@Zatara (Vous vous exprimez parfois de manière allusive. C’est un effet prisé en littérature et en poésie mais sur un forum c’est la clarté explicite qui prime.)
"Mais je n’irai pas jusqu’à dire qu’un néolibéral qui diffuserait cette idéologie sans jamais appeler à la violence constituerait une nuisance factuelle"
Vous considérez donc comme factuellement nuisible une idéologie qui appelle parfois à la violence ? Que devons-nous faire collectivement face à cette idéologie nuisible.
@maQiavel Toute la subtilité, saine ou perverse, se situe dans la frontière qui sépare l’expression idéologique de l’action criminelle. Je suis favorable à la fixation constitutionnelle d’une liberté d’expression totale (impliquant la poursuite en justice de ceux qui magouillent pour réduire cette liberté en montant des associations dont l’objet est la censure). Mais cette disposition implique de clarifier ce que signifie "liberté d’expression". Quand on crie "A l’attaque, tuez-les tous !" le caractère performatif de la parole est évident : il s’agit en réalité d’une action et non de l’expression d’une réflexion intellectuelle. Celui qui crie cela ne veut pas seulement communiquer une idée, il est en train de faire quelque chose : en l’occurrence, de tuer des gens. On peut même imaginer qu’une arme fonctionne à commande vocale (ça doit exister) et qu’il suffise de dire "Feu" pour tirer sur quelqu’un. L’assassin ne pourrait pas se défendre avec l’argument selon lequel il a juste exprimé une idée avec ses cordes vocales, n’est-ce pas ?
Dans les exemples que je viens de donner, la frontière est assez claire, mais il y a des cas beaucoup plus incertains et qui demandent une attention accrue, des débats contradictoires et une résolution collective. C’est par exemple le cas de la publication d’une idéologie potentiellement meurtrière : faut-il considérer qu’il s’agit d’une expression d’idée ou bien de la préparation d’un meurtre ? Par exemple, puis-je, au nom de la liberté d’expression, publier un texte dans lequel je développe l’idée selon laquelle tous les malheurs du monde viennent des roux et qui affirment que le monde ne pourra être sauf qu’après leur éradication totale de la planète ? Faut-il autoriser la publication d’un livre de cuisine expliquant sérieusement comment cuisiner les bébés ? Une nation souveraine doit être capable de décider pour elle-même à quel endroit elle pose la frontière entre liberté d’expression et incitation au crime. Ses décisions peuvent malheureusement être au final assez stupides (voir le cas Dieudonné) mais il n’y a pas de remède juridique a priori contre la stupidité.