Il me semble que, de votre côté, vous ayez une vision un peu trop médiévale de ce qu’était la bourgeoisie à l’époque de la Révolution. Il y a longtemps que les bourgeois ne faisaient plus le guet ! En tout cas, je n’ai jamais entendu parlé de cette pratique à cette époque.
Vous connaissez le tableau ’la ronde de nuit’ de Rembrandt ? Il date de 1642. Il ne s’ agit pas seulement de faire le guet, il s’ agit de patrouiller aussi dans les rues la nuit, d’ assurer l’ ordre. Je ne parle pas de Paris qui avait un corps de professionnels, la ville dépendant directement du roi (la cour des miracles ne fut réduite pourtant que sous Louis XIV), mais Bordeaux et les autres grandes villes (marseille, Toulouse, Lyon, etc) étaient dirigées par ces bourgeois et leurs représentants grâce à une charte ou coutume particulière, puis en dessous encore il y avait des villes comme Bayonne, Arras, La Rochelle, Niort, Dax qui étaient des villes de communes, c’ est-à-dire des villes ou les habitants étaient liés entre eux par un serment reconnu par le roi avec privilèges et libertés.
La France était alors une mosaïque de droits différents mais les gens s’y reconnaissaient très bien car ils ne bougeaient pas.
Cela dit, dans un système dit représentatif, le droit de vote est une illusion qui ne sert qu’à légitimer l’oligarchie. Que tout le monde vote ou personne ne change rien.
Mais enfin, de tout an le pouvoir n’ est pas et ne sera jamais sécable en 100000 morceaux !
Les dangers intérieurs viennent des bourgeois ; pour vaincre les bourgeois, il faut rallier le peuple...
A partir du moment où la noblesse et le clergé ancien régime sont abolis, vous les appelez comment si vous êtes un des révolutionnaires en vue, qui a contribué à cela, et conscient de l’ importance des mots ? Vous cherchez un autre mot.
Comme je l’ ai dit les élites d’ Ancien régime vivaient en ville, à part des gentilshommes campagnards, à part les mois de l’ année des travaux des champs, les mois où l’ on allait récolter le raisin par exemple, etc... Il faut bien trouver un mot.
On a pu sortir le mot ’bourgeois’ mais on n’ est plus sous l’ Ancien Régime, et cela ne signifie pas que c’ est un groupe unis, conscient de lui même, qu’ ils sont ’bourgeois’ au sens 19 ème s. Au contraire la noblesse d’ épée, de robe, les gens du roi, ont passé leur temps à se crêper le chignon tout le long du siècle.
Pour comprendre le suffrage censitaire, il faut sortir un instant de soi-même, tenter de comprendre ces gens du 18 ème s. et ranger pour ce faire, provisoirement, sa moraline 20 ème siècle.
Dans cette société, seuls les gens qui accomplissent des devoirs ont ensuite des droits. C’ est le suffrage censitaire, on pense qu’ il est juste que ceux qui paient l’ impôt et qui participent au guet soient dit bourgeois et aient accès ensuite aux charges municipales. Ceux qui ne le sont pas ne paient pas cet impôt et ne font pas le guet. La grande majorité des gens sont d’ accord avec cela. On pense aussi que les bourgeois en assurant la sécurité de la ville ne se livreront pas au pillage, contrairement à ceux qui n’ ont rien.
Aujourd ’hui, la moitié des Français ne paient pas d’ impôt direct et ont le suffrage universel, municipal, etc. C’ est juste une autre logique. Et après des Depardieu qui paient beaucoup d’ impôts tout en n’ ayant pas plus de droits que les autres s’ estiment floués, partent, et il faudra trouver de l’ argent à la place de celui qu’ il aurait pu le payer.
Pour vos citations, la garde bourgeoise dit bien son nom, il s’ agit, comme avant, d’ assurer la sécurité dans Paris. Il ne s’ agit pas ici du sens marxiste. Pour la garde nationale, je ne la connais pas très bien, mais c’ était déjà un changement par rapport à ce qu’ il y avait avant, des gens du peuple, si je ne me trompe pas, ont pu y entrer à des postes de responsabilité contrairement à l’ armée du roi ou il fallait être noble.
Il ne faut pas confondre le prisme déformant de sa propre subjectivité avec le sujet. Il y a des faits.
La bourgeoisie à l’ époque est celle que j’ ai décrite et pas plus. Ces gens s’ occupent de la gestion de leur ville. Ils ne rencontrent jamais ceux des autres villes.
Le mot qui existe est le ’tiers état’ réunis lors des Etat Généraux, mais avant ceux de 1789, la dernière réunion datait de 1615 ! Le ’tiers état’ est tous ceux des responsables qui ne sont ni du clergé ni de la noblesse, ... même si tous vivent en ville.
Est-ce qu’ un riche laboureur qui va au bourg le dimanche est un ’bourgeois’ pour vous ? Il ne partage rien avec les autres.
On peut plaquer tous les concepts nouveaux du monde, mais si les sociétés étudiées ne les connaissent pas...On dit des conneries et c’ est tout.