Innocent Gentillet est un huguenot (autrement dit un protestant), qui réagissait à la politique menée par la Monarchie française pendant les guerres de religions.
En vérité, le machiavélisme va comme un gant au protestantisme : en effet, dans le protestantisme, on peut prêter un sens à la bible de par la lecture personnelle qu’on en a, de même qu’on peut juger soi-même de ce qui est bon ou mauvais, ce qui n’est pas le cas dans le catholicisme où on ne choisit pas par soi-même le sens de l’écriture, pas plus que ce qui est bon ou mauvais...
Le catholicisme pose en principe une entité extérieure à soi d’une altérité radicale, quoiqu’elle soit conçue à l’écoute et bienveillante. Le catholicisme ne pose pas la possibilité de définir à partir de son petit nombril une morale universelle. Ainsi, aussi étrange que cela puisse paraître au premier abord, bien que le catholicisme reposât sur la croyance en Dieu, la teneur du politique dans ses sociétés y était résolument réaliste. En revanche, avec son reflux, le réalisme a d’abord cédé la place à l’idéalisme, puis à l’idéologie et enfin à l’utopie.
Mais c’est logique, l’altérité radicale du catholicisme incite à rester toujours attentif aux évènements du monde extérieur, de manière très scrupuleuse, tandis que l’effritement de cette altérité introduite par le protestantisme tend à faire confondre le dedans et le dehors, le soi et l’autre, les désirs et les réalités.
Pour le reste, désolé, j’ignorais que Frédéric II de Prusse écrivit
aussi un anti-machiavel : il dut y en avoir beaucoup. Manifestement, ce
garçon sembla manquer de constance, au vu de sa politique machiavélique,
laquelle fut à l’origine de 2 siècles de guerres Franco-Prussienne,
faut-il le rappeler.
le prince qui a écrit
l’antimachiavel a annexé la Silésie,
et ce n’est pas avec peace and love...
Il me semble que c’est un peu n’importe quoi. Innocent Gentillet, l’auteur de l’anti-machiavel, était un avocat huguenot français et je ne vois pas bien ce qu’il a à voir avec la Silésie... Il doit y avoir erreur ici.
Machiavel est en rupture avec son temps. L’utilitarisme est une morale à la petite semaine. À l’époque, ce qui est moral ne participe pas d’un sentiment personnel, à la manière d’Adam Smith ou de Kant, mais c’est un jugement qui est la propriété exclusive de Dieu lui-même.
Comment l’infime partie du Tout que nous sommes pourrait-elle prétendre savoir ce qui sera finalement jugé bon par le Tout lui-même ?
Les sacrifices humains des Aztèques et des Incas n’en faisaient quand-même pas les plus belles des sociétés.
D’ailleurs, Cortes et sa poignée d’aventuriers n’auraient jamais pu conquérir l’empire Aztèque s’ils n’avaient pas eu le soutien des tribus indiennes asservies par les Aztèques et qui leur servaient de bétail à sacrifier. Mexico comptait 1 million d’habitants !
Quand on regarde la colonisation du Mexique, les choses sont plutôt "Cortès fédère les ennemis des Aztèques", et ils étaient nombreux : la civilisation Aztèque devait être un vrai cauchemar.
Les sociétés Européennes n’étaient pas les pires loin de là. Le niveau général de prospérité de la généralité des pays Européen le montre. Aujourd’hui, certes, cela se dégrade, mais l’Europe n’est plus du tout la même.
Après quelques réflexions sur ce sujet, je crois être en mesure d’affirmer que ce qui a décidé du devenir des sociétés du Nouveau-monde, ce sont les tous premiers actes d’implantation. Un peu comme la graine qui produit l’arbre selon son essence propre, la forme des premiers établissements fut prolongées pour former certaines sociétés.
De ce point de vue, l’histoire en Amérique du Nord est radicalement différente de l’histoire aux Antilles et en Amérique du Sud.
À l’époque, l’esclavage avait déjà disparu de toute l’Europe, excepté dans les zones au contact des empires musulmans. À Séville au Sud de l’Espagne, dans les empires maritimes méditerranéens de Venise et de Gênes, survivaient les marchands d’esclaves qui en faisait trafic vers le Sud et l’Orient de la méditerranée, le coeur de l’Europe n’offrant aucun débouché.
Or, Colomb était Génois. Manifestement, l’esclavage ne le dérangeait pas. Dès le retour de son second voyage, il revint avec des indiens pleins les cales pour les revendre comme esclaves. Cela choqua le Roi d’Espagne qui escomptait faire des indiens des sujets loyaux et libres.
À son troisième voyage, Christophe Colomb décida de faire un détour par le Cap-Vert. C’est un bien étrange détour. Qu’était-il allé chercher dans cette île sans eau ? J’ai l’intuition, mais non la preuve, que Christophe Colomb est allé chercher dès ce troisième voyage des esclaves africains. J’imagine qu’il avait fixé rendez-vous à quelque trafiquant au Cap-Vert pour y prendre discrètement sa cargaison d’esclave à bord.
Ainsi, dès l’origine, aux Antilles et en Amérique du Sud, fut fondée une société résolument esclavagiste. Celle-ci s’étendit dans toute la zone au contact : Virginie, Caroline, puis en Louisiane lorsque les planteurs de Saint-Domingue s’y établirent.
En revanche, la fondation des sociétés en Amérique du Nord fut radicalement différente. Au Québec, il n’y eut pas d’esclavage, les indiens furent considérés comme des sujets à part entière ; Autant que je sache, il n’y eu pas de déportation d’esclaves africains vers le Québec.
Je dirais donc que la forme de ces sociétés nouvelles vint de la mentalité des premiers colons. Le sous-nombre fut géré diversement : l’importation d’esclaves d’Afrique au Sud, des relations commerciales au Nord. Mais, en vérité, je doute que le sous-nombre ait eu tellement d’importance du fait de la supériorité des armes des colons.
Les explorateurs Vénitiens et Génois, accoutumés au trafic d’esclave vers l’orient, ont assez naturellement vu les nouvelles terres de l’ouest comme une manière de faire croître ce marché. Les explorateurs français y ont plutôt vu une manière d’étendre la parole du Christ. La papauté avait clairement condamné l’esclavage.
Avec le protestantisme, ces réseaux Génois et Vénitiens se sont implantés en Europe du Nord, GB et Hollande, lieux plus pratiques pour accéder au marché (moins de pirates maures), et ces pays sont rapidement devenus la plaque tournante du trafic. On peut voir ces trafiquants Vénitiens et Génois relocalisés en Hollande et à Londres comme les initiateurs du capitalisme cosmopolite moderne. Les Antilles concentrent la majeure partie des paradis fiscaux du monde.