@yoananda2
Lorsque je
te lis, un mot me vient à l’esprit : spontanéisme. C’est comme si les humains
devraient fonctionner de manière spontanée, c’est-à-dire sans règles formelles,
sans normes, sans interdits, sans loi, sans Etat, sans logique sociale
supérieure, juste en s’adaptant à des situations, à des contextes, se regroupant
et se séparant suivant leurs désirs, migrants vers de nouveaux territoires ou
repoussants des migrants sur leurs territoires etc. Et finalement que le
meilleur gagne. Si dans ce chaos, tu te fais dominer par ton voisin, qu’il te
réduit en esclavage, qu’il te viole, ou qu’il t’égorge c’est qu’il est le meilleur,
tu n’avais qu’à être plus fort, ça te va. En gros, le monde the walking dead
sans zombies ou celui de Mad max.
Cet idéal
est accompli dans certaines zones de guerre civile. C’est-à-dire des zones où l’Etat
n’est tellement plus capable d’exercer ses prérogatives régaliennes qu’il est
absent, il ne reste plus que des groupes armés sillonnant le territoire, des
groupes d’auto-défense et des fuyards balloté au gré des évènements. Et cet
état a aussi existé quelque fois en Europe occidentale par moment. Moi je veux
bien admettre que ce soit pour certains une situation meilleure parce que
toutes les fictions ont éclaté et qu’au moins il n’y a pas d’hypocrisie. Moi de
mon côté, pour avoir un tout petit peu voyagé et visité des pays qui venaient
de sortir de ces situations-là, pour avoir vu la souffrance, les cicatrices et
les séquelles des gens qui ont vécu ces catastrophes, je n’en veux pas. Je n’en
veux pas pour ma famille, pour mes amis, pour mon entourage. En fait, je n’en
veux même pas pour les autres humains que je ne connais pas car je ne souhaiterai
même pas à mes pires ennemis de vivre ces expériences-là. Ce n’est que mon
opinion évidemment, on a le droit de ne pas être d’accord et de désirer ce
genre de choses. Mais l’idée que « c’est dans notre nature de nous
réfréner de tuer », désolé mais non. Je rajouterai également que dans toutes
les communautés humaines, il y’a des lois et des interdits. Même celles qui
précédaient les civilisations. Alors bien sûr, elles n’étaient pas écrites mais
elles existaient et se référaient à des mythes et croyances animistes. Les seuls
moments où les normes n’existent plus et où les fictions ne sont plus fonctionnelles
ce sont les périodes de guerres civiles comme décrit plus haut, et les humains
ne se réfrènent pas de tuer dans ces conditions particulières.
Lorsque j’ai
parlé de fiction, ce n’était pas péjoratif. Par exemple, je suis bien content
de cette fiction qui s’appelle propriété privée qui me permet de jouir de mes
biens et d’élever mes gosses dans une relative sécurité. Dans toutes les communautés
humaines, on retrouve des mythes. Et même celles qui ont voulu s’émanciper des
mythes pour s’ancrer dans le réel se sont mises à construire des mythes sur le « réel ».
Et c’est normal, ils ont une fonction anthropologique et permettent la cohésion
des groupes humains. Bien sûr, ces fictions ne sont tenables que moyennant la
construction de dispositifs protégeant sur le temps long mais … et alors ?
Alors oui, bien sûr, c’est la force qui impose les règles mais le plus fort n’est
jamais assez fort pour les imposer s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance
en devoir. Ce qui signifie qu’il faut croire que ces règles sont légitimes pour
qu’elles fonctionnent. Et si on y croit plus, il ne reste que la force pour les
maintenir et une fois qu’elle fait face à d’autres forces qui peuvent la défier,
c’est l’état de guerre et le vainqueur imposera ses nouvelles règles, construira
ses nouvelles fictions et bis repetita.
Pour moi la
question n’est pas de se défaire des fictions, ça n’a aucun sens, mais plutôt de
choisir les fictions auxquelles on veut adhérer puisqu’elles ont une
manifestation sociale, donc choisir ses mythes, c’est choisir la société dans
laquelle on veut vivre. Mais une chose aussi : aucune règle, aucun régime
ne fera jamais l’unanimité. Et aucun Etat ne pourra jamais etre neutre. Il faut se débarrasser de cette utopie de la
solution parfaite, il y’aura toujours des mécontents, ça fait partie du jeu.