régime politique, le serpent fasciste se
glisse dans les esprits. J’y reviendrai dans un prochain message, ce post est déjà assez long comme ça.
(1)
Je dis « presque » universelle parce qu’il y a des
fascistes sans complexe dans les pays baltes et en Ukraine. Pour eux,
le mot fascisme n’est pas péjoratif ; au contraire, il est
auréolé de force et de grandeur.
(2)
Excellente vidéo, pour
comprendre ce qu’est la fenêtre d’Overton en 2min43s :
https://www.youtube.com/watch?v=R1CzNwL2V1M