C’est déjà le cas à la création de la Banque de France, construite sur le modèle de la Banque d’Angleterre, laquelle fut créée en récompense du soutien des milieux d’affaires à Guillaume III d’Orange pour s’emparer du trône d’Angleterre. La création de la FED sur ce modèle viendra en 1913.
Après la guerre, la Banque de France est nationalisée. Elle peut alors prêter directement au trésor public (sans intérêt). Ceci fut d’abord remis en cause par la loi 73-7 (signée par Pompidou, Mesmer et Giscard en janvier 1973), dans son article 25, qui interdit les avances de fond au trésor public, ce qui obligea l’Etat à emprunter aux marchés financiers. Puis ceci fut prolongé par les traités européens (art 104 de Maastricht, art 123 de Lisbonne).
Extrait de la comédie Les Cavaliers du dramaturge grec Aristophane.
Pour combattre le démagogue Cléon, le parti des Cavaliers
désespère de trouver un candidat à la hauteur. Un oracle révèle qu’un
marchand de tripes sera capable de séduire le peuple ? ici incarné par
le personnage nommé Démos. Nicias et Démosthène partent à la recherche du champion qui consacrera la victoire du parti des Cavaliers aux élections. Ils le trouvent enfin :
DÉMOSTHÈNE. Ô bienheureux marchand d’andouilles, viens, viens, mon très cher ; avance, sauveur de la ville et le nôtre.
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. Qu’est-ce ? Pourquoi m’appelez-vous ?
DÉMOSTHÈNE. Viens ici, afin de savoir quelle chance tu as, quel comble de prospérité.
NICIAS. Voyons ; débarrasse-le de son étal, et apprends-lui l’oracle du dieu, quel il est. Moi, je vais avoir l’œil sur le Paphlagonien.
DÉMOSTHÈNE. Allons, toi, dépose d’abord cet attirail, mets-le à terre ; puis adore la terre et les dieux.
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. Soit : qu’est-ce que c’est ?
DÉMOSTHÈNE. Homme heureux, homme riche ; aujourd’hui rien, demain plus que grand, chef de la bienheureuse Athènes.
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. Hé ! mon bon, que ne me laisses-tu laver mes tripes et vendre mes andouilles, au lieu de te moquer de moi ?
DÉMOSTHÈNE. Imbécile ! Tes tripes ! Regarde par ici. Vois-tu ces files de peuple ?
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. Je les vois.
DÉMOSTHÈNE. Tu seras le maître de tous ces gens-là ; et celui de
l’Agora, des ports, de la Pnyx ; tu piétineras sur le Conseil, tu
casseras les stratèges, tu les enchaîneras, tu les mettras en prison ;
tu feras la débauche dans le Prytanée.
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. Moi ?
DÉMOSTHÈNE. Oui, toi. Et tu ne vois pas encore tout. Monte sur cet étal, et jette les yeux sur toutes les îles d’alentour.
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. Je les vois.
DÉMOSTHÈNE. Eh bien ! Et les entrepôts ? Et les navires marchands ?
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. J’y suis.
DÉMOSTHÈNE. Comment donc ! N’es-tu pas au comble du bonheur ?
Maintenant jette l’œil droit du côté de la Carie, et l’œil gauche du côté de la Chalcédoine.
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. Effectivement ; me voilà fort heureux de loucher !
DÉMOSTHÈNE. Mais non : c’est pour toi que se fait tout ce trafic ; car tu vas devenir, comme le dit cet oracle, un très grand personnage.
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. Dis-moi, comment moi, un marchand d’andouilles, deviendrai-je un grand personnage ?
DÉMOSTHÈNE. C’est pour cela même que tu deviendras grand, parce que tu es un mauvais drôle, un homme de l’Agora, un impudent.
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. Je ne me crois pas digne d’un si grand pouvoir.
DÉMOSTHÈNE. Hé ! hé ! pourquoi dis-tu que tu n’en es pas
digne ? Tu me parais avoir conscience que tu n’es pas sans mérite. Es-tu
fils de gens beaux et bons ?
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. J’en atteste les dieux, je suis de la canaille.
DÉMOSTHÈNE. Quelle heureuse chance ! Comme cela tourne bien pour tes affaires !
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. Mais, mon bon, je n’ai pas reçu la moindre éducation ; je connais mes lettres, et, chose mauvaise, même assez mal.
DÉMOSTHÈNE. C’est la seule chose qui te fasse du tort,
même sue assez mal. La démagogie ne veut pas d’un homme instruit, ni de
mœurs honnêtes ; il lui faut un ignorant et un infâme. Mais ne laisse
pas échapper ce que les dieux te donnent, d’après leurs oracles. […]
LE MARCHAND D’ANDOUILLES. Oui, l’oracle me désigne ; mais j’admire comment je serai capable de gouverner Démos.
DÉMOSTHÈNE. Tout ce qu’il y a de plus simple. Fais ce que tu fais brouille toutes les affaires comme tes tripes ;
amadoue Démos en l’édulcorant par des propos de cuisine : tu as tout ce
qui fait un démagogue, voix canaille, nature perverse, langage des
halles : tu réunis tout ce qu’il faut pour gouverner. Les oracles sont
pour toi, y compris celui de la Pythie.
C’est pareil, il y a toujours un moment où il te faut présenter les lois et convaincre l’auditoire.
Mais si vous y croyez vraiment à ce système, fédérez-vous, fondez une entreprise sur ce principe de gouvernement, et montrez-en donc sa validité par l’action.
Ce sera mieux que de tenter de l’imposer aux autres par le baratin...
Historiquement, et factuellement, il faut quand même dire que la démocratie fut le prélude à la guerre du Péloponnèse et à l’auto-destruction de la Grèce par elle-même.
Au point que les philosophes qui suivirent qualifièrent la démocratie de "tyrannie de l’opinion".
La démocratie consiste à porter à la tête du gouvernement les bavards, les truqueurs, les superficiels. C’est le paraître en politique, le sophisme en philosophie, le toc en économie.