Disons-le clairement, les Français sont un peuple à la ramasse, j’en connais qui soupesaient encore les conséquences tactiques de leur vote quelques minutes avant d’aller aux urnes.
Trop de politique au mauvais sens du terme tue la politique au sens noble en fin de compte. A quoi bon passer des heures à refaire le monde au café et sur internet, à se tirer la nouille sur le tirage au sort et autres modalités démocratiques quand on n’est pas foutu d’avoir des convictions bien arrêtées, d’assumer son vote et de mettre en ordre ses idées.
Oui évidemment notre leader bien aimé a mené la meilleure campagne, s’est montré le plus pugnace et le plus courageux sur l’ensemble des sujets, et il ne fait aucun doute que Monsieur Asselineau aura gagné la bataille idéologique quand bien même il aurait échoué à imposer ses idées dans les urnes.
Je constate que nos éléments de langage sont déjà bien rodés pour justifier l’échec et le convertir en triomphe de nos idées, en vertu du principe énoncé par Monsieur Jésus dans l’Evangile selon Saint Mathieu au verset 16 du chapitre 20 selon lequel "les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers".
Oui, camarade Qaspard, que la population adhère symboliquement à nos idées et les trouve concevables à défaut de les juger crédibles, est un grand progrès, qui à n’en pas douter permettra de maintenir au plus haut le moral de nos troupes pendant les cinq prochaines années, car comme le disait Monsieur Mao : "De défaite en défaite jusqu’à la victoire finale".
Mais vous vous trompez sur le caractère "national" de notre campagne puisque Monsieur Asselineau, en bon technocrate, a réduit la nation à un espace juridique totalement abstrait délimité par des normes et des traités, nonobstant quelques allusions à notre bon roi Saint Louis rendant la justice sous son chêne.
Et il nous a bien fait comprendre que le respect et la mise en valeur du "droit international" serait une des priorités de son quinquennat. Interrogé sur notre outil stratégique, il a écarté dans une colère le sujet d’un revers de la main avant de se livrer à une parodie spontanée et fort convaincante du "pensez printemps" de Monsieur Macron.
Et en ce qui concerne la "résistance nationale", il a eu la clairvoyance de se détacher spirituellement de la figure et de l’oeuvre du Général De Gaulle durant la seconde guerre mondiale, ce dernier n’ayant fait selon lui que résister pour la gloriole et réécrire l’histoire après guerre pour minimiser Vichy et la collaboration.
Oui, c’était une belle campagne, pleine de fulgurances souverainistes et de vérités criées à la face du système, comme "je suis le pire ennemi de l’extrême-droite".
Alors mes frères, mes soeurs, en attendant la publication des résultats, communions ensemble pour l’élévation électorale de notre leader au second tour.
Le problème, c’est qu’Asselineau a mené une campagne de "grand candidat" en partant du principe que la ferveur de ses supporters allait se transvaser à l’ensemble du corps électoral grâce aux média. J’ai toujours pensé que cette analyse était très partielle, mais on verra bien le résultat.
Il a mené une campagne de tout ou rien basé sur l’adhésion à sa seule personne et à une seule idée. Si le score est décevant, l’UPR en tant que parti aura du mal à s’en relever car on ne peut pas éternellement prêcher dans le désert.
Un score entre 2% et 4% était un objectif acceptable et réaliste.
Notre leader n’a également rien trouvé à répondre lorsque Monsieur Galzi lui a fait remarquer avec sa mauvaise foi habituelle que cette façon exalter en permanence l’ONU et le "droit international" n’était en fin de compte "pas très gaulienne".
Quant à la question-piège portant sur le coût d’un porte-avion, d’aucuns parmi nos adversaires pourraient vous répondre que celle-ci n’a rien de superficiel dans la mesure où la France est à l’heure actuelle le seul pays en dehors des USA à disposer d’un porte-avion nucléaire qui reste le symbole le plus visible de l’indépendance stratégique de la France dans le monde (quoique l’on en pense par ailleurs).
Dès lors il est un peu gênant pour un candidat se présentant comme le parangon de la défense de la souveraineté française de sécher complètement sur ce genre de question, ou de laisser entendre qu’il s’agirait d’un sujet tout à fait secondaire, un simple problème de "gestion". Cela dénote une certaine frivolité typiquement française confinant au manque de pragmatisme, comme s’il était plus essentiel de faire de grands discours sur l’ONU et se gargariser avec arrogance du "droit international" plutôt que d’être au point sur des questions relativement basiques liées à notre outil stratégique et militaire. Ca fait un peu Villepin, le côté échevelé et le charisme en moins.
Il est dommage de ne pas avoir trouvé un seul camarade parmi nos 368000 membres pour lui faire des fiches à ce sujet, au lieu de tout miser sur les forums et les réseaux sociaux.
Mais franchement, voilà ce que tout cela m’inspire :