@yoananda2
Je précise,
parce qu’il faut nuancer ici : on ne peut pas tout mettre en règle, un
jugement est toujours une question d’appréciation. C’est-à-dire que même en
partant de principes généraux, il faut de toute façon une intelligence de situation.
La différence c’est que cette intelligibilité de situation, je ne vais pas la
laisser partir en vrille dans tous les sens, elle restera dans les limites
fixées par des principes généraux.
Mais c’est ce
qui fait que là, la même chose se serait passé avec une autre chaine télé, si
cette chaine télé ne tapait pas constamment sur les musulmans et les personnes d’origine
africaine, mais sur les blancs catholiques ou sur les juifs séfarades, si le
général avait été coupé parce qu’il avait ciblé non pas les juifs mais les
musulmans, les catholiques ou les témoins de Jéhovah, bref, indépendamment des
cibles, indépendamment de ce que je pense dans mon fort intérieur de ces
cibles, ma réaction aurait été la même parce que je serais remonté à des principes
qui me permettent de juger tous ces cas de la même façon là où d’autres, en
fonction des cibles ou de la chaine auraient changé d’avis ( et j’aurais dis que
c’est un jugement à géométrie variable).
Attention,
ça ne veut pas dire que moi je suis objectif, les principes à partir desquels je
juge sont des axiomatiques qui ont leur propre fondement subjectif. Mais ça me donne au moins une boussole qui me permet de placer ma raison au-dessus
de mes émotions, ce qui fait que, sur une situation donnée je peux avoir un
jugement positif sur des acteurs qui me débectent ou au contraire un jugement
négatif sur des acteurs que j’apprécie. Par exemple n’apprécie pas du tout la
posture politique de Zemmour mais j’avoue que sur la question de la liberté d’expression,
je ne l’ai jamais pris en défaut, je trouve qu’il est impeccable sur cette
question. Je n’apprécie pas la posture politique de Soral non plus mais lui je
peux dire que c’est un tartuffe de la liberté d’expression parce que je l’ai
déjà pris en défaut. J’apprécie beaucoup Jacques Sapir et pourtant, je
considère aussi que c’est un tartuffe de la liberté d’expression pour les mêmes
raisons. Dieudonné, je ne l’ai jamais pris en défaut. Indépendamment de mes émotions pour ces personnages, je peux les juger
en fonction de principes qui dépassent mes affects personnels.
Le problème
si on n’en reste qu’à l’intelligence de situation, c’est que très souvent, les
émotions et les ressentis prennent le dessus dans les jugements.
Tu dis que
le coq et la tondeuse ont à voir (le "bruit" et la nuisance sonore) et
c’est tout à fait juste. Mais de la même manière à partir du moment où l’on
considère que la liberté d’expression est à évaluer comparativement, Médias et
Etat ont à voir puisque ce sont deux acteurs qui peuvent potentiellement s’en
revendiquer. Dans le premier cas, c’est le fait d’émettre du bruit qui rattache
deux objets différents et dans le second, c’est l’acte de se réclamer de la
liberté d’expression qui rattache deux acteurs différents.
Sinon, pour
le coq et la tondeuse, ce qui va me permettre de juger, c’est l’impératif de ne
pas causer à autrui des troubles excédant les inconvénients normaux du
voisinage. Ce qui demande évidemment une intelligence de situation pour dire quels bruits peuvent être considéré comme normaux ou non.