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Indonésie : Histoire, terrorisme, islam et actualité - Partie 2 – L’influence saoudienne

Indonésie : Histoire, terrorisme, islam et actualité - Partie 2 – L'influence saoudienne

 

Après un premier article généraliste pour introduire la problématique complexe, ce volet est, comme son titre l'indique, consacré à l'influence saoudienne sur la société indonésienne.

Si le lecteur veut regarder un reportage qui retrace l'histoire de l'Indonésie depuis son indépendance nous suggérons cette émission des « Chemins de la foi : Islam » diffusée en 2015 :

 

 

L'histoire de l'influence de la péninsule arabique en Indonésie est ancienne : Nous pourrions remonter à bien plus loin mais c'est en 1803 que trois pèlerins de retour inspirés par la conquête de la Mecque par les wahhabites entreprirent de transformer la société minangkabau de l’ouest de Sumatra. En 1912 est crée par des religieux indonésiens qui entendaient « moderniser » l’islam en le purifiant des éléments de croyances locales, qualifiées de "superstitions" la Muhammadiyah. En réaction à celle-ci est crée en 1926 la Nahdlatul Ulama (NU). Les fondateurs de la NU voyaient dans la Muhammadiyah une entreprise wahhabite. Aujourd’hui, la NU est l’organisation la plus déterminée à combattre le wahhabisme en Indonésie. Citons aussi le FPI parfois considéré comme wahhabite du fait de la proximité de son fondateur, Habib Rizieq, avec Ryad, mais cette organisation reste peu représentative avec "seulement" 200 000 membres.

Le lecteur doit garder à l'idée qu'une très grande majorité des musulmans d'Indonésie sont rattachés au « Pancasila », les 5 grands principes fondateurs de l'Etat indonésien. Le premier de ces principes est que l'islam n'est pas le fondement de l'Indonésie indépendante, même si cette religion est majoritaire. Le cinquième concerne la croyance en un Dieu unique : cela pourrait paraître paradoxal, mais ce principe est supposé permettre aux Chrétiens de prier Dieu selon Jésus, aux musulmans selon Mahomet, aux bouddhistes selon Bouddha, etc. Il satisfait surtout au principe central de l'islam qui est le Tawhid, à savoir le fondement même du monothéisme repris aux religions précédentes (comme le reste). 

C'est afin de contrer les effets potentiels de la révolution iranienne (1979) et tout en voulant asseoir ses intérêts économiques que l'Arabie Saoudite (AS) a mis en place et financé plusieurs organisations dans l'archipel (enseignement de l'arabe, de la doctrine salafiste, etc.) au début des années 80.

La belle histoire d'une Indonésie à écrasante majorité musulmane et tolérante est remise en question depuis plusieurs années. Rappelons que dans les faits, les mariages inter-religieux sont interdits. Les monarchie du Golfe, AS en tête, ont investi là-bas comme ailleurs en transformant en partie le paysage culturel d'un archipel multi-religieux dont la pratique des habitants est très fortement imprégné des rites locaux.

 

 

Intérêt réciproques

 

De quels intérêts parlons-nous ? Ils sont multiples. Economiques d'abord car il faut rappeler que le pèlerinage est la deuxième source de revenus de l'AS et, qu'évidemment, le plus grand pays musulman au monde qu'est l'Indonésie aiguise l'intérêt des saouds. Il faut aussi intégrer que près d'un million et demi d'Indonésiens travaillent en AS (2014)... d'aucuns diraient qu'ils sont réduits en esclavage(12) par leurs patrons qui s'en servent souvent comme domestiques. Nous citerons le cas de cette femme condamnée à mort en 2011 pour avoir tué son employeur, ce dernier l'empêchant de quitter le pays comme c'est fréquemment le cas dans ce pays :

 

 

