Le monde vient de publier un article ("4 nuances de souverainisme") dans lequel il met Asselineau, Le Pen, NDA et Mélenchon dans le même panier même si ces quatre là ne sont à peu près d’accord sur rien et sont à peu près des adversaires déclarés.
Oui, et les gauchistes ont dit beaucoup de conneries à ce sujet, Mélenchon en tête.
@maQiavel
Je disais justement que le complotisme c’est voir des grosses ficelles partout et tirer des conclusions définitives à partir de simples indices.
Pour les 500 parrainages, la magouille se voit par exemple au fait que les trotskystes, qui présentaient habituellement 2 voire 3 candidats différents à chaque présidentielle sans avoir aucun élu, ne pourraient même pas obtenir 1 ticket cette année en unissant leurs maigres forces. Poutou a même dû subir une séquence "dîner de cons" chez Ruquier, comme tous les petits candidats velléitaires.
Autrement dit, il y avait auparavant une complaisance politique envers l’extrême-gauche internationaliste qui n’existe plus aujourd’hui. Sans doute parce que la jeunesse ne vote plus trotskyste mais Le Pen ou Mélenchon, rendant donc les trotskystes complètement inutiles dans l’optique d’une manipulation du "vote jeune".
Il se met de lui-même sur la défensive, on voit qu’il révère les médias qu’il passe son temps à dénoncer, c’est paradoxal. Soit il assume un discours anti-média, soit il se plie au jeu des médias... mais lui il recherche à tout prix l’onction des journalistes qu’il accuse par ailleurs d’être malhonnête et manipulateur.
Malheureusement, ça trahit sa vision du monde, typique du haut-fonctionnaire français : il y a la masse des débiles et des ignorants d’un côté, et une poignée de sachants de l’autre (les énarques). Entre les deux, la fenêtre magique des médias qui permet aux sachants de s’adresser aux ignorants. Asselineau est donc persuadé qu’il suffit d’avoir les médias son côté pour conquérir le public, ce qui est évidemment faux.
Il y a un excellent article critique sur Asselineau paru sur Atlantico, qui sort un peu des sentiers battus.
Pourquoi Asselineau, comme Dupont-Aignan,
sont-ils régulièrement stigmatisés et tournés en dérision dans les
organes de propagande officielle, alors que Macron est adulé ou, en tout
cas, courtisé ? Parce que ce sont des énarques qui ont abandonné les
positions officielles de l’énarchie. Ils se trouvent donc sous le feu
des critiques de ceux qui détestent la technostructure, et sous les
critiques des énarques qui n’aiment pas les renégats.
Je ne dirais pas qu’il coupe les cheveux en quatre, mais qu’il se focalise parfois sur l’aspect formel d’un argument plutôt que sur le fond - ce qui donne lieu à des reformulations et des circonlocutions qui ne sont pas toujours utiles ou pertinentes, autant de sa part que de celle de son interlocuteur.
Sur l’histoire du FN financé par la secte Moon et la CIA, à ce que j’en sais, c’est à dire pas grand-chose, il y a dû y avoir quelques échanges de valise dans les années 70-80 quand le FN était un micro-parti d’extrême-droite à l’idéologie un peu floue, libéral, anti-gaulienne, occidentaliste.
Ca n’a rien d’extraordinaire si c’est avéré, les Américains ayant soutenu par différentes méthodes de nombreuses officines d’extrême-gauche ou d’extrême-droite, par ailleurs hostiles sur le plan idéologique aux USA (nationaux-socialistes, islamistes, guérilla marxiste, etc.). Si les objectifs locaux et immédiats d’indépendantistes ou d’extrémistes religieux cadrent avec leurs objectifs stratégiques à long terme, le fait qu’il soit viscéralement anti-américains n’a aucune importance...
C’est là qu’Asselineau se fourvoie complètement sur cette histoire de financement du FN et sur la nature de ces relations. C’est comme les soraliens qui expliquent que chaque islamiste est relié par un fil invisible au Pentagone. Les Américains financent des mouvances dont ils savent pertinemment qu’elles leur sont hostiles, mais de leur point de vue, l’islamisme est un moindre mal par rapport à des Etats-Nations structurés. C’est ce que Brzezinski répond quand on lui fait remarquer que le bilan des opérations au Moyen-Orient depuis les années 80 a été un désastre géostratégique. Selon lui, les dégâts collatéraux - subis essentiellement par les populations locales - n’effacent pas le bénéfice principal, c’est à dire l’élimination de l’adversaire géostratégique soviétique. Je crois même qu’il l’a dit ouvertement dans une interview, genre le terrorisme islamique, c’est de la blague comparé aux Russes. Surtout que ce sont les Européens qui paient l’addition, en particulier les Français qui se sont alignés à partir de 2007 sur les thèses néoconservatrices.
Les pétainistes ont souvent accusé De Gaulle d’être un pion des Américains, ce qui était vrai dans une certaine mesure, l’intéressé le reconnaissant lui-même. Mais Roosevelt était aussi un pion dans le sien, De Gaulle parvenant finalement à retourner les alliés contre Pétain alors que ce dernier a longtemps été leur favori, en raison de sa complaisance. Ensuite, dès la fin de la guerre, De Gaulle a tout fait pour virer les Américains.
Bref, la distinction entre manipulé et manipulateur n’est pas toujours aisée à faire, et il faut se garder de tirer des conclusions schématiques à partir de simples "financements".