@yoananda2
C’est très intéressant
parce que ton illustre à quel point les robinsonades ont de l’influence. Et tu
es loin d’être le seul à penser comme ça, c’était aussi mon cas avant de m’intéresser
à l’anthropologie et de déconstruire tous les présupposés qui m’étaient
inculqués. Je ne vais même
pas utiliser le contre argument selon lequel tu as utilisé des produits de la
société matériels, de la main d’œuvre, de la monnaie etc pour construire ta
maison même si effectivement il y’aurait beaucoup à dire là-dessus.
Ton argument clé c’est : « si je n’étais
pas là, cette maison n’existerait pas ». On va faire simple en posant cela pour vrai. Bien la
maison est là et tu y loge. Enfin, juste nuit parce que dès le lendemain, je
débarque avec mes hommes et je te vire. Tu te plains en disant que c’est à toi
puisque tu l’as construite. Et moi de te répondre que la maison n’appartient
pas à celui qui l’a construit mais à celui qui a la force de l’occuper. J’en ai
la force, donc c’est à moi. Qu’est-ce que ça veut dire ? Que tu as
construit une maison, que tu as habité dedans, qu’elle n’existerait pas sans
toi mais qu’elle ne t’as jamais appartenue dans les faits. Pour qu’elle t’appartienne, il aurait fallu
créer un truc qui s’appelle la propriété et qui te donne le droit de la
posséder. Et il aurait fallu une force qui soit capable de te garantir ce droit
et m’empêcher de venir m’en emparer. Et ça, c’est la collectivité qui te les donne, elle va créer une institution qui s’appelle la propriété pour que tu
puisses jouir de ta maison de façon pérenne. C’est ça le sens de « la propriété est sociale
dans ses origines », c’est la communauté politique qui crée la légitimité,
la légalité, le contexte qui va enfin te permettre de dire avec assurance « c’est à moi ».
Mais ce « c’est à moi » n’est jamais absolu, c’est sous certaines conditions
et ça a des limites. Et ces limites, tu
vas les accepter parce que sans la collectivité, tu ne possèderais rien.
Quand on s’intéresse
à l’émergence du droit de propriété, on constate que c’est toujours un ensemble
de mécanismes sociaux et d’institutions politiques qui vont la produire ( et c’est
la même chose pour le marché d’ailleurs mais c’est un autre sujet) et qui
interdisent de la penser comme quelque chose d’absolu dont on disposerait à sa
convenance.
Une fois qu’on
a posé le cadre, je peux répondre à ceci : « C’est la ou je ne
vois pas ce que la dignité (les besoins physiologiques) des autres viennent
intervenir DANS LA MESURE ou je ne demande pas une règle d’exception en ce qui
me concerne, j’admets que les autres fasse pareil à mon sujet ».
Eh bien, dans
cette logique là, ce que feront ceux qui ne sont pas en mesure de satisfaire
leurs besoins physiologiques, c’est s’emparer de ton pain, pour pouvoir
survivre. Et c’est normal parce que toi aussi tu ferais pareil, si tu as des
enfants, tu comprendras facilement que tu feras tout pour ne pas les laisser
pas crever de faim. Finalement, les besoins physiologiques des autres te
regardent et le seul rempart entre eux et toi, c’est l’Etat, sa police, sa
justice, cet Etat dont tu dis qu’il ne devrait pas se mêler de tes affaires qui, en passant, n’existeraient pas sans lui.
Le truc c’est
que, comme nous sommes nés, avons grandi et acquis des biens dans un cadre
stable, nous avons l’illusion que ce que notre propriété est réellement à nous
mais c’est une fiction que l’Etat a crée pour que nous puissions en jouir en paix.
Si l’Etat s’effondre, la fiction s’évapore, et on va se rendre compte que c’est
la force qui permet de posséder un bien. Et comme on trouve toujours plus fort
que soi, la possession n’est jamais durable …