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  • vote
    Joe Chip Joe Chip 28 mars 2015 15:06

    @Bainville

    C’est un faux argument qui ne fait pas vraiment justice à l’homme dont vous
    revendiquez le parrainage intellectuel. Le vrai Bainville était plutôt américanophile et développait des idées annonçant en filigrane la thèse occidentaliste du "conflit de civilisation" :
    "L’Amérique prolonge l’Europe, elle l’adosse et la renforce. S’il n’y avait pas l’Amérique, la civilisation occidentale n’aurait pour domaine qu’une frange de notre vieux continent. Grâce à l’Amérique latine et à l’Amérique anglo-saxonne, nous serons plus nombreux à l’avenir pour résister aux assauts de l’Asie."

    En tout cas, il était totalement dépourvu de tout sentiment anti-américain :

    "Nous semons toujours et nous récoltons quelquefois. Mais quand à récolter, il faut bien avouer que l’Américain sait s’y prendre. C’est lui qui tirera tous les avantages du Panama dont le fruit nous a échappé dans nos discordes civiles, mais dont l’idée, le plan, le premier effort n’appartiennent qu’à nous.
    La chimère gauloise, la témérité française sont quelquefois de bonnes affaires. Elles en deviennent d’excellentes entre les mains américaines."

    Il s’est ainsi fait l’avocat (mesuré) des vertus du capitalisme américain dans lequel il voyait l’antidote aux dérives charismatiques et démagogiques des nations européennes attachées à des "totems primitifs". Bainville redoutait bien plus les "monstres" continentaux qu"il voyait se lever à l’Est, de l’Allemagne prussienne au Caucase, que la menace civilisationnelle constituée par l’Amérique. Bref... il est toujours délicat bien sûr de représenter ou faire parler les morts, mais je crois pouvoir dire que le subtil homme de droite à l’ancienne - raisonnablement libéral - qu’était Bainville ne se serait pas contenté d’une analyse aussi générique de la situation actuelle, et que c’est un profond contresens que de lui associer un complexe "antiaméricain" absolument étranger à son courant de pensée et à son sens de la mesure. 

    Quand on a sur son territoire 10 à 15 millions de musulmans - dont la plupart considèrent le positionnement par rapport à la question palestinienne comme un "marqueur" politique et culturel - et la plus grande communauté juive d’Europe, avec l’histoire que l’on connaît, c’est pur rhétorique que de considérer que des affrontements entre des groupes gauchistes pro-palestiniens et des suprématistes juifs ne sont rien d’autre que des épiphénomènes lointains du "dehors" qui ne nous atteindraient pas, symptômes superficiels d’une soi-disant "américanisation" que vous vous abstenez par ailleurs de définir, comme si ce terme fourre-tout dispensait celui qui l’emploie de tout besoin de s’expliquer.

    Il faudrait par ailleurs arrêter de considérer également que des gens - étudiants, ouvriers, soldats - qui descendent dans la rue pour défendre leurs idées ou se battre pour leur indépendance sont systématiquement des pantins non représentatifs instrumentalisés par des "forces supérieures" et/ou sans autonomie idéologique. La réalité est plus complexe. Qu’on songe à l’Ukraine, par exemple. On peut aussi se foutre de la gueule des zadistes et de leur idéologie situationniste foutraque, comme le font tous les petits droitards cyniques, mais en attendant, ce sont eux qui ont pris les coups et qui ont obtenu des résultats tangibles. A mon avis, cette tendance chez certains ("dissidents", "manifs pour tous" & cie) à expliquer que les combats des autres sont toujours partiels ou artificiels - les fameux "pseudo-combats" dénoncés par Soral - ne fait que masquer et habiliter idéologiquement une tendance beaucoup plus grave, et moins avouable, au repli et à l’intériorisation de l’impuissance.

    L’Américanisation fait partie de ces prétextes :

    "- Merde les musulmans et les juifs foutent le bordel, faut se ressaisir là"
    "- Meuuuh non, le vrai problème c’est l’américanisation de la France, pauvre truffe"
    "- Ah. Bon, qu’est-ce qu’on fait alors ?
    "- Ben, rien. On attend le retour du Roi, du Christ-Roi, de la Vraie Religion Catholique de la France, etc."

    Contrairement à l’idée reçue, il y a des pays, en Europe et ailleurs, qui sont structurellement bien plus américanisés que la France (Pologne, Japon,
    l’Allemagne, même) et où l’identité n’est pas "malheureuse" et ne pose aucun
    problème.

