Merci de votre remarque que je prends en considération, votre expertise sur le sujet semble incontestable.
Mais d’abord, pourquoi me tutoyer.. ? nous ne gardons pas les asticots ensemble, que je sache...vous êtes un petit freluquet, je suis une dame d’un certain âge, un peu fatiguée comme le prouve mon avatar, mais distinguée et de bonne éducation, pas le genre à me faire hameçonner dans la rue par le premier goujat venu dont les pensées s’égarent vers des choses impures que je n’ose même pas verbaliser..
Alors désormais, si d’aventure l’idée intrépide devait vous revenir de m’adresser la parole, je vous prie de marquer le respect digne de mon rang, et vous me donnerez du "Madame Bates", et peut-être, si je parviens à vous pardonner l’outrage dont vous vous êtes rendu coupable, je vous accorderai un fragment de mon éternité si précieuse..
Il a même pompé le fait d’articuler les lèvres, de solliciter les cordes vocales pour émettre sous forme sonore des successions de mots en français intelligibles qui forment des phrases...
Ah lala, le pôv vieux tout seul, abandonné par sa famille gnagnagnagna...
Est-ce que je râle, moi.. ? oui bon d’accord, je râle souvent, mais y a de quoi...
Je n’ai que les asticots à becqueter qui eux-mêmes se nourrissent de moi, c’est un mouvement perpétuel, un cycle gastrique atypique, vous en conviendrez, tantôt je moisis à la cave, tantôt je suis entreposée dans ma chambre qui sent le renfermé et la naphtaline si mon vaurien, mon incapable de fils est bien disposé, s’il n’a pas de vers, c’est à dire rarement...
Mon seul cadeau, le droit à la télé, mais c’est pas un cadeau, je dois profiter de quelques secondes d’inattention pour venir ici, ma seule lucarne vers le monde des vivants dont mon avorton ne fait plus partie...
Est-ce que je me plains.. !? Oui ! et ben j’ai le droit, merde.. !
Bonsoir vous...nous avons déjà échangé, je crois...pardon, ma mémoire n’est plus trop vaillante, voyez l’état guère hermétique de ma boîte crânienne...
Moi c’est Norma Bates.. ! vous allez encore me contrarier, et l’autre incapable, vaurien, en profitera pour faire de sa pauvre mère un portrait mensonger avec son lot de qualificatifs déplaisants...
Ne soyez pas confus de votre clic malencontreux...on ne peut rien contre les catastrophes naturelles, ce sieur Robin est tel un abcès, il finit toujours par percer...un épanchement de pur pus mental suscite toujours de l’embarras, de la gêne, voire des troubles plus sérieux, d’où ma recommandation de s’en tenir à distance...il vaut mieux courir qu’épancher...croyez bien qu’en matière de déchéance biologique j’en connais un rayon, je suis au spectacle depuis un long moment, le miroir en guise de strapontin...
L’espace d’un instant je suintais d’espérance, me disant qu’éventuellement le sieur Robin joue un rôle de décomposition, qu’en réalité il s’essaye à l’humour, vous savez, une forme d’humour pas commode à décrypter, mais en 3 minutes j’ai compris qu’il était sérieux, incroyablement sérieux, pas comme un pape, mais sérieux comme celui qui se croit en mission, qui recueille de sa plaie purulente le trouble liquide pour s’en oindre tout le corps en poussant d’improbables incantations, la foi chevillée au cœur que ceci est la vérité qu’il faut partager coûte que coûte avec ses bienheureux contemporains...
Il y aura une somme impressionnante de blouses blanches maculées avant d’entrevoir au loin à l’horizon un infime espoir de guérison...