C’est votre dernière ligne de défense, Tom Joad, parce que si ce que je dis est exact, ce sont toutes vos croyances, et les espoirs (insensés) allant avec, qui s’effondrent
Cela fait que si vous pensez que tout ce que je dis est faux, pour ma part, j’affirme que tout ce qui est faux, c’est ce que vous croyez. Et mon affirmation à moi, à la différence de la vôtre qui ne repose que sur une "nécessité idéologique", est étayée par l’échec systématique de tout ce qui se réclame peu ou prou du marxisme.
L’échec initial s’observe au niveau du message. Alors que des tas de gens estiment que l’idéal communiste est aussi beau que noble, vous êtes incapables d’élaborer un langage qui vous gagnerait massivement le coeur de vos électeurs potentiels et qui vous porterait au pouvoir. Malheureusement, si je puis dire, ce langage serait aux antipodes de tout ce qui vous fonde en tant que mouvement internationaliste, tendant à l’avènement d’une humanité tolérante, pacifiée, fraternelle et solidaire. Qui n’adviendra jamais.
Mais l’échec des échecs, c’est celui de l’Homme Nouveau. De l’URSS à Cuba, de la Chine à la Yougoslavie, il n’est advenu nulle part. Pour cette raison toute simple qu’on ne modifie pas la nature humaine - héritage de centaines de milliers d’années de confrontation avec la vie et ses dangers -, à coups de théories, de slogans et de discours grandiloquents.
De ce qui m’a surpris le plus à la chute du communisme, en Russie, ce qui l’emporte sur tout le reste, c’est la rapidité avec laquelle, au bout de trois générations de propagande athée, les églises se sont remplies. Pour le régime, cette défaite-là est infiniment plus accablante que les fiascos économiques, parce qu’elle trahit non pas un dysfonctionnement qu’on peut en partie ou totalement imputer à d’autres, mais une faiblesse intrinsèque du système.
"Alors on fait comment si on veut discuter ?"
On ne peut pas, nous parlons de deux humanités différentes, de deux hommes inconciliables... Alors, on peut, tout au plus, profiter des arguments de l’autre pour fournir du matériel de réflexion à ceux de notre camp. Et jusqu’à présent, force est de le constater, vous n’avez pas livré grand chose à ceux du vôtre.
En l’occurrence, Marx ne présente que très peu d’intérêt. Ce qui importe, c’est ce qui résulte des tentatives de mise en pratique de ses théories avec un prolétaire qui ne correspond en rien à l’idée que peut s’en faire un intellectuel qui ne l’a jamais été.
C’est un fils de famille déclassé et entretenu, qui enfile des vêtements d’ouvriers en croyant que ça lui donne accès à ce qu’il se passe dans la tête des ouvriers, mais les aspirations qu’il leur prête ne sont que celles qu’il imagine pour lui-même, s’il était à leur place.
Dans toute l’histoire, personne n’a jamais un usage plus saugrenu - si l’on fait l’impasse sur les meurtrières conséquences - de ce qu’on appelait pas encore l’empathie.
Le matérialisme dialectique est une de ces pures créations du stupide XIXe siècle qui a stupidement cru pouvoir tout quantifier, mesurer, théoriser, codifier, théorémiser - c’est de là qu’est née aussi la hiérarchisation des races humaines -, pour apporter une réponse "scientifique" à l’archaïque obsession de l’homme de connaître son avenir et celui de ses semblables. Cela situe le matérialisme dialectique entre l’astrologie et la prévision météorologique.
L’approche matérialiste dialectique permet d’affirmer que ce qu’il s’est passé était annoncé - prophétisé - par l’augure, une fois que les faits peuvent être mis en adéquation avec leur prévision, mais pas de les décrire avant qu’ils ne se produisent, donc de les anticiper. Ce qui n’est pas sans rappeler l’interprétation des centuries de Nostradamus.
Et que des esprits distingués soient tombés dans ce piège est significatif de la vulnérabilité de l’homme face aux coquecigrues qui correspondent à ce qu’il a envie de tenir pour vrai.
Dans le fond, l’opium du peuple, ce n’est pas la religion - qui en est l’un des aspects -, mais cette propension de l’homme "à croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet.", que Bossuet décrivait comme le plus grand dérèglement de l’esprit.
"Au détail près que "les Européens" ont déjà abandonné "l’Europe" ..."
Ça dépend lesquels. Quand je vois une majorité de l’opinion prendre le parti de la Russie contre les efféminés de Bruxelles et l’andouille fumée de Washington, je me dis que tout espoir n’est pas perdu.