@PumTchak "Et, comme vous le soulignez, "comploteur" est un mot qui se défie du pouvoir et qui a l’utilité vigilante contre son caractère arbitraire, alors que "complotiste" est un mot qui se défie de ceux qui se méfient du pouvoir. Belle révolution pour les mentalités."
De plus, le pouvoir politique lui-même cherchait (avec raison ou d’une manière paranoïaque selon les cas) à se protéger des complots et des comploteurs (contre la nation, contre l’Etat, contre le parti unique, etc.)... et pas des "complotistes" !
Ce renversement sémantique complet s’est produit en très peu de temps à la suite des attentats du 11 septembre 2001.
Quant l’ensemble de la société se soucie principalement des "complotistes", les comploteurs ont le champ libre et peuvent même compter sur l’aide de la police de la pensée pour abriter leurs agissements. L’invention du "complotisme" est une des déclinaisons du sida mental identifié par Louis Pauwels.
Au lieu de se soucier que ses enfants soient "complotistes", cette génération d’adultes infantiles devrait se demander pourquoi elle se retrouve incapable de leur enseigner la manière de reconnaître et de déjouer les complots.
Non, c’est un terme agoravoxien ironique, je pensais que vous y étiez accoutumé.
"Le mot "fasciste" a quasiment disparu du vocabulaire des "insultes" politique, même la gauche a fini par comprendre que coller l’étiquette "fasciste" à des contradicteurs ne fonctionnait plus. Un type qui va en traiter un autre de fasciste sur un plateau télé va immédiatement passer pour un charlot cédant à la facilité. Pour le terme raciste, c’est moins marqué mais il y a eu aussi une évolution. Même les types du FN ne se font plus traités de racistes dans le débat publique, accusation qui était systématiquement portée il y a encore quelques années. Les procès en antisémitisme refluent aussi.
Je souhaite que votre perception se confirme, mais je ne vois pas encore les choses prendre ce tournant de manière claire. Il me semble que la diabolisation marche toujours bien avec ces vieux arguments. Elle est aujourd’hui employée pour faire taire Etienne Chouard, avec un ridicule abouti et une absence de scrupule frappante, mais malheureusement ça fonctionne puisque certaines de ses interventions sont annulées sur la base de ces accusations odieuses et grotesques, si ringardes soient telles. Dois-je vous rappeler que notre jeune et moderne président s’est empressé d’accuser les Gilets Jaunes de constituer "une foule haineuse (...) qui s’en prend aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels" dans sa première déclaration solennelle à leur sujet et que cette rengaine a été reprise joyeusement par de nombreux perroquets médiatiques et autres suiveurs du cortèges des belles âmes ?
"Pour le reste ("amendes astronomiques", "peines de prison", "exil", "bûcher"...) pouvez-vous dire clairement à qui vous faites référence ? J’ai ma petite idée mais
si vous voulez défendre Soral, autant le dire clairement, car il s’agit encore d’un autre sujet."
Je dis toujours les choses clairement (excepté quand je plaisante). Mon propos n’était pas de défendre qui que ce soit en particulier ; et cela me fatiguerait un peu de vous faire une liste de toutes les personnes effectivement concernées. Il s’agissait de remarques générales concernant aussi bien les menaces qui sont exercées de manière constante sur tous les propos publics, ou même privés à présent, créant un climat de censure permanente.
@Joe Chip "Le dernier argument que j’apporterai en faveur de ma définition est le complotisme dans le cadre scolaire auquel sont fréquemment confrontés les professeurs d’histoire durant leur cours. Peut-on envisager que des gosses de 12 ans soient déjà en proie à la "paranoïa du complot" ?"
Voilà encore une excellente question, il faut la poser et non l’éviter. Mais on ne peut pas y répondre en général, cela dépend des situations. Cependant, on sait qu’une tendance paranoïaque collective (même familiale) se transmet évidemment aux enfants avec une étonnante fluidité. L’histoire des peurs collectives est instructive à ce sujet. https://www.lameduse.ch/2017/09/08/le-silence-sur-la-peur-et-la-paranoia-collective/
Toutefois, le problème que vous décrivez, au concret, relève surtout de la perte d’autorité du professeur et de tous les anciens prescripteurs d’opinions : et c’est encore une autre question qui ne se confond pas exactement avec celle dont nous parlons. Un homme qui n’a jamais eu de maître admirable et intimidant dans son enfance entre dans la vie adulte avec un handicap permanent.
@Joe Chip "Comme je l’ai dit le complotisme a une histoire bien plus longue que l’histoire récente et médiatique de ce terme."
Pourtant le concept n’a que quelques années. Auparavant, on parlait de comploteurs et c’était ça le problème ! On ne se préoccupait pas de "complotistes" et même le mot "complotisme" aurait été compris comme la tendance à fomenter des complots... et non comme la tendance à croire en des complots inexistants ! Cette inversion est très intéressante, ne trouvez-vous pas ?