Récemment le roi Salman (2017) a fait une visite exceptionnelle (la première d'une telle ampleur depuis 47 ans) confirmant le poids que l'A.S. entend avoir sur ce pays qui sera une des plus grandes puissances mondiales d'ici quelques années. Sous les critiques pour sa propagation avérée d'un islam particulièrement intolérant, l'AS multiplie les démarches diplomatiques visant autant à marquer de son empreinte le monde musulman que de pérenniser sa domination régionale (rapprochement avec Israël, isolation du Qatar, lutte de domination contre l'Iran, guerre au Yémen, etc.). Dans ce contexte, un rapprochement avec une Indonésie à l'image plutôt progressiste paraît hautement stratégique au-delà de cette simple défense d'intérêts économiques. Voici ce qu'il a déclaré lors de cette visite et qui peut faire sourire : « Les défis auxquels la communauté musulmane et le monde en général doivent faire face, comme le terrorisme et le conflit des civilisations et le manque de respect pour la souveraineté des nations, exigent de nous unir pour lutter contre » .

Les 11 accords signés entre les deux parties concernaient essentiellement les questions économiques(13). Reste que selon vvikileaks c'est l’Egypte, le Canada, la Guinée et le parti des Frères Musulmans qui bénéficient le plus des largesses saoudiennes. Et dans la région qui nous concerne, l'AS investit davantage encore en Inde.

Cette visite a aussi été un succès pour le président Indonésien sur le plan international : « Ce dossier géopolitique devrait jouer en faveur de l’Indonésie, que l’Arabie Saoudite voit comme un intermédiaire entre les deux pays. L’Iran a déjà donné son accord sur un éventail de coopération avec l’Indonésie, désormais, l’Arabie Saoudite veut des garanties que l’Indonésie reste bien de son côté » explique Zuhairi Misrawi (observateur de la vie politique du M-O).

 

Le jeu sale des Saouds et ses effets sur la société indonésienne

 

Il faut revenir en arrière. Dans les années 80 certains étudiants Indonésiens recevaient des bourses pour parachever leur endoc... enseignement en AS et certains d'entre eux ont parla suite filé vers l'Afghanistan en guise de mise en pratique. Ils se sont retrouvés dans la région de Kunar, région isolée sous domination saoudienne. Ce sont ces Indonésiens qui sont passés par l'enseignement littéraliste saoudien et par la lutte armée afghane qui, de retour au pays, ont donné son assise au Dewan Dakwah Islamiyah Indonesia, une organisation dont l'objectif est le davvah (prosélytisme) en vue de la promotion et mise en place de la charia. Leurs positions ultra-conservatrices et leurs cibles sont classiques pour une telle mouvance : la corruption du gouvernement, le mysticisme javanais et les autres religions d'une manière générale, le libéralisme musulman et la contestation d'une certaine domination économique des Chinois (nous y viendront avec le cas Ashok, gouverneur de Jakarta emprisonné pour blasphème). Évidemment ils sont radicalement anti-chrétiens et anti-amadhis (les amadhis sont une secte musulmane jugée hérétiques et apostats par le reste des musulmans). Le lecteur voulant aller plus loin est invité à lire cet excellent article des Cahiers de l'Orient(14).

Mais d'une part ce type de mouvement reste très minoritaire, d'autre part la concurrence religieuse fait rage et en septembre 2014, le Conseil des oulémas d'Aceh a condamné le salafisme comme déviant. Des heurts se sont produits à plusieurs reprises. Les salafistes en lien avec des centres au Yémen sont particulièrement dans le viseur et les initiatives financées par des fonds d'origine saoudienne et qatari sont considérés avec suspicion. Difficile d'évaluer quel facteur, entre incompétence et relative complicité des autorités, celui qui explique que les islamistes restent néanmoins relativement épargnés par la répression.

 

 

Rôle de l'éducation

 

Nous avons, dans le premier volet de cet article, évoqué le rôle prépondérant du levier éducation dans l'influence saoudienne. Les suites de ces attentats anti-chrétiens de mai 2017 dont nous parlions précédemment démontrent plus largement que l'Université est l'un de ceux utilisés par les islamistes pour ratisser large(15). La police indonésienne a d'ailleurs fait une descente à l'université de Riau et y a découvert des explosifs, 4 bombes similaires à celles utilisées à Surabaya, des grenades et des armes. Un des suspects arrêtés - Muhammad Nur Zamzam – a enrôlé 2 autres individus par ce biais(16).

