@Qaspard Delanuit
Bonjour à vous.
Bien entendu, je ne vois pas du tout les choses comme vous. Les éléments s’originent quelque part. En me disant que les Grecs, selon Steiner, n’auraient pu concevoir la tripartition sociale, vous avouez vous-même que quelque chose la précède. Il n’y a pas, dès l’aube de l’humanité, un champ économique, un champ politique et un champ dit culturel. Certains déterminismes conduisent à certaines productions, moyennant une dose de libre arbitre spécifique à notre espèce (pléonasme).
J’ai de plus en plus l’impression que Steiner pense la tripartition comme remède aux errements qu’il constate à son époque. Si c’est bien le cas, c’est tout à fait génial de sa part, et de toute façon vous m’avez convaincu que c’était un grand esprit. Mais moi, ce que je sonde, c’est le tuf, l’élémentaire, celui que nous avons eu le tort de négliger et de bafouer. Celui-ci, quel est-il ?
Toujours en m’appuyant sur Aristote, je déduis ceci : l’homme est un animal social et raisonnable (je préfère raisonnable à rationnel). C’est pour moi une certitude, une "vérité éternelle". En tant qu’animal, il doit se sustenter, se reproduire et périr. Encore une certitude. En tant qu’être social (champ politique), il est condamné à ne se réaliser qu’au sein de ses semblables. Une certitude de plus. Et en tant qu’être raisonnable, il ne se réalise véritablement que dans l’exercice de sa raison en partage. Dernière certitude.
Il y a dans tout ça une bonne part de déterminisme (naturel) laissant libre cours à la volonté (culture, au sens de ce qui est le complément de la dyade nature-culture). Il y a du collectif (politique, social), comme il y a du singulier (la réalisation de chacun, l’actualisation de son potentiel comme j’aime à dire). Et il y a enfin, si vous le souhaitez, du culturel (phénoménologique cette fois) et de l’économique, mais l’un et l’autre s’originent dans le fait que l’homme est un animal politique, c’est-à-dire voué à vivre en troupeau car aucun être humain ne peut vivre et se réaliser en autarcie, aucun d’entre nous n’est auto-suffisant. Cette insuffisance individuelle, aussi bien culturelle qu’économique, est palliée po-li-ti-que-ment par notre nature elle-même. La politique est donc, du point de vue aristotélicien (que je fais mien) le champ architectonique par excellence, à savoir celui qui motive le reste et qu’il faut pérenniser. C’est la raison pour laquelle je vous dis que tout nos faits et gestes sont, en puissance, politiques.