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@Le corbeau de Port-Real
L’erreur serait de faire comme les fans d’Asselineau et de ne tirer aucun enseignement de cette campagne pour préserver un parti dont l’unité serait devenue factice :
- les Français apprécient MLP lorsqu’elles portent certaines thématiques, ils lui reconnaissent des qualités de leader mais restent méfiant voire défiant vis à vis de la structure du FN, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, c’est sans importance.
- le FN marchant sur ses deux jambes souverainistes et identitaires, je n’y crois plus vraiment après avoir vu les réactions délirantes et l’hostilité de la frange identitaire contre MLP au soir de l’élection (sous prétexte qu’elle n’avait pas fait 30% sur une ligne libérale-nationale). Leur allergie au peuple est également latente. L’abcès devra être crevé d’une manière ou d’une autre.
- la recomposition à droite se fera soit sur une ligne souverainiste rassemblant une partie du FN et les souveranistes au sens large (de Sapir à Garraud) avec un traitement réaliste des questions migratoires et européennes, soit sur une ligne libérale-identitaire théorisée par les zemmmour-buisson qui cherchent à faire sauter MLP pour reconstruire le "RPR des années 80" associé à la mouvance conservatrice-catho-identitaire dirigée par la jeune Marion (qui fascine les vieux bourgeois de LR et qui paraît beaucoup plus influençable que sa tante).
Pour Asselineau et ses sbires de forum, il vaut mieux les laisser tomber puisqu’ils nous accusent en plus d’être obsédés par l’UPR quand on s’oppose à leur message et à leur pollution des forums. Tout tourne autour d’Asselineau, positivement ou négativement, il est impossible de les raisonner. Asselineau a d’ailleurs décrété au lendemain de la débâcle qu’il détenait la vérité. Je croyais que l’humiliation du premier tour allait au moins les conduire à réfléchir collectivement, mais c’est l’effet inverse qui s’est produit. On ne peut pas discuter avec quelqu’un qui détient la vérité, c’est impossible.
Donc à mon avis il ne faut plus leur accorder si généreusement notre attention ni le bénéfice de la contradiction (qu’ils n’admettent pas). Ils ne comprennent pas que la politique ce n’est pas un type, aussi légitime soit-il, qui impose ses idées et ses analyses, surtout après une branlée aussi magistrale (pas le fait d’avoir 0,9% mais le fait d’obtenir ce résultat en croyant avoir eu le potentiel de faire plus de 10%). Asselineau n’est pas bon, en politique, c’est comme ça, sur les plateaux il oscillait toujours entre suffisance et fébrilité en fonction de l’attitude des journalistes, jusqu’à l’implosion des derniers jours (imitation de Macron chantant "pensez printemps").
Face à un journaliste complaisant ou professionnel, le conférencier hautain et le donneur de leçon ne tardait pas à remonter à la surface. Asselineau, sur des interviews de 10 ou 15 minutes, en passait une bonne moitié à parler de l’UPR tout en expliquant aux Français que les sujets comme l’immigration et les fermetures d’usine étaient secondaires ("ce sont des sujets pour la législative"). Bon, ben, les Français dans leur écrasante majorité n’en avaient rien à foutre de l’UPR, c’est comme ça. Donc passer son temps à en parler pour faire plaisir aux militants qui donnaient de leur personne ou pour susciter des adhésions, c’était vraiment une très mauvaise utilisation de son temps médiatique. La dynamique de cette campagne se jouait en partie sur des postures populistes de rejet de la politique et des partis (même MLP a mis à distance le FN).
Face à un journaliste non coopérant ou de mauvaise foi, il perdait rapidement son calme et montrait des signes d’agacement ou de nervosité. Et puis pour le dire un peu crument, son apparence de notable débonnaire et replet joue contre lui à l’ère de la communication généralisée. Les années 50, c’est fini, les gens veulent voir des gens relativement jeunes et émaciés dans des costumes taillés près du corps. Les bourgeois grassouillets et contents (Larcher...) répandant leur panse dans leur costume XXL, c’est rassurant quand on a 4% de taux de croissance, pas quand les gens sont plongés dans l’angoisse par rapport à l’avenir du pays.