Il existe désormais en Indonésie une école de déradicalisation fondée en 2015 qui rééduque les enfants ayant été impliqués dans des activités terroristes. Un court reportage intéressant sur ces enfants très jeunes qui ont subi un lavage de cerveau et dont cette école entend appliquer... un contre-lavage de cerveau. Le professeur a lui-même été reconnu coupable de terrorisme et impliqué dans la mouvance islamiste de la Jemaah Islamiah qui était, entre autres, derrière les attentats de Bali (2002 et 2005). Cet homme a lui-même endoctriné des enfants pour en faire des terroristes quand il était dans l'organisation. Selon lui 300 enfants sont impliqués dans des activités terroristes au travers de l'Indonésie. L'enseignement de l'islam pour contrer le terrorisme... voilà qui pourrait faire sourire si tant d'adeptes de cette religion ne persécutaient pas tant de non-adeptes à travers le monde et en Indonésie notamment.

 

 

 

La radio, vecteur du fondamentalisme

 

Nous l'avons dit, il convient de distinguer les salafistes quiétistes dont une des tendances croissantes est de verser dans la politique, du salafisme jihadiste minoritaire, même si du point de vue des autorités indonésiennes les deux posent problème.

Un de moyens utilisés par les salafistes dont se méfient les autorités indonésiennes est la radio. Nombreuses sont les stations a s'être crées ou rapprochées de ce mouvement originaire de l'AS et du Yémen. Les salafistes sont en majorité quiétistes mais certains prônent bien la lutte armée. Nous évoquions précédemment le NU ( Nahdlatul Ulama ), la plus importante organisation islamique du pays. Cette dernière lutte activement depuis plusieurs années contre ce moyen de promotion du salafisme particulièrement utilisé en Indonésie (plutôt que le porte à porte). Dans un article du Jakarta Post(17) de 2016, les experts estimaient à environ une centaine de ces radios, disposant de larges moyens de diffusion à travers tout le pays. Le chercheur et spécialiste du salafisme Ayang Utriza Yakin (Syarif Hidayatullah de la State Islamic University (UIN)) qui a analysé les prêches de la plus populaire d'entre elles (Radio Rodja) a conclut que les enseignements islamiques de ceux-ci faisaient la promotion de l'intolérance et du rejet de la modernité. Une étude très détaillée(18) de ce phénomène a été faite en 2016 : Elle explique le but central de ces médias, le davva (ou dakvvah). Elles s'inscrivent dans une contestation de l'autorité religieuse avec de nombreuses subdivisions, toutes prétendant représenter le "vrai salafisme" (une constante en Islam...). Plusieurs caractéristiques notables : l'absence de coupures pub, de musique, de programmes de divertissement. Elles sont consacrées exclusivement à la récitation (le coran) ânonnée en rythme, aux hadiths et aux prières en boucle. Le seul divertissement" sont les "émissions daurah", sortes d'ateliers où parfois sont invités des prédicateurs du Moyen-Orient pour des lectures. Ces émissions finissent généralement sur des CD distribués et des podcasts largement diffusés.

Une des raisons expliquant l'usage de la radio sont les fatvvas prononcées au Moyen-Orient par les oulémas salafistes à cet égard : l'usage de la radio est autorisé à condition que rien de haram (interdit par l'islam) n'y soit diffusé. Cela limite leur usage à la lecture du coran, des hadiths et de quelques nouvelles importantes concernant l'islam. Il en va de même pour la télévision mais les oulémas sont bien plus réticents à ce sujet étant donné que l'on pourrait y entendre de la musique ou, pire encore, y voir des présentatrices/animatrices. Ils font une différence très nette entre d'un côté les radios salafistes et les "radios corruptrices".

