La suite est encore plus drôle mais très courte, pour ce qu’on peut en décrire. Car voyez-vous, une fois qu’on arrive à "voir" nos pensées comme l’arbre, il arrive qu’on rencontre l’une de ces pensées, qui se prend pour la plus importante, mais qui n’est en réalité rien de plus qu’une pensée comme toutes les autres, et que l’on peut donc aussi bien "déchosifier" qu’un arbre, une mandarine, une noix...
OK. Nous avons vu ce que vous êtes capable de faire pour l’arbre, pour une noix, une mandarine, votre main, nous avons constaté cette dilution de la frontière conceptuel qui sépare les trucs les uns des autres ("arbre", "ciel", "pierre", "herbe"), cette conversion de l’objet en un phénomène mouvant, cette "déchosification"...
A présent, ce que vous avez fait pour l’arbre, vous pouvez le faire avec une émotion au moment où elle se présente en vous (pas après, il faut qu’elle soit "là" naturellement). Par exemple, la peur ou le désir.
Attention : le danger est ici de "juger" (ce qu’on serait moins tenté de faire avec un arbre). Il faut juste observer jusqu’à atteindre "l’observation sans observateur".
On peut y passer un certain temps.
Est-ce que je vous donne la suite quand même, même si ça devient un peu théorique et artificiel puisque vous ne pourrez peut-être pas vivre en direct ce que je décris ?
@Zatara Oui, même le lendemain, l’arbre sera différent (la lumière du ciel différente, etc.)
Et vous pouvez faire cela avec bien des choses : une noix ou une mandarine placée devant vous, avec le son venant de la rue, etc.
Et si vous faites cela assez intensément, vous allez remarquer que la chose observée (existe-elle vraiment comme une "chose" ?) aussi bien que l’observateur (vous n’y pensez même plus) s’efface devant cette étrangeté qui est l’observation elle-même. Il n’y a plus que l’observation. Cette observation, qui n’a pas d’autre but qu’elle-même et qui est donc un acte pur, est en soi quelque chose de terriblement réel. Cette observation n’est alors pas l’idée que vous vous faites de l’observation, c’est un fait et non quelque chose que vous vous représentez.
Cela, il est impossible de le théoriser, il faut le vivre. Chacun peut le faire.
@Zatara Bien, ne vous inquiétez pas, ça ne fait pas mal.
Plus haut vous m’avez dit faire parfois l’expérience de regarder un arbre jusqu’à le voir sans penser. Vous êtes alors devant quelque chose qui n’est plus circonscrit par un concept ni par un mot. Bref, vous constatez alors que l’idée que vous pouvez vous faire de l’arbre n’est pas l’arbre mais seulement une représentation mentale sur l’écran de votre conscience. Vous pouvez regarder un arbre et ne pas permettre à la pensée "c’est un arbre" de mettre un terme à cette expérience mystérieuse et inédite de la perception decet arbre à ce moment particulier qui plus jamais ne se reproduira.