Vous évoquez la présence de "boulets" dans une équipe gouvernementale. Si nous mettons en place un régime semblable à celui d’Athènes, où les mandataires sont des exécutants au service d’institutions démocratiques, déjà nous ne pouvons plus parler d’une équipe gouvernementale.
S’il s’agit de dire que ces mandataires - dont la fonction s’apparenterait dès lors à celle de fonctionnaires d’états, on serait tenté de dire "ils doivent être professionnels", or, dans le même temps, nous nous plaignons de ces technocrates, parce qu’ils sont procéduriers, lents, s’enferrent dans des situation kafkaïennes et ubuesques, et se montre souvent "inhumains".
S’il s’agit, par contre, d’une véritable équipe gouvernementale (qui écrivent et votent les lois), donc que nous ne sommes pas dans un régime démocratique, l’argument de la formation ne tiens que dans l’idée que "ça doit aller vite".
Pardon, mais si l’argument de la vitesse de décision est le point nodal de notre propos, je conseille franchement d’opter pour la dictature. La démocratie a besoin de temps, parce qu’elle fonctionne différemment que les autres formes de gouvernement.
Les critiques faites par les patriotes antidémocrates du XVIIIe s. disaient que le problème, avec les démocrates, c’est qu’ils doivent d’abord sentir avant de voir. C’était une critique de la lenteur et de l’apparente incapacité à décider des assemblées populaires qui se sont spontanément formées un peu partout pendant la guerre d’indépendance Américaine.
Or, "sentir" avant de "voir", moi, cela me semble foncièrement plus pertinent, plus sage, plus raisonnable. Sentir, c’est faire l’expérience, et l’expérience est un meilleur guide que les croyances. "Voire" ne permet pas toujours de comprendre. "Sentir" apporte de précieux éléments, factuels, pour comprendre ce que l’on "voit".
Il faudrait du temps aux "boulets" pour se former ? Déjà, je n’en suis pas sûr (et vous n’en savez rien), mais en outre, même s’il faut un peu de temps pour qu’ils se forment, en quoi cela empêcherait la dynamique ? D’autre part, il existe des procédures qui permettent d’écarter les "vrais" boulets, cela s’appelle la docimasie, et vous n’ignorez pas cette procédure.
Donc, votre argument ne m’apparait pas recevable. Il reflète une conception beaucoup trop élitiste à mon goût, et peut-être une forme d’arrogance ou de mépris à l’égard du peuple, que je peux éventuellement comprendre, mais qui fait mal quand même. J’espère que je me trompe.
[celui qui refuse en bloc de se servir de son cerveau, il ne me dérange
pas... tant qu’il n’a pas de prétention à la participation politique par
seul souci de ses droits imprescriptibles.]
Eric, et si MOI (je me prend en exemple, mais on peut dire "tous ceux") j’ai la "prétention" de participer à la chose publique, politique, afin de faire valoir mes droits imprescriptibles, je fais QUOI ? Concrètement ?
Mais attention, hein : ne viens pas me sortir l’inévitable tarte à la crème « entre en politique ». Tu sais ce que je pense de la politikè et tu sais que je refuse de me laisser pervertir par ce jeux de dupes. Tu sais en outre qu’à moins de sucer beaucoup, beaucoup, beaucoup de queues (et d’avaler des tonnes de ... afin t’as compris), je n’en ai pas les moyens - et n’en aurai sans doute jamais.
Aaaah, la question des mots. Du vocabulaire (je viens de me refaire Inculture(s) 1, donc bon...).
Alors :
« talents épars »
ou
« talents complémentaires »
Parce que, certes, je ne peux pas faire une opération à cœur ouvert (du moins avec espoir de survie du patient)
MAIS
Je sais : dessiner, peindre, travailler le fer, le cuir, le bois, créer des costumes, reconstituer des armures, concevoir une maison à ossature bois, dessiner un plan de maison, fabriquer une maison à ossature bois, calculer la longueur de l’hypoténuse, concevoir, dessiner et monter une charpente, ... et vous savez quoi ? Je sais MÊME penser par moi-même le monde !
HÉLAS : la moitié des activités que j’ai dis savoir faire, je ne pourrais les faire seul ; il me faudrait de l’aide.
Alors ma question est : comment se fait-il que je le sache - ET QUE JE LE DISE -, et que ceux qui se prétendent plus "talentueux" ne le disent pas ALORS QU’ILS LE SAVENT ?
@ Micnet Je pense que tout le monde est capable de penser par lui-même, si on lui permet de développer cette faculté. C’est comme la vue, hein : si vous occultez la vue d’un nourrisson pendant ses deux premières années, même si au départ il disposait d’organes de la vue seins, il sera aveugle à vie. Pourquoi ? Parce que l’environnement ne lui aura pas offert les stimuli nécessaires permettant de développer son sens de la vue (c’est authentique, ça, hein, ce n’est pas une allégorie). Maintenant, j’admet que dans note société, là, ici, maintenant, beaucoup n’ont pas eut les stimuli suffisant pour développer leur faculté de penser. Je ne suis pas convaincu que ce soit seulement une question de talent. Mais même en supposant qu’il y ait des talents de penser différents, cela n’enlève rien au fait que des représentants élus qui décident de tout à ma place, alors que j’estime, moi, être en mesure de penser (et même, beaucoup mieux qu’eux si j’en juge par leur bilan) me prive d’un pouvoir qui me revient : participer directement à la chose publique. Qui va juger de qui peut penser par lui-même ? La question même montre l’arrogance et la laideur d’un tel concept : il emporte avec lui la tyrannie, et dans le meilleur des cas, un paternalisme digne d’un parent toxique. _ _ _ Morpheus