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    Joe Chip Joe Chip 29 juillet 2017 17:30

    @Qiroreur

    Le problème, c’est qu’Asselineau a toujours défini sa stratégie en fonction de la place qu’il pensait (pouvoir) occuper sur l’échiquier politique plutôt que de celle qu’il occupait réellement. Ca l’a conduit à une sorte de positionnement médiatique paradoxal, passant tour à tour pour un petit se prenant pour un grand ou pour un grand se revendiquant petit et différent... 

    Ensuite, il n’a pas su déléguer ou insuffisamment, ce qui est primordial dans n’importe quelle organisation. La première tâche qu’il aurait dû se fixer est de former des cadres capables de se substituer à lui dans le regard du public, et pas seulement s’adjoindre des militants dévoués à la cause. Ce militantisme de base rapporte au maximum 1 ou 2% de voix dans la vie politique moderne. L’ère des partis politique animés par des militants zélés et suivis par des millions de gens appartenant à un ensemble social plus ou moins homogène est en grande partie révolue. 

    En outre l’agit-prop sur internet n’est jamais parvenue s’y substituer. Le militantisme qui a quitté la rue en croyant pouvoir occuper le terrain médiatique en s’adressant directement aux gens via internet et les réseaux sociaux s’est clairement et lourdement fourvoyé, en particulier dans les milieux nationaux et souverainistes. 

    En fait il y a deux manières d’utiliser internet pour faire de la propagande politique :

    - une méthode évidente et peu efficace consistant à utiliser internet comme un média à part entière ou comme un média "à l’ancienne" : c’est peu ou prou ce qu’à fait l’UPR, en montant une sorte d’ORTF numérique et pachydermique dédié à Asselineau et en occupant le plus possible les réseaux sociaux et autres forums politiques

    - une méthode plus intelligente consistant à intégrer la "disruption" numérique à la façon même de faire de la politique et de s’adresser au public. Macron et Mélenchon de ce point vue ont utilisé internet de manière bien plus efficace, plus dynamique et plus affective. 

    Et c’est une erreur (très française) de mépriser les émotions, de croire qu’il suffit de s’adresser uniquement à l’entendement des gens pour capter leur attention ou obtenir leur adhésion. Asselineau et Le Pen étaient les deux seuls à brandir encore des papiers sur les plateaux de télévision et dans le cas du premier à renvoyer à des liens sur internet, ce qui revient exactement au même et n’est pas du tout une méthode "moderne".

    De ce point de vue je crois qu’il est inutile d’alimenter un site de campagne complexe et rempli d’informations qui ne touchent pas le public. Il faut rester sur le terrain en utilisant les outils numériques à bon escient, mais le "tout internet" est un mirage. Utilisé comme un média traditionnel, faute de média traditionnel, internet sert à entretenir le "buzz" autour de ses activités et à rallier un électorat très minoritaire (quelques centaines de milliers de personnes). Il ne faut donc pas y consacrer beaucoup d’énergie, de temps et d’argent : or l’UPR a fait exactement l’inverse en mettant le paquet sur cette forme de communication didactique et peu rentable. 

    Sur le manque de courage je crois qu’il était encore une fois dans une posture paradoxale vis à vis des "grands médias", à la fois critique et extrêmement servile comme on l’a vu chez Ruquier ou durant la présidentielle. On ne peut pas à la fois accuser les "grands médias" de lobotomiser la population et de marcher pour l’un ou l’autre candidat tout en exigeant de passer dans ces médias à égalité avec les gros partis, surtout quand on n’est pas bon dans cet exercice, ce qui malheureusement est le cas d’Asselineau. Pour quelques performances honorables, livrées à la condition que les journalistes se contentent de l’interroger courtoisement, il y a eu trop de moments où on l’a vu fulminer et perdre son calme, quand il n’a pas tout simplement perdu les pédales (la parodie désastreuse de Macron chantant "pensons printemps" qui rappelle d’ailleurs le numéro raté de Le Pen face à ce dernier durant le second tour). 

