@samagora95 Très douteux : si l’homme était uniquement déterminé par des lois externes à lui-même, alors on pourrait appliquer à ses choix sans crainte de l’erreur des modèles tirés des sciences des choses inertes (physique). Or, l’application de ces modèles est sans cesse prise à défaut. Cela montre bien que l’homme peut se déterminer, donc qu’il est doué de libre-arbitre.
@JL Si chacun pense librement, comment quiconque pourrait-il s’accaparer d’un concept pour en priver les autres ? C’est impossible... Si certains ignorent ce concept, c’est donc de leur propre fait : c’est par libre-arbitre qu’ils récusent l’existence du libre-arbitre.
Tu fais porter la cause de l’ignorance du libre-arbitre à ceux qui le conçoivent, tout en en dédouanant ceux qui le récusent sans relâche... Pas très cohérent que tout cela.
Le libre-arbitre nécessite l’existence d’une volonté. Mais la volonté ne semble concerner que ce qui vit. (Ce serait osé de parler de la volonté d’une pierre...)
Aussi, il est possible que le monde soit peuplé à la fois d’Êtres sans libre-arbitre et d’Êtres avec libre-arbitre. Toute chose inerte est manifestement sans volonté. Ensuite, chez les êtres vivants, il y a divers degrés : le végétal peut sembler sans volonté. L’animal a une volonté, quoiqu’on dise souvent que celle-ci est réglée par l’instinct. Quant à l’homme, sa volonté est manifeste et énigmatique. Si on peut parfois la déterminer, notamment en cas d’addictions ou de manies (ce qui est un cas de volonté déréglée, pathologique, un genre d’abêtissement), cette possibilité de détermination peu fréquente.
Mais l’indéterminable n’est pas l’indéterminisme, au sens où il est possible qu’un Dieu omniscient puisse déterminer à coup sûr les volontés (déterminisme), cependant que notre incapacité serait lié à l’imperfection de notre connaissance (indéterminable). Par conséquent, seul Dieu lui-même saurait dire le degré de déterminisme chez l’homme. L’homme lui-même ne devrait évoquer que le déterminable et l’indéterminable.
La question du déterminisme / indéterminisme ne peut que rester en suspend. Pour cette raison, je préfère encore me référer au modèle leibnizien, où tout ce qui est matériel peut être déterminable avec une très grande précision, tandis qu’il faut encore adjoindre au vivant, en plus du principe matériel, déterminable, le principe de l’âme, qui représente l’indétermination possible de la volonté. L’âme animale étant plus facilement prévisible que l’âme humaine, on peut ajouter une distinction, que Leibniz désigne par esprit, qui se caractérise par l’existence de la faculté de raisonner.
Pour être précis, chez Leibniz : 1° entéléchie (tout chose) 2° âme = entéléchie avec une faculté de mémoire. 3° esprit = entéléchie avec faculté de mémoire et faculté rationnelle.
Dans une telle classification, l’homme a donc la faculté de raisonner. De cette faculté, il tire la capacité de se déterminer une volonté, et c’est en vertu de cette capacité d’auto-détermination qu’on lui admet un libre-arbitre et qu’on le tient responsable de sa volonté.
Cela me semble tout-à-fait raisonnable de présenter la chose ainsi. En effet, comment fait-on face à un enfant qui a fait une bêtise ? On lui explique les raisons qui firent que sa volonté fut mauvaise, pour lui signifier qu’il devra à l’avenir suivre d’autres chemins pour déterminer sa volonté.
Maintenant, si quelqu’un se détermine en lui-même systématiquement des volontés mauvaises, qui menacent ses congénères, qu’il en comprend les raisons et l’admet quand on en parle avec lui, mais que par des détours connus de lui-seul, revient toujours aux mêmes comportement fautifs, alors il sera d’une certaine manière mis sous tutelle, donc il perdra sa liberté, donc il perdra son libre-arbitre.
De ce point de vue on peut dire que de fausses déterminations de sa volonté chez un homme sont cause d’une perte de libre-arbitre, tandis que les déterminations correctes de volonté chez un homme sont cause de conservation de son libre-arbitre. On peut presque y voir une loi divine, appliquée aux esprits.
Sur ce sujet, l’évangile dit : La vérité vous rendra libre. Le péché est un esclavage.
Dans ce modèle, il est possible que l’esprit ait donc ce privilège sur les autres créatures de pouvoir se déterminer sa volonté (il a donc reçu à priori le don d’avoir un libre-arbitre), mais de cette grâce immense résulte une responsabilité : s’il se détermine une volonté fausse, alors il perd sa liberté (manies, addictions, perte de contrôle,..etc).
