Correctif : Certes un Etat laïque doit assumer son ignorance en matière de religion, mais il reste capable de reconnaître les symboles de défi et de ralliement de ses ennemis.
@maQiavel "Ce n’est donc pas à l’Etat de donner une signification à priori de ce voile. Objectivement, la seule chose qu’on peut dire avec certitude, c’est que c’est un tissu."
Le drapeau français aussi est un bout de tissu, si l’on pousse ce raisonnement.
Donc, si des gens font caca sur le drapeau français et y mettent le feu, l’Etat ne devra y voir qu’un morceau de tissu qui brûle ?
Des croix gammées sur le mur d’un bâtiment public ne sont que des traits de peinture ?
En réalité, l’Etat se livre constamment à des lectures symboliques car il existe lui-même principalement à travers des symboles. Certes un Etat laïque doit assumer son ignorance en matière de religion, mais certainement pas sa capacité de reconnaître les symboles de défi et de ralliement de ses ennemis.
Par conséquent, il est tout à fait cohérent pour un Etat laïque de faire une lecture politique (et non religieuse) de tout signe, qu’il s’agisse d’un vêtement, d’un geste, d’une coiffure, d’un port de barbe, d’un tatouage, etc. Et donc de les interdire et de les sanctionner. Certes, plus il y a d’interdits pour des motifs symboliques moins on vit librement (il n’y a qu’à voir la tendance actuelle complètement délirante à imaginer à toute occasion des quenelles dieudonnesques menaçantes). C’est potentiellement liberticide, mais ça reste cohérent en termes de fonctionnement étatique dans un cadre laïque.
@maQiavel "libre à vous de vous battre pour changer de régime et le substituer par un autre qui aura la prérogative de dire le fait religieux et qui décidera d’un contenu juridique à donner aux symboles religieux."
Le plus souvent, les contraintes vestimentaires légales dans le monde ne sont pas présentées dans les textes autrement qu’en se référant simplement aux bonnes moeurs et aux traditions locales. C’est le cas du Qatar, par exemple, avec l’article 57 de sa constitution. Et cette approche non religieuse n’est même pas une préoccupation de "laïcité" dans ce cas de ce pays.
"Le Qatar a donc décidé de renforcer sa réglementation en publiant une campagne intitulée « Reflect your Respect », en se basant sur l’article 57 de la constitution du pays qui stipule que tous les résidents du Qatar doivent « respecter l’ordre public et les bonnes mœurs, en observant les traditions nationales et les coutumes établies »." https://www.aufeminin.com/news-societe/le-qatar-publie-sa-liste-de-vetements-interdits-s470062.html
La mobilité des populations, ne serait-ce que par le tourisme, rend compliqué ce qui était assez simple auparavant, parce que les normes de décence sont différentes d’une société à une autre.
Si l’on tient à interdire certaines tenues sur la voie publique en France, la difficulté principale résidera dans la description exacte de l’interdit. Le droit doit être objectif et clair afin de faire sens et de pouvoir être appliqué également. C’est une difficulté propre au travail de législateur mais, en même temps, cela oblige à clarifier au cours des débats ce qui pose problème (ou pas) dans une tenue vestimentaire. C’est donc parfaitement possible, à condition de ne pas entrer dans des considérations symboliques et subjectives qui seraient forcément vagues et molles, impossible à transcrire en droit. Il faudra s’en tenir à une description objective et claire décrivant avec précision les parties du corps ne pouvant être exposées et celles ne pouvant être cachées. Par exemple si on interdit de se promener avec les organes génitaux à l’air, c’est une interdiction qui est assez facile à décrire. Mais pour interdire le voile sur la tête (qui ne cache pas le visage), il faudrait rendre obligatoire de montrer ses cheveux et ses oreilles ; or cela risquerait d’interdire aussi beaucoup d’autres vêtements, surtout en hiver ! Cela demanderait un texte bien ciselé faisant état d’exceptions... mais ce n’est pas impossible. Chose importante : il n’y aurait pas besoin de justifier ces interdits autrement qu’en se référant aux bonnes moeurs telles qu’elles sont exprimées par la souveraineté populaire. Le peuple français peut décider souverainement à un moment de son histoire qu’il est indécent, incongru ou irrespectueux des coutumes nationales, de cacher ses cheveux et ses oreilles sur le territoire national. Mais le peuple français veut-il vraiment une telle loi ?
Je pense plutôt que Joeblow est une personne qui fait une enquête de sociologie sur les nouvelles croyances et qu’il ne croit évidemment pas un mot lui-même des absurdités qu’il fait mine de défendre ici.