    Enfin, son entêtement à refuser d’aborder un sujet comme l’immigration en considérant qu’il ne s’agissait ni d’un enjeu fondamental dans le monde contemporain ni d’une question dont on pouvait débattre sans "faire le jeu du front national" l’aura coupé d’une partie de l’électorat sans rien lui rapporter pour autant (gauche, français issus de l’immigration, médias, etc.). 



  • 3 votes
    Joe Chip Joe Chip 29 juillet 2017 14:08
    L’UPR est fini en tant que parti politique, donc je ne vois même plus l’utilité de taper sur l’ambulance Asselineau même s’il était prévisible que l’absence d’autocritique, le refus de la critique et le déni systématique pratiqué au sein du "premier parti de France" allaient inéluctablement finir par générer du ressentiment avec l’accumulation des échecs.
    La mégalomanie (polie et policée, mais mégalomanie quand même) d’Asselineau aura eu raison de toutes les chances que ce parti a eu ou aurait eu d’exister. Obsédé par le jeu politique traditionnel et les "grands médias" qu’il aura tenté d’amadouer jusqu’au bout, poussé sans doute plus qu’il n’était prêt à (se) l’admettre par un besoin de revanche personnel sur ses pairs et le sentiment d’être passé à côté d’un "destin" en politique, Asselineau n’aura eu de cesse de vendre de l’illusion à ses militants, un peu à la manière d’un spéculateur vendant des profits inexistants à ses actionnaires. Chiffres, courbes de progression "exponentielle" et statistiques à l’appui pour faire gonfler artificiellement le "premier parti de France". L’UPR n’était pas un combat perdu d’avance mais une bulle politique, une bulle dans laquelle malheureusement beaucoup de gens ont investi leur énergie et leur foi.
    Et comme toute bulle, la correction est intervenue, ramenant tout le monde à la réalité d’un poids politique qui n’a jamais vraiment dépassé les 0,5%. Et à une dette bien concrète qui remet en question l’avenir politique du parti (600000 euros pour couvrir les frais engagés durant la campagne). 
      
    Dommage que, faute de remise en question en interne, les gens de l’UPR n’aient jamais voulu tenir compte des critiques externes, systématiquement écartées et rejetées (et de quelle manière). 


  • vote
    Joe Chip Joe Chip 29 juillet 2017 13:37

    @Qaspard Delanuit

    Quelle facilité.



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    Joe Chip Joe Chip 18 juillet 2017 18:12

    @La mouche du coche

    Trump est tout sauf un conservateur.



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 18 juillet 2017 17:46

    En résumé, ce qu’il manque en France, c’est une véritable pensée conservatrice structurée. Les conservateurs français se sont ralliés à la bourgeoisie libérale (de gauche) après la révolution, nourrissant un rapport éternellement nostalgique et pour ainsi dire élégiaque avec les "valeurs" et les traditions qu’ils avaient abandonnés ou trahis. Châteaubriand a écrit des pages brillantes à ce sujet, pour justifier son ralliement par défaut à la modernité démocratique.

    Au contraire, les conservateurs anglais ou américains ont toujours cultivé leur différence avec les libéraux. 

    Résultat, il ne reste plus à droite que des orléanistes (c’est à dire comme l’explique assez bien Rochedy, des gens de gauche aimant le fric) et des extrémistes en tout genre héritiers de la droite ultra réactionnaire de Charles X. 

    Ce qui est incroyable, c’est que ces gens sont allés de défaite en branlée depuis deux siècles au point d’être devenu ultra-minoritaires sur le plan politique, mais ils continuent paradoxalement à y croire et à s’agiter comme s’ils allaient reprendre le pouvoir l’année prochaine. C’est comme s’ils avaient trouvé une raison d’être dans cette condition d’éternels losers du jeu politique, et que celle-ci se suffisait en fin de compte à elle-même. 

    Sinon, je n’arrive pas à m’expliquer rationnellement ce paradoxe.

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