@Joe Chip "Donc déjà, il faut savoir dans quel sens vous utilisez le mot, si c’est le sens premier, ça veut dire que la "paranoïa du complot" renvoie à un trouble psychiatrique individuel qu’il faut caractériser : est-ce un état permanent, une psychose passagère, comment expliquer alors la diffusion et la grande homogénéité de certaines théories du complot ? Ne faudrait-il pas alors envisager une prise en charge thérapeutique des gens développant une "paranoïa du complot" comme on le fait pour d’autres types de paranoïa ? Etc. On voit bien qu’un certain nombre de problèmes surgissent."
Oui, ce sont ces problèmes qu’il faut traiter. Et toutes les questions que vous posez là sont les bonnes questions.
@Joe Chip "Je répète que je distingue la paranoïa et le complotisme selon des critères précis que j’ai définis, vous cherchez à me faire dire que je parle de "paranoïa du complot" expression que je trouve redondante ou pléonastique, et problématique sur le fond. La paranoïa dans son acception originelle est une maladie mentale généralement classée parmi les psychoses ; dans une définition plus vague, elle désigne une tendance exagérée à la méfiance."
D’abord, je ne cherche pas à vous faire dire ce que vous ne dites pas mais j’emploie quant à moi les termes qui me semblent appropriés — en l’occurrence je trouve la formule employée plus haut par MaQiavel "paranoïa du complot" adaptée et compréhensible par tous.
Il n’y contrairement à ce que vous dites ni redondance ni pléonasme dans cette expression, et dans aucun sens ; puisque d’une part toutes les tendances paranoïaques ne prennent pas la forme d’une fixation sur la croyance en un complot et parce que d’autre part il existe des complots qui ne sont pas seulement des croyances paranoïaques. La paranoïa du complot est typique d’une forme paranoïaque qu’on nomme "délire d’interprétation", différente par exemple du "délire de relation" (concernant les personnes se croyant personnellement au centre de toutes les attentions des autres, se prenant pour des génies, des guides spirituels, des sauveurs héroïques, etc.) Ces deux formes de tendances paranoïaques sont bien illustrées sur ce forum par des participants qui constituent des sujets d’études très intéressants.
Ensuite, et c’est tout l’enjeu du travail en profondeur sur cette question, il existe des tendances paranoïaques collectives, dans lesquels les croyances erronées ou les délires sont partagés ou donnent l’impression de l’être.
Enfin, il faut distinguer "le trouble de personnalité paranoïaque" qui concerne un nombre assez important de personnes du "trouble délirant paranoïaque" plus grave et plus rare, surtout dans ses formes permanentes. Malheureusement la première forme peut évoluer vers la seconde. Cette page développe cette distinction essentielle en termes simples et celui qui veut en savoir plus à ce sujet pourra s’y référer.
Il faut bien comprendre que les symptômes du trouble de la personnalité paranoïaque ne sont pas "vagues" mais formellement définis dans les critères diagnostiques du DSM-5. C’est une véritable tendance morbide — certes non psychotique — qui ne se limite pas à un trait de caractère. Même si la distinction entre santé et maladie peut toujours faire débat, en psychiatrie en particulier et en médecine en général.
@Joe Chip "Il faut hiérarchiser, le platisme n’a pas la même acuité et la même portée politique que les théories du complot autour des attentats, de l’influence attribuée à certains lobbies organisés, etc."
La malhonnêteté des gars de la bande à Rudy consiste à faire passer pour dangereuses des idées qui ne leur plaisent pas personnellement mais qui ne représentent aucun réel danger politique et aucune nuisance sociale (autre que la part de folie irréductible en toute société). Et pour dire qu’une opinion est "dangereuse" en France on dit qu’elle est fasciste, raciste, antimite ; car cela semble suffire pour justifier la censure, les amendes astronomiques, les peines de prisons, l’exil social, les bûchers médiatiques, etc. Donc, par exemple, si je n’aime pas la croyance "platiste" de mon voisin, je vais essayer de trouver un lien entre le platisme et le nazisme, par exemple une lettre d’Hitler sur la théorie de la Terre plate. Enfin, c’est ce que ferait un Rudy Labruti.
Ce que vous voulez dire (si je vous comprends bien à présent), c’est que certaines tendance à la paranoïa du complot sont quand même plus dangereuses que d’autres. Seulement moi je ne dirais pas qu’elles sont plus dangereuses parce qu’elles sont plus "politiques". Vous dites qu’il faut hiérarchiser. C’est possible mais comment ? Je ne trouve aucune "théorie du complot" politiquement menaçante dans le monde réel. En voyez-vous réellement ? Est-ce que, pour reprendre votre exemple, vous pensez vraiment que les fixettes mentales sur "l’influence attribuée à certains lobbies organisés" pourraient aboutir à une loi anti-juive ou anti-maçonnique dans les mois ou les années à venir en France ?
@Joe Chip "Je suis plutôt inquiet à vrai dire de voir des "rationalistes" chercher à réduire le champ d’expression de ces personnes sous des prétextes divers et variés mais toujours mauvais (ex= croire à la terre plate conduit à l’antisémitisme). C’est un peu comme si les autorités d’autrefois avaient entrepris de réprimer systématiquement les superstitions locales et les croyances collectives. Rudy Machin avec ses airs d’archidiacre renfrogné n’a rien à envier à certains inquisiteurs qui se réclamaient déjà abusivement de l’exercice de la "raison" pour disqualifier et condamner. On ne peut pas chasser les monstres de l’imaginaire humain, ils reviendront toujours sous une forme ou autre."