Pour saint Thomas, comme pour Confucius et Aristote :
1) La politique est une science, la science de l’agir de l’homme : non seulement elle s’applique à déterminer le bien à atteindre, mais aussi la façon de réaliser ce bien.
2) Le gouvernement est un bien car il permet aux hommes d’accomplir leur fin : le bonheur. Il y parvient en réalisant le bien commun, ce qui consiste à :
rendre les citoyens vertueux grâce aux lois,
établir les conditions matérielles requises à la pratique de la vertu,
principalement, à établir l’unité de la paix grâce à la justice.
Parce que la vertu, qui est l’art de toujours bien agir, assure que les conflits internes à la collectivités sont minimisés, ce qui fait que et la liberté et l’égalité et la fraternité sont simultanément maximisés.
Vivre dans une société où tous prennent soin de chacun, jusqu’au mépris de soi, en se surveillant soi-même, est collectivement plus bénéfique pour chacun que de vivre dans une société où chacun prend soin de soi-même, jusqu’au mépris d’autrui, en surveillant autrui.
Dans le premier cas, c’est soi contre soi, mais tous les autres pour soi, tandis que dans le second cas c’est soi pour soi mais tous les autres contre soi. La vertu collective est donc dans l’altruisme, non dans l’individualisme. Par conséquent l’individualisme doit être fortement découragé.
Je reconnais bien-là l’admirateur de machiavel, qui promeut le deux-poids-deux-mesures
Ne jugez pas, afin de n’être pas jugés ; car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous. Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la
poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : "Laisse-moi ôter la paille de ton œil", et voilà que la poutre est dans ton œil ! Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l’œil de ton frère. Mathieu, chapitre 7.
Depuis l’homme le plus élevé en dignité, jusqu’au plus humble et
plus obscur, devoir égal pour tous : corriger et améliorer sa personne ; ou le perfectionnement de soi-même est la base fondamentale de tout progrès et de tout développement moral. Confucius, Grande étude
Aucune chance que l’homme mis en surveillance d’autrui soit rendu saint par une telle fonction. La vertu, c’est d’abord a surveillance de soi par soi, plutôt que la surveillance d’autrui...
En effet, et c’est la raison pour laquelle la science morale est le fondement essentiel de toute société.
Les divers dispositifs techniques visant à encadrer la manière de légiférer sont donc sans objet, car la qualité d’une loi découle de la science morale du législateur, non du processus technique de son ingénierie.
Et si vous voulez encore me clamer la nécessité de la surveillance de tous par tous, sachez que la surveillance de tous par tous n’est pas vertueux moralement.