Le salafisme a donc pris de l'ampleur ces 3 dernières décennies par ce biais. Pour Din VVahid (UIN), le centre de la scène salafiste de Batam (une île indonésienne non loin de Singapour) est la Hang Radio. Originellement une radio diffusant de la musique, son propriétaire, un homme d'affaire (Zein Alatas), l'a convertie en même tant que lui-même(19). En 2016, cette radio (désormais écoutée à Hong-Kong, Singapour, Malaisie, Australie...) a été impliquée dans un scandale : Deux hommes se sont radicalisés et s'apprêtaient à partir en Syrie pour rejoindre l'EI. Une fois arrêtés ils ont expliqué que c'est en écoutant Hang Radio qu'ils se seraient radicalisés. La radio a été sommée de mettre fin à la diffusion de prêches extrémistes et le problème semble réglé... mais jusqu'à quand ? Une chose est certaine, cette influence salafiste a tendance à croître.

 

Ahok, le gouverneur chrétien d'origine chinoise jeté en prison

 

Basuki Tjahaja Purnama surnommé Ahok fut le gouverneur de Jakarta mais en 2016 la vie de ce chrétien d'origine chinoise a basculé : accusé de blasphème pour avoir dit que « l’interprétation, par certains théologiens, d’un verset du Coran selon lequel un musulman ne doit élire qu’un dirigeant musulman, était erronée ». Des manifestations monstres se déroulèrent dans la capitale, avec d'un côté les défenseurs d'Ahok, de l'autre les fanatiques s'estimant insultés. Lors de son procès les cinq juges de la cour ont très largement outrepassé les réquisitions du procureur qui avait réclamé une peine avec sursis, assortie d’une mise à l’épreuve de deux ans(21). Ce sont les milieux islamistes qui ont instrumentalisé la rue pour faire pression sur la justice. Ahok a pris 2 ans ferme et incarcéré dés le verdict prononcé. Les islamistes auraient souhaité 5 ans (ce que prévois la loi... tolérance mon cul).

En première ligne de ce front anti-Ahok, on retrouva le FPI déjà mentionné ici et qui organisa plusieurs manifestations réunissant de 200 à 700 000 personnes, soit les plus importantes manifestations depuis la chute de Suharto. Même si l'Indonésie reste un pays ouvert, les tentatives pour faire régresser les droits des femmes se multiplient. De même l'avortement demeure interdit et les violences domestiques difficilement reconnues par la justice.
 

 

Conclusion

 

Le NU se prévaut d'un islam indonésien tolérant, pacifique et hostile au Jihad et il est vrai que c'est cet islam qui est très largement pratiqué en Indonésie séculaire. Toutefois il existe une fissure qui prend de l'ampleur au sein de ce consensus national indonésien. L'affaire du gouverneur Ahok emprisonné pour blasphème et la mobilisation massive des radicaux a démontré que les temps avaient changé. Un des paradoxes de l'Indonésie est que quand Suharto était au pouvoir et tenait intégralement les médias, il a valorisé un islam libéral tel que celui du NU(20) et que depuis sa chute, des radicaux (notamment influencés par le rigorisme saoudien-yéménite) ont pu prendre leur envol. En gérant les questions sociales – et c'est très souvent ainsi qu'agissent ces islamistes, partout, France comprise – et en utilisant les médias tels que la radio, leur influence a pu croître. C'est toute l'ironie du sort d'un pouvoir central qui s'est démocratisé et qui, se faisant, a ouvert la porte aux fondamentalistes qui ont pu semer leurs graines via un prosélytisme déterminé. Le double effet kiss-cool pour l'Indonésie est qu'en réaction le NU a lui-même commencé à prendre des positions conservatrices. Un seul sondage qui résume tout : 87 % des personnes interrogées déclarent vouloir garder les règles de cohabitation qui fondent l’unité nationale mais 58 % estiment qu’un non-musulman ne peut pas diriger des musulmans. De là à conclure que l'islam est en réalité le problème...

La suite au prochain épisode...