Le Bon ne décrit pas une mécanique : il affirme que les foules auraient une psychologie, ce qui est pour le moins une affirmation péremptoire, et, à l’analyse, de la pensée magique.
Les peuples, le climat. Là encore, il s’agit d’une affirmation péremptoire, de Montesquieu il me semble à l’origine, qui fut répétée en boucle par tous ses suiveurs, dont Rousseau, mais qu’aucun n’a jamais pris la peine de vérifier un tant soit peu sérieusement.
Quant à ton système de déduction, c’est de l’essentialisme tout bête, qui peut toujours être plaqué en général. Tout le monde voit bien que les scandinaves ne sont pas des bantous. Cependant, je ne sache pas que ce système de déduction essentialiste n’ait jamais pu parvenir à expliquer ni comment, ni pourquoi les bantous et les scandinaves sont différents.
Cela pourrait paraître paradoxal, puisqu’un raisonnement déduction est un raisonnement rigoureux, on devrait pouvoir en tirer quelques vérités...
Cependant, cela ne l’est pas : dans la réalité, personne n’est jamais confronté à une essence en général, mais toujours à une existence en particulier. La définition de l’essence est une abstraction formée par comparaison de ce qui existe, par conséquent sa définition conclut toujours un raisonnement de type soit inductif soit abductif. Or, ces raisonnements ne sont pas rigoureux. Donc l’essence, si jamais elle existe, ne peut jamais être déterminée exactement.
Le raisonnement de déduction n’étant pas plus fiable que ses prémisses, puisqu’ici les prémisses sont floues, alors la déduction l’est aussi.
C’est pourquoi, en suivant cette voie, tu ne peux formuler que des généralités, mais sans jamais rien déterminer précisément, c’est-à-dire affirmer, après très longue réflexion, soit des évidences que tout le monde voit sans avoir besoin de la moindre théorie, soit des contres-vérités, contraire au bon sens le plus élémentaire, sans t’en apercevoir... C’est la limite de ces grands systèmes déductifs, dont les conclusion sont tellement certaines, qu’il faut persister dans l’erreur, même quand les faits la démontre... Ce sont les écoles du déni, la libérale, la communiste,... C’est que toute l’erreur est déjà dans les prémisses.
Au moins, quand Aristote définit le politique, tu sais Aristote, le fondateur de ce modèle essentialiste dont tu te sers, il part d’abord des faits élémentaires. Il n’a même pas la prétention de déterminer l’essence de l’humanité en général, il la détermine seulement par rapport aux animaux. L’homme n’est pas trop équipé par rapport à ceux-ci. Déjà, pour se défendre : il n’a pas de griffes, mais des ongles cassants ; il n’a pas de crocs, mais des dents. Ensuite, pour survivre : il n’a pas de pelage, il lui faut des vêtements. Pire, le petit homme est le plus lent de tous les animaux à devenir autonome : il lui faut déjà beaucoup de temps pour marcher (alors que le poulain se met à quatre patte juste après la naissance), et pour savoir courir, c’est pire (alors que le petit lièvre de 15 jours file déjà comme le vent) ; de plus il est incapable de trouver sa nourriture sans aide de ses parents (un petit homme met tout dans sa bouche)... De là, Aristote en tire que les hommes doivent vivre en groupe et que la cellule familiale est fondamentale, ce qui est très raisonnable comme conclusion. Ensuite, il affirme que les familles se regroupent en villages, puis que les villages se regroupent en cités, en vue d’atteindre l’auto-suffisance : et c’est en cela qu’il définit le politique. Cette dernière affirmation est peut-être un peu trop spécifique à l’histoire de la Grèce antique, il y a peut-être diverses modalité du politique, mais la démarche est déjà très correcte. Il y a la notion d’alliance en vue d’un but commun.
En revanche, prêter une psychologie à une foule c’est juste de la pensée magique, ça ne permet pas de comprendre ce "système", ça le fait comprendre de travers. Toutes ces conceptions erronées ont fait les beaux jours du fascisme, c’est formidable ! le peuple a une âme, donc les liens politiques sont indissolubles, ceci pour l’éternité ! Hum, hum... Non, les liens politiques sont fragiles, il serait temps de s’en rendre compte... Va falloir revenir un peu à la réalité, les gars. 200 ans de délires, ça suffit.