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    Joe Chip Joe Chip 12 janvier 2020 16:37

    Quand on veut comprendre l’histoire, on ne se contente pas de décrypter des textes ni de les interpréter au pied de la lettre en dressant des listes de liens obscurs ; on contextualise, on hiérarchise les informations, on évalue le sens des mots à l’aune des réalités, et on n’essaie pas à tout prix de caser son interprétation de l’histoire dans le travail d’investigation visant à faire "parler" les documents, qui ne disent rien par eux-même. L’histoire n’est pas de l’archéologie textuelle, c’est une science humaine, qui implique une part de subjectivité. Si des historiens s’évertuent aujourd’hui à faire des histoires de la sensibilité, des histoires des couleurs, du genre, etc., c’est bien entendu pour fournir des outils d’interprétation plus sensible et donc moins sujet à l’erreur, qu’elle soit liée à des anachronismes ou aux variations du jugement individuel.



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 12 janvier 2020 16:20

    Les nazis n’ont fait que récupérer et subvertir des éléments de rhétorique paneuropéenne associée aux pacifistes de l’entre-deux guerres pour présenter le Reich comme un "empire européen" et prétendre rechercher la paix entre les nations européennes, alors qu’il s’agissait bien entendu d’’établir un empire sur une base pangermanique nazie, c’est à dire d’un projet d’expansion territoriale au service d’une vision millénariste de l’histoire devant conduire au "Reich de mille ans"

    « Nous n’attendons pas de vous que vous reniez votre nation. […] Nous n’attendons pas de vous que vous deveniez Allemands par opportunisme. Nous attendons de vous que vous subordonniez votre idéal national à un idéal racial et historique plus grand, à l’idéal du Reich germanique » (Himmler, 1943)

    Vers la fin de la guerre, les nazis sont revenus à une politique plus réaliste, insistant de fait sur "l’unité européenne" de nations présentées comme "souveraines", mais là encore, il ne s’agissait que d’une adaptation de la propagande en fonction des difficultés rencontrées sur le terrain face aux mouvements de résistance et autres organisations nationalistes.



  • 1 vote
    Joe Chip Joe Chip 12 janvier 2020 15:58

    @pegase

    C’est marrant que tu parles des accords de Locarno qui viennent justement rappeler que les histoires de "nouvelle Europe" n’avaient rien de neuf dans l’esprit des élites de l’époque :


    Aristide Briand avait une idée bien marquée de ce que les accords de Locarno devaient apporter à l’Europe d’après-guerre : « Si les accords de Locarno ne correspondent pas à un esprit nouveau, s’ils ne marquent pas le début d’une ère de confiance et de collaboration, ils ne produiront pas ce grand effet que nous en attendons. Il faut que de Locarno, une Europe nouvelle se lève. »1

    Les accords de Locarno sont l’acmé du moment de paix européen dans l’entre-deux-guerres. De 1920 à 1925, les projets pro-européens foisonnent comme celui de Richard Nikolaus de Coudenhove-Kalergi : l’Union paneuropéenne internationale.



  • 1 vote
    Joe Chip Joe Chip 12 janvier 2020 15:12

    @maQiavel

    Tu es trop magnanime à mon avis. On ne peut pas toujours couper la poire en deux. C’est Asselineau qui maintient depuis des années des affirmations fausses ou mensongères à ce sujet dans le seul but de "nazifier" l’UE, alors que c’est à lui de produire les preuves historiques de ce qu’il avance. Le mensonge répété devient délirant, une fois qu’on a apporté toutes les preuves permettant d’établir la vérité. Il n’y a pas un seul historien défendant l’idée qu’il subsisterait des "zones d’ombre" au sujet du parcours d’Hallstein.
    S’il était aussi sûr de son fait, pourquoi ne met-il pas des historiens de profession sur la piste de cette supercherie ? La réponse est simple, parce qu’aucun historien ne soutiendrait cette thèse ou ne risquerait sa réputation pour démontrer une thèse manifestement construite de toute pièce.

    Pour ceux qui veulent se faire une idée sur la question je leur recommande la vidéo remarquable de « Penseur sauvage » qui a fait une enquête rigoureuse sur le sujet sans prendre parti.

    Il apparaît que "penseur sauvage" (que je connais pas) est un youtubeur adhérent de l’UPR, il me semble important de le préciser à ceux qui chercheraient une "enquête rigoureuse" :

    http://www.penseursauvage.fr/pourquoi-jai-adhere-a-lupr/

    Bon, on a vu mieux comme gage d’objectivité et d’indépendance d’esprit. 

    Les types de l’UPR ne sont pas complètement idiots, ils voient bien que leur thèse bloquent sur les faits, ils essaient donc de l’édulcorer, d’intégrer superficiellement les éléments apportés par les contradicteurs, etc... mais le fond ne change pas.