 

 

Chapitre 1 disponible ici

 

Références des deux premiers chapitres :

 

(1) http://www.thejakartapost.com/news/2018/05/13/suicide-bomber-family-affiliated-with-is-national-police-chief-says.html

  1. https://www.lemonde.fr/international/article/2018/05/14/l-indonesie-frappee-par-le-djihadisme-familial_5298587_3210.html

  2. Jan Sihar Aritonang et Karel Adriaan Steenbrink, A History of Christianity in Indonesia (2008)

  3. https://asialyst.com/fr/2015/11/12/le-christianisme-en-indonesie/

  4. https://books.google.fr/books?printsec=frontcover&vid=ISBN3643107986&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

  5. https://www.portesouvertes.fr/Rapport_Index_Mondial_De_Persecution_2018.pdf

  6. https://www.hrw.org/fr/news/2018/03/05/la-fragile-liberte-des-medias-en-indonesie

  7. https://www.hrw.org/fr/news/2016/08/10/indonesie-la-crise-lgbt-revele-les-prejuges-officiels

  8. https://www.express.co.uk/news/world/921645/christian-persecution-indonesia-islamic-extremism-church-attack

  9. https://bali-gazette.com/guerre-electorale-indonesie-a-deja-commence-ligne/

  10. https://www.economist.com/node/21015670/all-comments

  11. https://www.theguardian.com/world/2013/jan/13/saudi-arabia-treatment-foreign-workers

  12. https://www.lecourrier.vn/indonesie-et-arabie-saoudite-signent-onze-accords-de-cooperation/372718.html

  13. https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-de-l-orient-2008-4-page-15.htm

  14. http://www.voaspecialenglish.cn/2017/01/2017-01-30-[Education-Report]-Saudi-Arabia-Uses-University-Scholarships-to-Influence-Indonesians.htm

  15. http://www.thejakartapost.com/news/2018/06/03/explosive-material-weapons-seized-at-riau-university.html

  16. http://www.thejakartapost.com/news/2016/09/02/salafi-movement-gains-ground-in-public-sphere.html

  17. https://journals.openedition.org/archipel/314#tocto1n2

  18. https://www.voanews.com/a/salafi-movement-grows-on-indonesias-batam-island/3764858.html

  19. http://foreignpolicy.com/2017/02/14/indonesias-moderate-islam-is-slowly-crumbling/

  20. http://www.lalibre.be/actu/international/la-radicalisation-guette-l-indonesie-plus-grand-pays-musulman-5911c6becd702b5fbe787193

Tags : Asie Histoire Islam Terrorisme Arabie Saoudite




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4 réactions à cet article    


  • vote
    cathy cathy 20 juin 11:56

    En 1912 est crée par des religieux indonésiens qui entendaient « moderniser » l’islam en le purifiant des éléments de croyances locales, qualifiées de "superstitions" la Muhammadiyah.


    Ils ont fait la même chose au Moyen-Orient. 
    Le piège en Indonésie est en train de se refermer. Ils vont le payer cash.

    • vote
      Qirotatif Qirotatif 20 juin 12:26

      @cathy
      Mon étude de la question n’aboutit pas à une situation et des projections dans le temps aussi tranchées. La population rejette en majorité le fondamentalisme et les pratiques de celui-ci issues de l’école hanbalite. L’école sunnite majoritaire en Indonésie est le chaféisme qui est déjà une sorte de compromis entre malikisme et l’hanéfisme. Mais surtout dans le contexte indonésien, cette école s’imprègne fortement de rites locaux présents bien avant l’arrivée de l’islam et toujours pratiqués et fortement ancrés dans la population (au-delà des religions plus récentes elles-mêmes). On a donc un islam des plus complexes qui soient et qui rend moins simple qu’ailleurs la montée d’un courant littéraliste. C’est ce qui est intéressant avec ce pays : à cette échelle, il n’y a pas d’équivalent. En revanche, l’arrivée et la montée en puissance du vvahabisme/salafisme (et pour bien faire il faudrait détailler les sous-courants) perturbe bel et bien cet équilibre, ce consensus mais a priori il ne devrait pas être en mesure de provoquer la montée de partis politiques comme ce fut le cas dans la pourtant progressiste Tunisie. Rien à voir... 

