Vous l’avez écrit, et je ne suis pas d’accord avec cette vision dialectique et essentialiste de l’histoire. On ne peut pas diviser schématiquement l’Europe actuelle entre pays catholiques et pays protestants, nous ne sommes plus au XVIème siècle.
L’Autriche, par exemple, quoique catholique, se rattache davantage à l’Europe du Nord, du fait de son histoire et de ses relations économiques. Les relations entre la France et la Hongrie n’ont jamais été bonnes et beaucoup de Hongrois n’ont pas toujours pas digéré le traité de Trianon, alors c’est pas demain la veille qu’ils vont suivre la "tête de proue" au nom de la religion catholique. Le Portugal est plus lié à l’Angleterre qu’à la France, là encore, pour des raisons politiques et historiques. L’Espagne et l’Italie sont beaucoup plus catholique que la France. La Belgique (franciphone) est économiquement intégrée à l’Europe du Nord et nos voisins, traditionnellement influencés par l’Angleterre, s’apprêtent à fêter Waterloo en grande pompe. Slovaquie, Slovénie et Croatie sont intégrées ou en cours d’intégration à l’hinterland allemand. Et en ce qui concerne leur sécurité, ils comptent plus sur l’OTAN et les USA que sur la France.
Et je ne parle là que pour l’Europe. Croire que la "France catholique" redeviendrait le phare de plus d’un milliard de personnes relève plus de la rêverie éveillée que d’une analyse réaliste et sérieuse.
Moi, rien ne me déplaît, je ne conteste pas d’ailleurs l’importance cultuirelle du catholicisme en France, je dis seulement que réduire la France à cette unique dimension identitaire est une erreur.
Vous croyez vraiment que tous ces pays attendent après le rétablissement du catholicisme traditionnel et institutionnel en France ?
C’est une lecture littérale et erronée de la thèse d’Huntington - si tant est qu’il revienne à la France d’être naturellement le "chef" en Europe, ce qui lui conteste(rait) évidemment l’Angleterre, l’Allemagne, voire d’autres pays. En effet, Huntington ne distingue pas le catholicisme et le protestantisme au sein de la civilisation occidentale, mais seulement en Amérique latine qui constitue de son point de vue une civilisation singulière.
Et puis on ne saurait réduire culturellement la France au seul traditionalisme catholique, même si c’est une idée très déplaisante pour vous. Le plus grand esprit du protestantisme était français, et a d’ailleurs fortement contribué à la diffusion du français en Europe par ses nombreux ouvrages imprimés.
Bref, suivez le bon conseil d’Eric, mieux vaut lire un auteur avant de tordre sa pensée...
Émission de 2002, autrement dit, totalement périmée. Les Américains soutiennent partout des théocraties rétrogrades et des courants religieux puritains dans le but de saper les Etats-Nations arabes issus de ou inspirés par la modernité politique européenne (frontières, respect de la souveraineté nationale, laïcité adaptée...). Je suis d’ailleurs persuadé qu’ils ne chercheront pas à s’opposer à la reconnaissance diplomatique de l’Etat Islamique à l’ONU, qui se produira sans doute durant les prochaines années.
En France, ils soutiennent ouvertement le développement du communautarisme musulman, présentant dans certains médias (oumma.com) une vision tronquée et faussement idyllique du modèle multi-culturaliste américain, en instrumentalisant cyniquement la polémique du voile (ce qui en dit long au passage sur leur compréhension de cette religion...).
Au passage, je rappelle que l’athéisme a été évoqué pour la première fois par un président américain en... 2009, durant un discours d’Obama : "Nous sommes un pays composé de chrétiens, de musulmans, de juifs, d’hindous et de non-croyants". L’utilisation du terme "non-croyant" à la place d’"athée" est d’ailleurs très révélateur puisqu’il signifie que c’est la liberté de croyance qui est reconnue par les Américains, et non la liberté de conscience. Un athée se définit donc négativement par rapport à une valeur de croyance perçue comme normative et positive.
Ce que les politiciens américains ont principalement retenu d’Huntington, c’est donc la primauté du culturel et du religieux sur le politique et l’idéologique. C’est Savonarole contre Machiavel. Pour le reste, le fantasmes de guerre des civilisations n’agite plus qu’une poignée de néo-cons et de membres du Tea Party cantonnés sur Fox News.
Il y a quelques mois, quelques semaines après les attentats de Paris, toute l’administration américaine, Obama compris, a défilé à Riyad pour rendre hommage au roi saoudien (grand démocrate) alors qu’aucun représentant américain n’était présent à Paris le 11 janvier. On a eu le droit plus d’une semaine après à John Kerry et un morceau de guitare acoustique en petit comité ("you have a friend"), John Stewart ironisant sur ce décalage de traitement dans son émission. Obama et les principales figures de l’exécutif ne voulaient pas être vues à Paris pour ne pas offenser les musulmans ou leurs partenaires stratégiques au Moyen-Orient, voilà la réalité. Bien entendu, il y a une part de calcul politique dans tout ça, mais on est en tout cas très loin des théories "massues" d’Huntington... et des théories simplistes des islamo-dissidents et autres soraliens cherchant à nous faire gober que l’Islam est l’adversaire désigné de la politique étrangère américaine.
Les Américains se foutent en réalité des 68 millions de Français, 80 millions d’Allemands, de Polonais, d’Espagnols, etc... ils voient plutôt le milliard de musulmans, le pétrole, l’ouverture du marché iranien, etc...