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    Belenos Belenos 7 janvier 2019 12:28

    Maintenant si l’on applique ce que je viens d’exposer au débat concernant le 11/9 et la réouverture d’une enquête, on peut en penser ceci :

    Tout d’abord il s’agit d’un attentat bien concret, d’une affaire matérielle et pas seulement d’une question psychologique se situant au niveau du ressenti. Donc l’approche objective semble la plus appropriée, car c’est elle qui peut procéder à une analyse des données pour vérifier la justesse des mesures. Et effectivement, on voit de nombreux combats d’experts sur des chiffres concernant les distances, les vitesses, les températures, etc. Le problème est qu’on s’enfonce dans des détails minuscules qui risquent de faire perdre la vue d’ensemble. 

    En complément de l’approche objective, l’approche subjective peut être utile à un autre niveau, pour "sentir" d’une manière intuitive si l’ensemble du spectacle auquel nous avons assisté trouve une résolution crédible dans les explications officielles qui nous ont été servies. Ou encore si le traitement officiel réservé aux contestations de la version officielle est "suspect". Le "flair" de l’enquêteur, la capacité de sentir "un truc qui cloche", peut ici intervenir pour ouvrir des pistes. MAIS il ne peut rien prouver. C’est une situation que l’on retrouve très souvent dans les enquêtes policières réelles ou imaginaires. Le "pif" du détective peut le mettre sur la piste, mais ensuite la piste doit conduire à des faits objectifs que l’on puisse exposer publiquement. Le problème de l’approche subjective, c’est qu’elle va chercher du sens et souvent en trouver même là où il n’y en a pas, parfois en élaborant elle-même un scénario complètement faux mais très cohérent. 

    Concernant la réouverture de l’enquête, l’approche subjective, même intersubjective, n’aura que très peu d’efficacité, pour ne pas dire aucune. Car si la justice est un domaine intersubjectif, le droit est un domaine objectif (d’une manière générale et encore plus particulièrement aux E-U). La seule éventualité d’un effet possible d’une forte intersubjectivité en faveur d’une réouverture serait de passer en force au dessus du droit, par le politique (dont une instance très élevée trouverait à intervenir sous la pression populaire). C’est très peu probable dans ce pays et dans ce cas. A moins d’une imprévisible révolution.

    L’approche objective appliquée à la réouverture consistera à trouver des éléments objectifs et des procédures objectives justifiant et même rendant obligatoire la réouverture de l’enquête. C’est donc un domaine où les compétences juridiques en droit américain (et international) sont déterminantes. 



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    Belenos Belenos 7 janvier 2019 09:56

    @nephis

    Belle année à vous Nephis.

    La "réalité intersubjective", ce que j’appellerais plus précisément l’approche intersubjective de la réalité, est celle que nous utilisons le plus souvent au quotidien et qui nous permet d’avoir la sensation de vivre à plusieurs dans le même monde, de faire société. Cependant, il me semble important de garder une distinction (non absolue mais significative) entre d’un côté des approches plutôt subjectives et de l’autre côté des approches plutôt objectives (voire interobjectives).

    Mais de quoi s’agit-il exactement ? Ce que je nomme approche objective, c’est celle qui procède par la mesure et qui concerne la quantité. L’approche subjective consiste quant à elle à éprouver les phénomènes pour en apprécier la qualité. Il ne faut pas appliquer l’une quand c’est l’autre qui conviendrait mieux. Par exemple, si vous voulez connaître le degré d’alcool d’un vin, il n’est pas conseillé de vous fier à une approche subjective en le goûtant, mais plutôt de faire une mesure technique objective avec un vinomètre, car vous cherchez une quantité (le pourcentage d’alcool). A l’inverse, aucun instrument de mesure ne pourra vous donner la qualité d’un grand vin : pour cela, il faut savoir le goûter, le ressentir, en faire une expérience subjective, seul ou avec des compagnons si possible expérimentés, des "connaisseurs" (et dans ce dernier cas, ce sera intersubjectif). 

    Retenons ceci : la quantité se mesure objectivement, la qualité s’éprouve subjectivement. Vous pouvez même en faire un mantra. smiley Bien entendu, ce sont là aussi des tendances et non des cloisonnements absolus que décrit cette formule. Un romancier qui fait le récit de la vie des habitants d’une ville apporte au lecteur des informations relevant de l’approche subjective, même s’il décrit des faits réels en précisant les dates exactes. Un cartographe qui fait un plan bien mesuré d’une ville est dans une démarche plus objective, même s’il choisit les couleurs selon son sens esthétique et même s’il marque la rue où habite sa fiancée d’un petit coeur

    A présent, attention : ce qui suit est difficile à comprendre...

