[pour le coup, nous ne sommes plus ayants droits. Si la communauté nous précède, c’est dans le respect des devoirs que nous devons lui porter que nous méritons nos droits. Et beaucoup d’autres choses qui mettent un terme à l’idée d’un contrat social, défendu par Chouard...] R/ Tss, tss, Eric, ne soyez pas si binaire, voyons ! Le fait que je ne naisse pas individu, mais que le processus d’individuation se poursuit tout au long de la vie démontre que communauté et individuation dépendent les uns des autres : c’est un processus, donc une dynamique entre partenaires. Je n’ai pas demandé à naître, pourtant mes parents (et la communauté dans laquelle ils s’individualisent) ont voulu que je naisse. Bon, voilà, je suis là, et en grandissant, je nourrit mon processus d’individuation grâce à mes rapports aux autres (et à la communauté, donc) ET VICE VERSA ! Voyez ? C’est dans les deux sens. Oui, "je dois" à mes parents, oui, "je dois" à mon institutrice, oui, "je dois" à mes profs, ... Mais si je n’existe pas, qu’est-ce qui nourrit le processus d’individuation de mes parents, de mon institutrice, de mes profs, ... ? Surtout, souvenez-vous : personne n’a demandé à naître. Faudrait-il justifier d’une existence a priori non réclamée ? Le piège du "je dois" est le même que le piège du "je suis un pécheur, je dois m’amender de fautes abominables que j’aurais commise avant même de venir au monde" (doctrine du péché originel en résumé et en clair). C’est par ce piège-là que, précisément, nous obtenons - et déplorons (remarquez qu’à un moment, il faudra décider entre les deux) - ce que nous appelons "la servitude volontaire". En réalité - et quelque soit notre âge, notre sexe, notre niveau d’éducation, de fortune, notre couleur de peau, notre orientation sexuelle, etc. nous nous devons mutuellement. C’est ça, la notion d’égalité. Nous participons tous, chacun à sa manière, à une dynamique interdépendante ; le principe central de ce processus dynamique, c’est la loi de causalité réciproque - RÉ-CI-PROQUE ! De là, le contrat social défendu par Chouard prend tout son sens. Morpheus
Je suis d’accord que nous ne naissons pas individus, mais que le processus d’individuation se poursuit tout au long de la vie. Concernant le problème de la culture, je renvois aux deux conférences gesticulées (Inculture(s) 1 et Inculture(s) 2). Jouissif ET très instructif (on apprend plein de trucs). _ _ _ Morpheus
Il y avait quelques intellectuels pour défendre la démocratie, ou à tout le moins critiquer les régimes dit représentatifs. Ainsi l’anglais John Oswald, qui traverse la manche pour se joindre à la révolution française, signe un pamphlet (Le gouvernement du peuple. Plan de constitution pour la république universelle) dans lequel il ironise : « J’avoue que je n’ai jamais pu réfléchir sur ce système de représentation sans m’étonner de la crédulité, je dirais presque la stupidité avec laquelle l’esprit humain avale les absurdités les plus palpables. Si un homme proposait sérieusement que la nation pissât par procuration, on le traiterait de fou ; et cependant penser par procuration est une proposition que l’on entend, non seulement sans s’étonner, mais qu’on perçoit avec enthousiasme. » Il épingle ensuite, toujours sarcastique, « l’intention charitable de ces messieurs [les représentants], qui veulent nous épargner la peine de penser par nous-mêmes ». En fait, il ne voit pas la différence entre les dirigeants qui justifient leur autorité en se disant représentants de la "Lune" ou du "Soleil", et ceux qui affirme représenter le peuple. Le discours selon lequel le peuple est mieux gouverné et plus justement par des représentants élus, plutôt que désigner par une divinité ou par le sang, relève selon lui tout autant d’une pensée ésotérique - magique - qui constitue surtout un mensonge pour justifier la domination des dirigeants sur le peuple. _ _ _ Morpheus
Selon le livre de Francis Dupuis-Déri : « De très nombreux théoriciens politiques d’aujourd’hui reconnaissent cette agoraphobie originelle de la philosophie politique occidentale, qui prend racine dans le monde gréco-romain de l’Antiquité. Ainsi, l’historien des idées politiques J.S. McClelland affirme que la "tradition occidentale de pensée politique [...] commence avec un biais profondément antidémocratique." Platon dépeignait en effet la démocratie comme un régime fondé dans la violence et le meurtre, précisant qu’elle "apparaît lorsque les pauvres, ayant remporté la victoire sur les riches, massacrent les uns, bannissent les autres, et partagent également avec ceux qui restent le gouvernement et les charges publiques". Un tel portrait n’a rien pour séduire les dirigent du mouvement indépendantiste en Amérique et du mouvement révolutionnaire en France, qui appartenaient pour la plupart à la classe aisée de leur société respective. [...] Les membres de l’élite des mouvements patriotes en Amérique du Nord et en France lisaient des ouvrages écrits par des historiens du XVIIIe s. qui traitaient de l’Antiquité grecque. Or ces historiens adoptaient généralement une position très critique à l’égard de la démocratie athénienne. Ainsi, le mot "démocratie" a fait référence pendant plus de deux mille ans en Occident à la fois à la classe des pauvres politiquement mobilisé contre les riches et à un régime où les pauvres oppriment ou massacrent les riches. » _ _ _
Comment, dans ces conditions, imaginer que des érudits, souvent riches ou de la classe aisée, dont certains (les plus farouchement antidémocrates) sont directement intéressé par leur enrichissement personnel, adoptent une opinion différente de la démocratie ? D’une part, ils prennent à leur compte la pensée unique de leur temps (seule la république - régime électoral représentatif - est un régime vertueux, tous les autres sont abominables), d’autre part, ils ont un intérêt personnel à soutenir un régime représentatif et non démocratique. Dès lors, ils ne sont pas objectifs, mais de parti pris. _ _ _ Morpheus