@maQiavel "Pour répondre à votre question, les militants qui se réclament du véganisme se revendiquent dans leur écrasante majorité de la gauche."
C’est un milieu que je connais bien et je dirais que ça évolue vite. C’était vrai du végétarisme (plus cool que le véganisme) quand il était associé à l’écologie de type anti-nucléaire, décroissance, etc. et quand la viande était associée à la chasse et à une tradition de propriétaires terriens. Actuellement, le clivage alimentaire reflète surtout un niveau culturel et les plus gros mangeurs de viande se trouvent dans les couches les plus populaires.
@maQiavel "D’ailleurs , ce qui est entrain de se passer à présent , c’est que les médias sont petit à petit entrain d’abandonner leur clivage gauche droite obsolète pour se réadapter à celui qui existe actuellement au sein de la société , c’est l’une des raisons pour laquelle on voit émerger des émissions café du commerce comme celle de Pascal Praud et la raison pour laquelle de plus en plus depoliticiens essaient de suivre ces tendances."
La question qui se pose est celle-ci : est-il bien avisé de réutiliser la terminologie "droite/gauche" pour désigner le repositionnement de ce clivage dont la forme la plus connue du grand public est obsolète (pour reprendre votre terme) ? Je pense pour ma part que non, aussi bien du point de vue de la philosophie politique que de celui de l’efficacité publicitaire... comme l’a prouvé Macron. Car, de fait, son mouvement n’est "en marche", ni vers la gauche ni vers la droite, mais en avant ; la gauche et la droite étant en arrière, là où il laisse ses adversaires patauger dans l’obsolescence. On voit actuellement des gens essayer de se mobiliser contre Macron en le présentant comme un méchant agent de "la droite" : cette approche est perdue d’avance. Il est temps d’inventer d’autres catégories pour nommer correctement les nouvelles maladies politiques. Mais je reconnais que ce n’est pas facile. Néanmoins, je pense que souverainisme/mondialisme est une terminologie intéressante même si elle a aussi ses limites.
Et pour poser une question en rapport direct avec le sujet : est-ce que le véganisme est de droite ou de gauche ?
Qu’on puisse encore classer sociologiquement des tendances idéologiques "à droite" ou "à gauche" est une chose. Je pense que c’est possible, surtout dans les formes caricaturales et ringardes du gauchisme et de l’ultra-droitisme. Mais cela ne signifie pas que ce classement corresponde aux enjeux politiques fondamentaux de l’esprit du temps. Pour pouvoir classer quelqu’un "à droite" ou "à gauche" aujourd’hui, il faut avoir affaire à une caricature : et ça, c’est le signe net qu’une catégorisation n’est plus opérante. Autre signe évident : le président de la France et le gouvernement actuel sont inclassables en simples termes de gauche ou de droite. Plus encore : la stratégie électorale qui a été efficace est celle qui a consisté à renvoyer la G et la D à leurs caricatures pour en faire des fantômes inquiétant ou comiques. Donc, les caricatures de gauchistes et de droitards pourront bien exister encore longtemps. C’est un petit ronron qui fait vivre quelques journalistes. Ce qui est clair, en revanche, c’est que cela fait déjà longtemps qu’elles ne permettent plus de penser la chose politique ni d’être efficace politiquement.
@maQiavel "C’était d’ailleurs la question que je devais poser : est ce que son conseil a eu une influence déterminante sur le mouvement qu’il a mené au point que ce dernier ne tombe pas dans les travers que vous avez décrit dans votre premier commentaire ? C’est beaucoup moins évident …"
Gandhi a échoué en ce qui concerne son projet collectif, c’est clair. "Après toute une vie consacrée à l’émancipation de l’Inde, Gandhi a eu la douleur de voir son pays se déchirer dans des guerres religieuses sanglantes entre hindous et musulmans. Lui-même hindou, il n’a cessé de plaider pour la réconciliation des deux communautés, ce qui lui a valu d’être accusé de trahison par les fanatiques de sa communauté.".
On ne peut pas entraîner une foule vers la sagesse : la sagesse n’est pas un mouvement de foule. On peut seulement (dans tous les sens de "seulement") être un exemple de cohérence et de sagesse. Et dans un monde fou, c’est généralement un chemin de croix et un sacrifice.
@maQiavel "Cependant, il peut arriver que certaines de ces associations puissent se scléroser idéologiquement. Il peut même arriver que ces groupes deviennent dominants et créent des institutions qui serviront d’outil de persécution des autres associations."
En effet, il n’y a rien qui puisse garantir qu’on va préserver absolument une organisation humaine de ce processus de sclérose. Le risque zéro n’existe pas. Il n’en demeure pas moins qu’on peut avoir conscience de ce péril et éviter les dispositifs et les comportements qui favorisent le sectarisme et la paranoïa collective. Ce qui n’est déjà pas rien. Mais le vrai problème, dans le fond, c’est le désir d’immortalité.