    Comme une erreur se voit plus facilement dans la démarche objective, du fait qu’on peut la mesurer, nous avons pris l’habitude de considérer que l’approche objective est plus "vraie" ou plus "réaliste" que l’approche subjective. Mais c’est là aussi une erreur.  : -) Un roman peut transmettre au lecteur un aspect de la réalité d’une ville qui resterait inaccessible par une approche de mesure objective. De même, aucune maman ne peut démontrer objectivement qu’elle aime son enfant alors qu’elle peut démontrer objectivement qu’il est possible d’obtenir un oeuf dur en le plongeant dans l’eau bouillante pendant 10 minutes. Pour l’observateur extérieur, il est plus facile de vérifier qu’on cuit un oeuf dur en 10 minutes que de vérifier si une mère aime vraiment son enfant (il faudra souvent plus de 10 minutes à un assistant social pour s’en rendre compte en cas de soupçon de maltraitance). MAIS... il serait insensé d’en conclure : un oeuf dur est plus réel que l’amour maternel. C’est pourtant l’illusion où patinent ceux qui croient que l’approche objective a toujours plus de valeur en termes de réalisme que l’approche subjective, sous prétexte que l’objectivité est plus facile à mesurer que la subjectivitéL’intelligence humaine consiste à savoir dans quelles occasions l’approche subjective est plus adaptée et dans quelles autres occasions il vaut mieux se fier à une méthode objective. Dans bien des cas, il faut combiner les deux approches, sans les confondre, afin qu’elles apportent des informations complémentaires. 
     



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    Belenos Belenos 6 janvier 2019 20:09

    @maQiavel

    Pour la "réalité que l’on pourrait qualifier de subjective (ou d’intersubjective)" je comprends. 

    Je comprends également ce que vous dites : "la planification soviétique n’est pas le résultat de la stricte application des doctrines de Marx, de Lénine ou de la première internationale."

     

    En ce qui concerne les années 1917 à 1924, vous ne trouvez pas non plus que la pratique politique de Lénine est l’application de sa propre idéologie ? (peu importe comment il a produit cette bouillie idéologique dans son cerveau calcifié qui va l’emporter dans la mort )
     En ce qui concerne la planification soviétique qui suit, elle n’est pas non plus l’application d’une idéologie soviétique au pouvoir qui se manifeste par certaines pratiques et même par un certain style ? 
     Est-ce que vous voyez dans l’histoire des pratiques politiques qui sont des applications d’idéologies politiques (peu importe lesquelles) ou bien cela n’a jamais existé selon vous ? (Pas besoin qu’elles le soient ABSOLUMENT ou STRICTEMENT, considérons qu’il n’y a rien d’absolu dans un monde relatif et cherchons simplement ce qui est SIGNIFICATIVEMENT concordant.) 



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    Belenos Belenos 6 janvier 2019 16:47

    @maQiavel

    C’est bien, on avance et je pense que chacun comprend un peu mieux les positions de l’autre. Je voudrais encore vous demander des éclaircissements sur les points suivants :

    Vous écrivez : "Je suis donc dans l’obligation de supposer l’existence d’une réalité objective en soi pour pouvoir poser ensuite la problématique de la connaissance."

    A ce stade de la discussion, pourquoi prendre la peine de nommer la réalité "réalité objective" ? C’est donc qu’il y aurait une autre réalité, que l’on devrait nommer "réalité subjective" ? Est-ce que vous qualifieriez votre propre conscience de réalité subjective ? Ou bien vous vouliez seulement dire : "Je suis donc dans l’obligation de supposer l’existence d’une réalité pour pouvoir poser ensuite la problématique de la connaissance." et vous avez juste donné un peu d’emphase ? 

    Ensuite, quand vous dites : "Car en usant de la méthode nominaliste mise au point par Foucault et qui est pour moi la meilleure pour caractériser le fait idéologique, cette factualité ne se constate pas", ce n’est pas suffisant pour être compréhensible : donc pourriez-vous expliquer ce que cette méthode foucaldienne vous permet de constater à propos du nazisme et du bolchevisme ? 




  • 1 vote
    Belenos Belenos 6 janvier 2019 13:32

    @Zatara
    Parfois aussi un ancien message reste en mémoire et s’affiche quand je veux répondre à un autre correspondant.  smiley

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