      Dans la 3ième partie j’aborderai les raisons de ces conflits inter-religieux/ethniques avec la modeste ambition d’éclairer davantage sur cette complexité. 


    • vote
      PumTchak PumTchak 22 juin 13:19

      On voit que ce n’est pas Mamoudou, hein, on se sent moins intéressant pour commenter...


      En tout cas je n’avais jamais eu accès à une telle mise en relief de la vie en Indonésie, comme avec ces articles. Finalement, avec leur syncrétisme, ils sont peut-être mieux équipés qu’en France pour résister au dard wahhabite planté dans l’islam, ou pour digérer le poison. Mais pas mal de liberté et de douceur de vivre a disparu depuis, d’après des amis qui vont dans cet archipel de temps en temps.

      Merci pour ces lectures.

      • vote
        Qirotatif Qirotatif 22 juin 14:22

        @PumTchak
        Pour le succès, c’est toujours pareil : les conneries attirent davantage que les sujets un peu sérieux (d’ailleurs je n’échappe pas à la règle). Ce n’est pas très grave.

        Sinon, oui, ils sont clairement équipés pour résister. Maintenant il y a aussi des incertitudes liés à plusieurs phénomènes : 

        - D’abord c’est une constante, la politique est toujours le fait de minorités agissantes et déterminées. Les vvahhabites en sont. C’est un peu comme en Fr pour le coup : les frère musulmans ne sont pas les plus nombreux mais ils utilisent de nombreux vecteurs pour imposer leurs idées à une majorité silence : la culture, la politique, l’action sociale, etc. Or en Indonésie, ils en sont aux tous débuts de cette organisation politique autour de la religion. Pour l’instant le succès est mitigé mais rien n’est certain pour l’avenir.

        - Si l’islam et les religions en Indonésie sont fortement marquées par le syncrétisme, il n’en demeure pas moins que l’islam est la religion très largement majoritaire et que comme le sondage indiqué en toute fin, comme l’histoire d’Ahok et tout un tas d’indices (que je n’ai pas listé pour rallonger le texte) le démontrent, l’islam (même soft) et les musulmans indonésiens se montrent assez intransigeants quant à la gouvernance de leur pays. J’en parlerai dans la 4ième partie mais l’Indonésie est souvent montrée par de nombreux musulmans comme l’exemple par excellence qui démontrerait que l’islam peut très bien s’accommoder (ou plutôt tolérer devrions-nous dire) la présence d’autres religions mais en pratique, ce n’est pas aussi évident selon les régions dont on parle. En réalité cette tolérance est surtout liée à la philosophie de la population (même si c’est un peu globalisant... on parle d’un pays immense, composé de milliers d’îles avec de grandes disparités) et des principes de la nation indonésienne plus que de l’islam lui-même.

        - Le poids des influences extérieures : j’ai ici cherché à montrer que l’influence saoud avait plusieurs motivations et moyens d’actions. Pour bien faire il faudrait faire un autre article sur l’influence chinoise mais ce serait un peu sortir du cadre initial. C’est une lapalissade mais toujours est-il que le phénomène de mondialisation facilite comme ailleurs les influences (dans le 1er volet, il est rappelé que les Indonésiens figurent parmi les plus utilisateurs de réseaux sociaux... il aurait aussi fallu en parler ici... mais impossible de tout dire) et ce, d’autant plus qu’il y a des intérêts éco derrière.

        Sans trop anticiper sur la suite, il y a de sérieuses raisons de penser que si les Indonésiens ont bien une capacité à résister à ces assauts (la meilleure de tout le monde islamique) - notamment ce syncrétisme, des institutions - police, armée, administration, justice - qui ont gardé leur caractère autoritaire nonobstant la chute de Suharto, cet attachement national forgé dans l’indépendance et qui est solide en dépit de l’énorme hétérogénéité de la population, etc. - il y a aussi des raisons de s’inquiéter. De nombreux heurts inter-ethniques/religieux ont déjà éclaté suite aux difficultés éco... l’équilibre est plus fragile qu’il n’y paraît.



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