    Pour moi le vrai problème n’est donc ni la présence de ces groupes ni l’américanisation" de la France mais l’inertie qui fait toujours préférer
    aux Français leur clavier à leurs chaussures, le ronchonnement soumis à la
    colère, le vote un peu merdeux à l’aspiration au changement...



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 28 mars 2015 00:13

    @lupus
    A la fin des années 90, l’Allemagne est au fond du trou car elle a dû absorber financièrement la réunification... un peu comme si la France avait dû intégrer d’un seul coup plusieurs millions de francophones... ça ne change rien au fait que structurellement, l’industrie allemande était déjà plus puissante (depuis le milieu des années 70) plus intégrée et plus concentrée que l’industrie française. Quant à cette vision un rien idyllique de la France de la fin des années 90, j’aimerais bien que tu me donnes des sources chiffrées car j’ai connu cette période et il y avait déjà le chômage, la dette, etc. Hormis une brève période de reprise autour de 99/2000 poussée par une forte croissance mondiale, comme le disent tous les économistes aujourd’hui.



  • 1 vote
    Joe Chip Joe Chip 27 mars 2015 18:06

    « La civilisation espagnole a écrasé les Indiens ; la civilisation anglaise les a méprisé et négligé ; la civilisation française les a enlacés et chérit. »

    Francis Parkman (historien américain)




  • 3 votes
    Joe Chip Joe Chip 27 mars 2015 13:57

    A force de répéter que nous vivons sous une dictature atroce, que la Russie voire la Corée du Nord sont les vrais pays "démocratiques", etc., certains finissent vraiment par soutenir des contre-vérités indécentes mais révélatrices du cynisme démocratique engendré par le confort de vie dont nous jouissons dans les pays occidentaux (qui demeurent malgré tout très riches du point de vue collectif).

    La fabrique du consentement collectif est dans la nature même des systèmes démocratiques. C’est le pendant de la propagande officielle dans les dictatures. Nous échangeons quotidiennement une partie de notre liberté individuelle contre une certaine forme de domestication et de passivité existentielle. Toqueville avait déjà entrevu ce "travers" inhérent aux sociétés démocratiques dans la démocratie américaine naissante. Il constatait stoïquement que l’Occident avait quitté le monde des héros, des guerriers et des saints pour entrer dans celui de la coopération pacifique et mutuellement profitable entre citoyens "libres et égaux" : entrepreneurs, travailleurs, etc. De son point de vue, ce changement de paradigme était non seulement inéluctable (car lié aux innovations juridiques et matérielles) mais globalement positif. Il n’y avait donc pas lieu de le regretter ou de de le combattre mais de veiller à ce que les tares encouragées par la vie démocratique et le libéralisme - comme la passion utile mais excessive des masses pour l’égalité - soient encadrées et limitées par le législateur, conception typique de l’état d’esprit de la bourgeoisie du XIXème siècle.

    On a tout à fait le droit d’estimer que ce troc plus ou moins conscient et délibéré entre sécurité matérielle et existentielle, d’une part, et la liberté individuelle d’autre part, est infamant et contraire à la nature profonde de l’être humain qui, selon Nietzsche, doit s’accomplir dans le dépassement permanent de sa condition et l’affirmation positive de sa liberté. Mais dans ce cas il ne faut pas rester dans le registre de la déploration stérile et prendre sa vie en main : il y a encore aujourd’hui des gens qui ont des parcours individuels singuliers et qui transcendent ce confort anesthésiant de la démocratie. C’est ce qu’a fait Rimbaud en quittant la France pour épouser la "vraie vie" et devenir trafiquant d’armes en Afrique. Bon, il n’a pas fait long feu mais il a entre-temps assumé pleinement sa condition d’animal noble et solitaire ne comptant que sur ses propres moyens pour exister. 

    Donc j’ai parfois envie de dire à tous ceux qui ne supportent plus de vivre dans une démocratie occidentale qui les oppresse mentalement, qui les censure, qui les conditionne, de quitter le pays, tout simplement. Quittez ce monde triste du salariat et de la médiocrité généralisée. Partez à l’aventure.



  • 2 votes
    Joe Chip Joe Chip 27 mars 2015 12:02

    @Boom_QaBoom

    Bof, ça c’est le blabla dissident habituel et ça ne répond pas aux contradictions que je soulève.

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