La conclusion de cet très important entretien se termine par cette phrase
" Nos communautés doivent mettre Dieu au centre.
"
Et c´est vrai, et si nous le faisons á savoir remettre Dieu au centre, nous ne... plus notre prochain, car ... notre prochain, c´est ... DIEU qui nous fait á son image.
La crise morale et théologique, et l’athéisme, ce poison :
Dans la conclusion de mon livre, je parle de ce poison dont nous
sommes tous victimes : l’athéisme liquide. Il infiltre tout, même nos
discours d’ecclésiastiques. Il consiste à admettre à côté de la foi,
des modes de pensée ou de vie radicalement païens et mondains. Et nous
nous satisfaisons de cette cohabitation contre nature ! Cela montre
que notre foi est devenue liquide et sans consistance ! La première
réforme à faire est dans notre cœur. Elle consiste à ne plus pactiser
avec le mensonge. La foi est en même temps le trésor que nous voulons
défendre et la force qui nous permet de la défendre.
Le cardinal Sarah aborde donc dans son livre la question de la culture
de mort, d’autodestruction, de consumérisme, liée au libéralisme
mondial, etc. que les musulmans rejettent, se tournant davantage vers
l’islam. L’Occident est menacé aussi bien de l’intérieur par les
barbares ennemis de la vie, que par l’intrusion de l’islamisme :
Je voudrais d’abord expliquer pourquoi moi, fils de l’Afrique, je me
permets de m’adresser à l’Occident. L’Église est la gardienne de la
civilisation. Or, je suis persuadé que la civilisation occidentale vit
une crise mortelle. Elle a atteint les limites de la haine
autodestructrice. Comme à l’époque de la chute de Rome, les élites ne
se soucient que d’augmenter le luxe de leur vie quotidienne et les
peuples sont anesthésiés par des divertissements de plus en plus
vulgaires. Comme évêque, je me dois de prévenir l’Occident ! Les
barbares sont désormais à l’intérieur de la cité. Les barbares sont
tous ceux qui haïssent la nature humaine, tous ceux qui bafouent le
sens du sacré, tous ceux qui méprisent la vie.
L’Occident est aveuglé par sa soif de richesses. L’appât de l’argent
que le libéralisme répand dans les cœurs endort les peuples. Pendant
ce temps, la tragédie silencieuse de l’avortement et de l’euthanasie
continue. Pendant ce temps, la pornographie et l’idéologie du genre
détruisent les enfants et les adolescents. Nous sommes habitués à la
barbarie, elle ne nous surprend même plus ! J’ai voulu pousser un cri
d’alarme qui est aussi un cri d’amour. Je l’ai fait le cœur plein de
reconnaissance filiale pour les missionnaires occidentaux qui sont
morts sur ma terre africaine. Je veux prendre leur suite et recueillir
leur héritage !
Comment ne pas souligner aussi le danger que constitue l’islamisme ?
Les musulmans méprisent l’Occident athée. Ils se réfugient dans
l’islamisme par refus d’une société de consommation qu’on leur propose
comme religion. L’Occident saura-t-il leur proposer clairement la foi
? Il faudrait pour cela qu’il retrouve ses racines et son identité
chrétienne […]
Je veux cependant souligner que tout est prêt pour le renouveau. Je
vois des familles, des monastères, des paroisses qui sont autant
d’oasis au milieu du désert. C’est à partir de ces oasis de foi, de
liturgie, de beauté et de silence que l’Occident renaîtra.
Enfin, nous devons pour remédier à cette redoutable crise vivre notre
foi fidèlement et complètement :
Nous devons simplement vivre notre foi, complètement et radicalement.
Les vertus chrétiennes sont l’épanouissement de la foi dans toutes les
facultés humaines. Elles tracent le chemin d’une vie heureuse selon
Dieu. Nous devons créer des lieux où elles puissent fleurir. J’appelle
les chrétiens à ouvrir des oasis de gratuité dans le désert de la
rentabilité triomphante. Nous devons créer des lieux où l’air soit
respirable, où, tout simplement, la vie chrétienne soit possible. Nos
communautés doivent mettre Dieu au centre.
La liberté dont l’homme occidental se réclame, jusqu’à vouloir ne pas
vouloir connaître la vérité comme si celle-ci pouvait la mettre en
danger, est inséparable de la vérité :
L’homme moderne hypostasie sa liberté, il en fait un absolu au point
de la croire menacée quand il reçoit la vérité. Pourtant, recevoir la
vérité est le plus bel acte de liberté qu’il soit donné à l’homme
d’accomplir. Je crois que votre question révèle combien la crise de la
conscience occidentale est au fond une crise de la foi. L’homme
occidental a peur de perdre sa liberté en recevant le don de la foi
véritable. Il préfère s’enfermer dans une liberté vide de contenu.
L’acte de foi est la rencontre entre liberté et vérité. C’est pourquoi
j’ai tenu, dans le premier chapitre de mon livre, à insister sur la
crise de la foi.