Pourtant j’ai été le premier à reconnaître qu’il avait plutôt réussi son entrée en campagne, mais après quelques jours il s’est laissé comme un bleu happer dans l’entonnoir républicain anti-FN. La pseudo-polémique sur le Vel d’Hiv a été le tournant à mon avis. Montrer son ventre sans défense chez Apathie, qui ronronnait littéralement de plaisir en le soumettant à la question, c’était vraiment envoyer un très mauvais signal à nos milieux qui ont tout de même certains "marqueurs". On tolère des évitements tactiques pour passer le filtre de la censure médiatique, mais la soumission pure et simple dans le seul but de se faire accepter des médias - surtout quand, comme Asselineau, on les critique à longueur de temps sur internet - est rédhibitoire. C’est perçu comme le révélateur de ce qu’un politique a vraiment dans le coffre, un véritable repoussoir qui opère au niveau subliminal. "Asselineau s’est couché chez Apathie", voilà ce que les gens susceptibles de voter pour lui ont retenu de cette séquence. Sa campagne s’est terminée au moment où il a dit qu’il appelerait à voter contre le FN au second tour. C’était doublement stupide dans la mesure où il n’avait a) aucune chance d’être au second tour et b) donc aucune raison de répondre à la question ironique d’Apathie.
Ca fait des années qu’on vous explique que cette tactique est inepte et que les médias ne vous accepteront jamais sous prétexte que vous vous présentez comme les pires ennemis ultimes des nazis du FN.
Et je n’entre même pas sur le fond.
NDA a montré au moins plus de constance et d’abnégation dans l’adversité (les médias ne l’ont pas épargné non plus, le faisant passer pour un petit souverainiste réac et opportuniste).
"La France serait cette synthèse toujours au bord de la rupture, ce rassemblement toujours défait, ce produit de la volonté politique, cette rencontre inespérée de l’histoire et de la géographie, cette nostalgie d’empire, d’unité, et de grandeur. Cet improbable « agrégat de peuples désunis » qui aurait pu ? aurait dû ? rester dans les limbes de l’histoire, mais s’avéra le vainqueur inattendu des deux autres ensembles politiques initialement dotés de bien meilleurs atouts.
Un royaume franco-anglais d’abord, avec la Manche comme lac intérieur, de l’Écosse aux Pyrénées, dont les deux pôles Londres et Bordeaux mettaient en branle une formidable dynamique marchande et maritime, la première puissance de l’Atlantique bien avant le Royaume-Uni et les États-Unis, le royaume rêvé et forgé par Henri Plantagenêt, très sérieusement envisagé pendant tout le Moyen Âge, enjeu tardif et déjà suranné de la guerre de Cent Ans, et dont l’écho mélancolique perce encore dans l’offre mirobolante d’union des deux pays par Churchill le 10 juin 1940.
Un royaume d’Aragon ensuite, empire méditerranéen qui serait allé de l’Èbre aux Alpes, aurait attiré à lui ce comté de Toulouse, si proche géographi quement et de l’Aragon et de la Catalogne, uni culturellement par la langue d’oc.
Le sort se joua en deux coups de dés successifs. À la bataille de Muret, en 1213, la victoire de Simon de Montfort sur les Albigeois assura la domination du roi de Paris sur le comté de Toulouse ; en 1214, à la bataille de Bouvines, Philippe Auguste réglait son compte à la coalition qui l’assaillait, et ruinait l’empire anglo-français en gestation."
Ceci étant dit, sa lettre ouverte aux français annonçant son retrait de la vie politique contient quelques passages croustillants :
" Quand on a pris une taule comme je viens de prendre, quand on est respectueux du peuple, on doit prendre le temps de la réflexion. "
NDA a fait près de deux millions de voix. Faut redescendre sur terre maintenant, l’essor de l’UPR était en grande partie un phénomène artificiel ou en tout cas contenu dans une certaine bulle. Le potentiel réaliste de votre mouvement était entre 2% et 4% mais Asselineau est plus Don Quichotte que Sancho Panza.
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