La discussion s’est développée en arbre avec quelques branches intéressantes, mais il n’en demeure pas moins que le caractère morbide et inhumain de certaines idéologies saute aux yeux de l’homme de bon sens et de bonne foi : nazisme, léninisme, maoïsme, etc. Il faut bien entendu se méfier des simplifications excessives (il peut y avoir différents moments ou différents courants dans une idéologie) mais tout autant des complexifications excessives car elles font perdre de vue l’essentiel (on ne peut plus reconnaître un visage si on l’observe au microscope).
Quant à l’aspect méthodologique concernant l’objectivité et la subjectivité (qui nous ramène au sujet de ce topic), je dirais qu’il faut éviter de tomber dans les pièges les plus grossiers.
L’un de ces pièges consiste à associer systématiquement la subjectivité avec l’individualité. Cela conduit à négliger qu’il existe une subjectivité commune (ou collective) ce qui a comme conséquence qu’on ne peut rien comprendre à la vie en société. Il y a des exemples de cette limitation cognitive sur ce forum.
Un autre de ces pièges consiste à associer l’objectivité à la réalité, à croire que ce qui se manifeste objectivement existe davantage que ce que l’on éprouve subjectivement. Ce qui est amusant c’est que parmi les personnes qui tombent le plus fréquemment dans ce piège enfantin, il y en a beaucoup qui font référence à Descartes ("je suis cartésien, moi monsieur !") en négligeant de considérer que la proposition épistémologique cartésienne repose au contraire sur une expérience subjective : "Je pense donc je suis". Cette expérience de la réalité du doute au moment où je doute me prouve immédiatement la réalité d’un Je. Cela n’est nullement démontrable objectivement et n’a nul besoin de chercher à l’être. L’homme qui ne fait pas l’expérience intime du cogito ne sera pas convaincu de la réalité d’un Je en analysant son propre encéphalogramme ou IRM de sceptique. Il pourrait donc toujours affirmer "ça ne prouve rien, j’attends qu’on me fasse une démonstration objective de mon Je". Ce puceau de l’esprit serait comparable à un nigaud qui, n’ayant jamais eu d’orgasme sexuel ni jamais pensé à en faire lui-même l’expérience, prétendrait ne pas pouvoir croire à la réalité de ce phénomène tant qu’on ne lui en aura pas montré une preuve objective.
Enfin, la séparation absolue entre objectivité et subjectivité est un vieux conte qui n’a plus cours dans la recherche intellectuelle. D’abord, rien ne se manifeste seulement objectivement, puisqu’il faut bien toujours un sujet pour observer l’objet en train de se manifester. L’univers a-t-il même vraiment séparé des "objets" les uns des autres au sein de son flux ou n’est-ce pas plutôt la subjectivité intellectuelle humaine qui pose des séparations conceptuelles, dont la première est précisément celle qui sépare l’objet du sujet ?
A partir du moment où un sujet observe un objet, subjectivité et objectivité se mêlent. Et plutôt que de le nier, le chercheur avisé tient compte de son point de vue et l’inclus autant que possible comme une donnée dans son étude. Par exemple un ethnologue tiendra compte de son biais civilisationnel, un historien des religions n’oubliera pas le biais que constitue sa propre culture religieuse, etc. Mais cela est également vrai pour les sciences physiques car quelle que soit la précision de l’instrument de mesure que l’homme utilise, il aura toujours été construit à sa mesure humaine et pour trouver ce qu’il prévoit un peu de trouver. Bref, la seule manière d’aborder sérieusement la question de la réalité, c’est d’accepter que la réalité se manifeste dans un tissage subtil entre objet et sujet réclamant une grande attention et de la prudence mais aucune exclusion.
Il est bon de savoir que L’Etat français dispose d’une loi lui permettant d’interdire et de sanctionner à peu près tout rassemblement spontané dans la rue. Personne ne s’inquiète de ce genre de loi, sauf quand l’Etat et la population sont en conflit. Et c’est alors que le citoyen se rend compte qu’il est désarmé, dans tous les sens du terme : politiquement puisque ce n’est pas lui qui vote les lois le concernant et physiquement puisqu’il a confié à l’Etat le monopole de la violence. Lisez bien et comprenez.
CODE PENAL
De la participation délictueuse à un attroupement
ARTICLE 431.3 EN VIGUEUR DEPUIS LE 01 MAI 2012
Constitue un attroupement tout rassemblement de personnes sur la voie publique ou dans un lieu public susceptible de troubler l’ordre public.
Un attroupement peut être dissipé par la force publique après deux sommations de se disperser restées sans effet adressées dans les conditions et selon les modalités prévues par l’article L. 211-9 du code de la sécurité intérieure.
ARTICLE 431.4 EN VIGUEUR DEPUIS LE 04 MARS 2010
Le fait, pour celui qui n’est pas porteur d’une arme, de continuer volontairement à participer à un attroupement après les sommations est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 EUR d’amende.
L’infraction définie au premier alinéa est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 EUR d’amende lorsque son auteur dissimule volontairement en tout ou partie son visage afin de ne pas être identifié.