Mgr Sarah évoque la crise du sacerdoce dans l’Église et prend la
défense du célibat des prêtres. Il rapproche entre autres la crise de
l’Église à la mondanité, qui est une des tentations qui assaillent les
ecclésiastiques, rappelant qu’un prêtre doit être un autre Christ, la
continuation de la présence du Christ parmi nous. Mgr Sarah a consacré
son livre aux prêtres du monde entier, car il connaît leur souffrance
et il sait leur faiblesse. Aussi, leur recommande-t-il de se tenir à
la croix :
La place d’un prêtre est sur la Croix. Quand il célèbre la messe, il
est à la source de toute sa vie, c’est-à-dire à la Croix. Le célibat
est un des moyens concrets qui nous permet de vivre ce mystère de la
Croix dans nos vies. Le célibat inscrit la Croix jusque dans notre
chair. C’est pour cela que le célibat est insupportable pour le monde
moderne. Le célibat est un scandale pour les modernes, parce que la
Croix est un scandale.
Mgr Sarah évoque également les problèmes d’homosexualité de certains
ecclésiastiques, rappelant que c’est un péché et non la définition
d’une personne, la manière dont il faut les considérer et les remèdes
à y apporter :
Pour ce qui regarde les comportements homosexuels, ne tombons pas dans
le piège des manipulateurs. Il n’y a pas dans l’Église un « problème
homosexuel ». Il y a un problème de péchés et d’infidélité. Ne nous
laissons pas imposer le vocabulaire de l’idéologie LGBT.
L’homosexualité ne définit pas l’identité des personnes. Elle qualifie
des actes déviants et peccamineux. Pour ces actes, comme pour les
autres péchés, les remèdes sont connus. Il s’agit de retourner au
Christ, de le laisser nous convertir. Quand la faute est publique, le
droit pénal de l’Église doit s’appliquer. Punir est une miséricorde.
La peine répare le bien commun blessé et permet au coupable de se
racheter. La punition fait partie du rôle paternel des évêques. Enfin,
nous devons avoir le courage d’appliquer avec clarté les normes
concernant l’accueil des séminaristes. On ne peut recevoir comme
candidats au sacerdoce des personnes ayant une psychologie ancrée
durablement et profondément dans l’homosexualité.
Cette révolte est en son essence spirituelle, elle est comme le refus
de Lucifer, l’homme occidental refuse d’être sauvé par miséricorde,
par le don de la grâce. Les « valeurs occidentales » promues par
l’ONU reposent sur le refus de Dieu.
Le cardinal continue plus loin, disant que les chrétiens doivent être
missionnaires et ne pas garder pour eux le trésor de la foi, de la
vérité qui libère : Jésus-Christ. Nous ne devons pas rester
tranquilles quand un si grand nombre d’âmes ignore ce trésor. Le but
de l’évangélisation n’est pas cependant de dominer le monde, mais le
service de Dieu, car la victoire du Christ sur le monde c’est sa
croix. Toutefois, une société catholique est des plus souhaitables, et
sa construction revient aux fidèles laïcs :
Il y a urgence à annoncer le cœur de notre foi : seul Jésus nous sauve
du péché. Toutefois, il faut souligner que l’évangélisation n’est
complète que lorsqu’elle atteint les structures de la société. Une
société inspirée de l’Évangile protège les plus faibles contre les
conséquences du péché. Inversement une société coupée de Dieu devient
vite une structure de péché. Elle encourage au mal. C’est pourquoi on
peut dire qu’il ne saurait y avoir de société juste sans une place
pour Dieu dans le domaine public. Un État qui proclame l’athéisme est
un État injuste. Un État qui renvoie Dieu au domaine privé est un État
qui se coupe de la source réelle du droit et de la justice. Un État
qui prétend fonder le droit uniquement sur son bon vouloir, qui ne
cherche pas à fonder la loi sur un ordre objectif reçu du Créateur,
risque de sombrer dans le totalitarisme.
Il commence par expliquer que la crise spirituelle concerne le monde
entier, mais qu’elle a sa source en Occident. Extraits de La Nef :
L’effondrement spirituel a donc des traits proprement occidentaux. Je
voudrais relever en particulier le refus de la paternité. On a
convaincu nos contemporains que pour être libre il fallait ne dépendre
de personne. Il y a là une erreur tragique. Les Occidentaux sont
persuadés que recevoir est contraire à la dignité de la personne. Or
l’homme civilisé est fondamentalement un héritier, il reçoit une
histoire, une culture, un nom, une famille. C’est ce qui le distingue
du barbare. Refuser de s’inscrire dans un réseau de dépendance,
d’héritage et de filiation nous condamne à entrer nus dans la jungle
de la concurrence d’une économie laissée à elle-même. Parce qu’il
refuse de s’accepter comme héritier, l’homme se condamne à l’enfer de
la mondialisation libérale où les intérêts individuels s’affrontent
sans autre loi que celle du profit à tout prix.
Mais dans ce livre, je veux rappeler aux Occidentaux que la raison
véritable de ce refus d’hériter, de ce refus de la paternité est au
fond le refus de Dieu. Je discerne au fond des cœurs occidentaux un
profond refus de la paternité créatrice de Dieu. Nous recevons de lui
notre nature d’homme et de femme. Cela devient insupportable aux
esprits modernes. L’idéologie du genre est un refus luciférien de
recevoir de Dieu une nature sexuée. L’Occident refuse de recevoir, il
n’accepte que ce qu’il construit lui-même. Le transhumanisme est
l’ultime avatar de ce mouvement. Même la nature humaine, parce qu’elle
est un don de Dieu, devient insupportable à l’homme d’Occident.