C’est un peu tôt il me semble pour se poser cette question. Le milieu "patriote" est une auberge espagnole sur le plan idéologique, donc il y a un travail de clarification et surtout de rénovation à mener. Et puis cette élection montre que l’on ne peut arriver à rien sans réseaux, sans élus, sans hauts-fonctionnaires, sans médias... il faut aussi sortir des égotrips et de la dissidence virtuelle (qui doit influencer 10% de l’électorat, et je suis gentil).
Les stratégies alternatives ont aussi montré leurs limites. Dans une France eurosceptique et culturellement à droite, le candidat le plus libéral et le plus pro-européen a triomphé.
La "victoire culturelle" n’est pas déterminante, ou insuffisante.
C’est moins la "dédiabolisation" qui est en question qu’une stratégie de campagne sinueuse voire auto-destructrice avant le second tour.
Il faut bazarder le FN historique, clairement, sinon les conflits stériles sur fond de seconde guerre mondiale vont perdurer et empêcher l’émergence d’un pôle souverainiste sérieux et "non-anxiogène". Ce qui fait perdre le FN, ce n’est pas la jeunesse, mais la petite classe moyenne effarouchée (retraités, petits épargnants, etc.) qui se laisse facilement impressionner par les médias.
Le FN est structurellement limité, aucune politique, aucune stratégie ne pourra rien y faire.
Si, il y a une ironie très présente, quoique subtile, ce qui est une des caractéristiques de Michel Houellebecq. Dans cette séquence, on voit bien l’insatisfaction croissante de Pujadas et de Salamé qui n’ont pas réussi à lui faire dire ce qu’ils voulaient lui faire dire, à savoir accréditer le pseudo-clivage désigné par Macron et censé se substituer au clivage gauche-droite jugé obsolète, opposant la France des gentils progressistes urbains mondialisés et ouverts d’esprits à la France des méchants losers récalcitrants et des ruraux assimilée par ce crétin de Pujadas aux romans de Houellebecq.
Traduit en langue béotienne, voilà à peu près ce qu’il dit :
"Le clivage gauche-droite existe toujours et se superpose au nouveau clivage opposant les métropoles à la France périphérique méprisée, d’où je viens et à laquelle je me sens appartenir malgré ma réussite objective et mon argent qui devraient m’amener à voter pour Macron, c’est à dire à exprimer un vote de classe."
Moi j’aime beaucoup Houellebecq, il s’inscrit dans la lignée des grands écrivains catholiques (de Huysmans à Bernanos en passant par Peguy) même si cette dimension de son oeuvre est totalement occultée par l’intense parasitage médiatique que son succès en dehors de France a suscité en France.