@yoananda2
On ne va pas jouer sur les
mots.
Quand j’évoque la charge sémantique d’un mot,
son épaisseur sémantique, sa puissance évocatrice
(voire évocatoire),
j’y inclus bien évidemment la charge émotionnelle. En bon
disciple d’Orwell sur ce point, je n’oublie pas le poids énorme
que peut avoir un
mot sur nos psychés ou,
à l’inverse, son caractère neutre ou « anesthésiant »
permettant de
rendre acceptable une réalité inacceptable.
D’où ma
circonspection et à ma réticence quand j’entends dire qu’il
faut nommer différemment le fascisme lorsqu’il
ne se manifeste pas sous sa forme canonique, lorsqu’il
se manifeste sous d’autres apparences, qu’il
revêt d’autres
oripeaux et avance à
petits pas.
Au
sujet de la fenêtre d’Overton, il est évident qu’un mot peut
perdre de sa force, soit en se démodant soit en étant trop souvent
employé. Un exemple
banal, l’hyperbole
« c’est génial » pour dire « c’est
excellent ». Regarde le mot « coquin » : du
temps de Molière c’était une insulte grave, qui pouvait entraîner
un duel. Le mot « fasciste » a conservé son pouvoir
sémantique, et il a encore de beaux jours devant lui, pour le
meilleur et pour le pire. Pour
le meilleur car il est sain d’en éprouver de la répulsion. Pour
le pire car il sert à désigner commodément
un ennemi bien
identifié dont on se
démarque en le traitant de la sorte, en
rejetant toute la faute et toute la vilénie
sur ce
bouc émissaire, actuellement le Rassemblement National, ce
qui permet de ne pas voir le fascisme en marche de l’Union
Européenne. Tant qu’il sert à désigner le vilain, le mot
fascisme gardera sa force répulsive. Mais pour les besoins de la
cause (alliance avec le RN par exemple) ce mot fera l’objet d’un
révisionnisme qui consistera à le réhabiliter petit à petit. Il
suffira de parler des vertus de l’ordre, de stigmatiser les
éléments factieux
générateurs de
division ou de désigner
des saboteurs de l’économie à la solde de la Russie ou de la
Chine.