    Pour toutes les personnes qui se sont penchées sur la question avec un peu de méthode, il apparaît rapidement que les "sources" avancées par Asselineau ou ses soutiens ne sont que des interprétations erronées ou des extrapolations de documents qui en tant que tels ne démontrent rien, sinon qu’Hallstein a eu sous le Reich la trajectoire typique d’un haut-fonctionnaire de premier rang, faisant le travail qu’on lui demandait de faire, allant là où on lui commandait d’aller, et apparemment sans entrain particulier. Les Américains "recyclaient" seulement les fonctionnaires dont on avait pu démontré qu’ils n’avaient pas adhérer, philosophiquement, personnellement, à l’idéologie nazie. 
    Ce fait d’ailleurs est à mon avis le plus moralement dérangeant. Car on aurait pu très bien reprocher à ces gens, assez haut placés et lucides pour être conscients de la réalité du régime, contrairement aux subalternes et aux sous-fifres embrigadés par la propagande interne, de n’avoir rien fait ni voulu entreprendre pour contrecarrer les desseins d’Hitler à quelques exceptions près. Au contraire, on a préféré interpréter à décharge l’attentisme de ces personnes dans le seul but de pouvoir utiliser leurs compétences. C’est encore pire en Allemagne de l’Ouest, où l’on s’est acharné jusqu’à la période très récente sur des vieillards qui avaient en gros passé la guerre à ouvrir et fermer des portes dans un camp alors que des anciens bureaucrates nazis ont pu tranquillement faire carrière dans l’administration et la justice et vivre une retraite paisible. 
    Normalement, la justice doit être plus sévère avec les responsables, qu’ils aient été impliqués directement ou non. Dans ce sens, oui, il est problématique de constater qu’Hallstein et de nombreux autres scientifiques, ingénieurs, fonctionnaires, bureaucrates — ont pu bénéficier de nombreuses complaisances pour poursuivre leur carrière au service des USA ou de la Russie. 

    Mais tout cela n’a rien à voir avec les fantasmes d’UE comme projet hitlérien élaboré par des anciens nazis et poursuivi au profit des USA, soit la thèse de l’UPR que je n’ai aucun scrupule à qualifier de "complotiste". L’idée d’Europe intégrée n’était d’ailleurs pas nouvelle à l’époque, on en parlait sous une forme ou une autre en France (Briand...) ou en Allemagne au moins depuis le XIXème siècle. 



  • 1 vote
    Joe Chip Joe Chip 10 janvier 2020 13:37

    @Yakaa

    Le fait d’avoir tourné le dos à la lutte des classes pour aiguiller ce substitut de gauche ou "le camp du bien" vers des enjeux sociétaux (qui pourront s’étendre à l’infini) est pour moi une simple continuité du passage à l’anti-racisme et anti-fascisme des années 80 à toutes ces soit disant luttes contre les stéréotypes de genres, les phobies truc, machin...

    Non, ça c’est la vulgate "marxiste" soralienne des années 2000 pompée en grande partie sur Clouscard sans vouloir t’offenser. Il y a un moment où il va falloir accepter de changer de paradigme ou de l’enrichir, car on ne peut pas rester ainsi figé sur des catégories conceptuelles qui n’ont pas évolué depuis 40 ans. Les identity politics procèdent d’une dynamique située en dehors de ce paradigme français post-soixante-huitard de la lutte des classes opposée aux "enjeux sociétaux". 

    Je ne voulais pas utiliser le mot, mais il ne faut pas être has-been ni franchouillard, et accepter que l’idéologie actuelle est un phénomène américain que nous subissons largement même si Foucaud et Derrida ont exercé une certaine influence séminale sur cette mouvance. Le néo-puritanisme que l’on voit fleurir aujourd’hui sur les réseaux sociaux (américains), les doutes par rapport à la laïcité française accusée d’être porteuse d’un universalisme raciste et colonial, l’irruption de la couleur de la peau dans la sociologie française, l’obsession de la race, etc... tout cela porte la marque de l’influence croissante de la culture américaine qui ne renvoie plus seulement à un mode de consommation ou à l’adoption d’un certain mode de vie par la classe moyenne française, comme pouvaient le dénoncer à l’époque les marxistes, mais qui traduit plutôt la modification en profondeur des structures culturelles et sociologiques de la société française. Et j’insiste sur le fait que cette évolution du paradigme touche aussi la droite française identitaire et conservatrice, qui en train se d’américaniser à fond, il suffit de voir l’état d’esprit des jeunes droitards qui ne connaissent absolument rien à la pensée de la droite nationaliste française, mais qui fustigent à longueur de temps sur les réseaux sociaux les "SJW" (social justice warriors) qui sont les boucs-émissaires de la droite américaine trumpiste. Même Rochedy, à sa manière plus subtile, fait de l’entrepreunariat identitaire très proche des thèmes favoris de la droite américaine. 

    Bref, pour ma part je sais que je n’écoute plus du tout tous ces vieux post soixante-huitards français (j’inclue les pro et les anti) qui ne comprennent plus vraiment le monde dans lequel ils vivent et qui sans s’en rendre compte tombent souvent dans le paternalisme ("je vais t’expliquer comment fonctionne le monde, tais-toi et écoute") quand ils ne dérivent pas vers des formules sectaires, comme Soral.

    et toujours la lutte contre la bête immonde du fascisme tapie dans chaque mâle blanc de plus de 50 ans, dans chaque propos déviant digne d’attirer des waggons d’antifas ou de SJW sur Twitter ou Facebook.

    Merci de démontrer ce que je disais. Les SJW, twitter, facebook, tout ça c’est américain, la France n’a fait que suivre le mouvement alors qu’elle était culturellement motrice jusque dans les années 60/70. 

    Donc pour moi l’antifascisme et la fameuse "lutte contre la bête immonde" et son instrumentalisation est loin d’être morte.

    Tu as tort sur ce point mais je ne vais pas reprendre ma démonstration. Nous sommes sortis de ce paradigme des générations d’après-guerre ou en train d’en sortir, c’est juste qu’il y a une latence culturelle en France où les postes sont encore majoritairement occupés par les représentants de cette génération.

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