Je voulais dire que l’on n’avait pas pris les bonnes décisions pour tenter de les intégrer. Tout le monde voyait déjà les problèmes dans les années 80, voire dès la fin des années 70 quand les communistes ont commencé à dénoncer les problèmes engendrés par l’immigration de masse dans les banlieues. En 20 ans, des choses auraient pu être faites ou ont été ratées, l’histoire du voile à l’école, l’arrivée des imams salafistes financés par l’Arabie Saoudite...
Evidemment, l’ironie fait que ce sont les pays les plus racistes et les moins ouverts au monde qui n’ont par définition aucun problème avec les étrangers. A l’inverse la France qui applique sans doute une des politiques les plus libérales et généreuses au monde en matière d’immigration (logement social, gratuité des études et logement en cité U, gratuité des soins, etc.) a la réputation de mal accueillir les étrangers et de pratiquer une politique "discriminatoire" à l’encontre des musulmans. Même le Qatar qui a quasiment rétabli l’esclavage pour les travailleurs étrangers est moins critiqué.
Il faut dire que cette réputation a été largement façonnée par les Français eux-mêmes.
Le virage néoconservateur de la politque étrangère française a effectivement été un désastre, mais sur le plan intérieur il n’a fait qu’accélérer la déliquescence engagée depuis 3 ou 4 décennies en donnant un prétexte supplémentaire à certains djihadistes, les plus "politisés".
Sur la Syrie, la France est diplomatiquement sur la touche depuis qu’Obama a refusé de déclencher l’intervention en Syrie. Si on devait suivre la logique, les attentats devraient frapper en priorité les USA qui bombardent au moins 20 fois plus et les Anglais, qui bombardent aussi beaucoup plus que nous et dont les services de renseignement sont également plus impliqués. Or, aucun de ces pays n’a pour le moment été ciblé pour ce motif.
La Lybie... soit, mais cette intervention n’a pas été décrétée unilatéralement et la France n’était pas toute seule. En plus on faisait le boulot de la ligue arabe...
L’idée selon laquelle la France est frappée parce qu’elle est intervenue en Syrie est complètement absurde. C’est un épiphénomène, un prétexte lié aux circonstances géopolitiques. Les islamistes frappaient déjà la France dans les années 70 et 80, aujourd’hui, c’est la Syrie, à l’époque c’était autre chose.
Je vois trois facteurs principaux :
- ressentiment lié à l’héritage colonial aggravé par la décision folle qui a consisté à faire entrer en France des millions de maghrébins, en faisant tout ce qu’il fallait par ailleurs pour ne pas les intégrer.
- antiracisme institutionnel qui a détourné les revendications sociales légitimes des "jeunes" de l’époque pour créer la figure victimaire du "beur" à laquelle on a opposé, dans l’imaginaire collectif des années 80-90, celle du "facho", français moyen, moitié-collabo dénonçant les juifs, moitié-colon exploitant les immigrés, en mettant entre les deux les juifs mitterandiens éclairés de SOS Racisme pour les aider à développer une communication saine (ironie).
- faillite civilisationnelle et historique du monde arabo-musulman entraînant un repli identitaire dans une version sclérosée de l’Islam. Il y a un paradoxe entre les musulmans, qui entrent à titre individuel, de manière volontaire ou non, dans le monde moderne, caractérisé par le progrès technologique, la mobilité sociale et le désir de consommation, et l’Islam en tant que culture qui tend à s’opposer à cette "dérive" matérialiste et à induire une résistance chez le croyant. Quand le musulman est normalement intégré, ça maintient la pratique religieuse et communautaire dans une norme gérable par la société d’accueil. On le voit en Angleterre où il y a énormmément de prêcheurs complètement allumés mais où les Musulmans sont beaucoup mieux intégrés économiquement. En revanche, quand on se retrouve comme en France avec des millions de jeunes hommes oisifs grâce à l’assistanat généralisé et à la préférence patronale pour le chômage de masse, ce clivage peut déboucher chez les plus fragiles sur une véritable démence, en particulier chez des binationaux déjà naturellement "clivés" entre la culture d’origine et le pays d’accueil. C’est pourquoi il n’y a pas lieu d’opposer la dimension psychiatrique à la religiosité chez les djihadistes, elles sont plutôt complémentaires.
Les Islamistes leur offrent en réalité une porte de sortie, l’occasion de résoudre cette contradiction insoluble dans la violence libératrice, en retrouvant symboliquement la grandeur des premiers temps barbares de l’Islam (conquête et soumission des peuples sédentaires et producteurs). Ibn Khaldoun expliquait déjà à son époque que les Arabes avaient tendance à s’avachir et à dégénérer dans la paix car ils refusaient de s’adonner aux activités médiocres et productives des "races d’esclave". On voit d’ailleurs très bien ce que cela donne chez les gros loukoums voluptueux et diabétiques d’Arabie Saoudite et du Qatar. De fait, il y a très peu de nations musulmanes industrieuses et elles sont toutes situées dans le sous-continent asiatique et indien : Turquie, Iran, Indonésie et Pakistan. Or, le point commun de tous ces peuples est d’avoir refusé l’assimilation arabe, contrairement aux peuples du Maghreb et d’Afrique.
Cette séquence est le triste révélateur de la compromission des journalistes et des agents médiatiques qui se taisent depuis des années, car il est évident qu’on ne se réveille pas du jour au lendemain en pensant qu’il faut réformer le droit du sol. Il est tout aussi évident que les mêmes propos tenus sur la même chaîne, il y a dix ans, auraient entraîné la mise à pied du journaliste ou un blâme du CSA.
Et encore, tout cela reste très timoré. Il ne faut pas oublier qu’au lendemain du 11 janvier on nous annonçait la renaissance de la nation de 1792 et le retour du service militaire, et qu’après le 13 novembre on claironnait à Versailles le patriotisme, la déchéance de nationalité, le retour aux valeurs républicaines... tout a été soit méthodiquement abandonné, soit combattu avec acharnement par la gauche, ou déclaré "irréaliste" ou "innaplicable" en fin compte pour cause de déficit, de "ça ne sert à rien", de "c’est contreproductif" ...
Est-ce du courage ou simplement lâcher un peu de leste ? Je fais le pari que la chappe du politiquement correct et de l’impuissance collective va retomber encore plus rapidement que les dernières fois. La loi des rendements décroissants peut s’appliquer aussi à la politique. Le tintammare bleu-blanc-rouge des évènements sportifs, la Marseillaise galvaudée, la mise en scène de la solennité républicaine, tout cela va finir par rencontrer la lassitude et la colère de la population si des actions concrètes ne sont pas associées aux décisions symboliques.
Apparemment les loyalistes auraient le contrôle mais de toute façon, ça ne changera pas grand-chose, Erdogan est fini comme chef d’Etat, toute ses combinaisons politiques se sont retournées contre lui : attentats de Daesh, excuse à la Russie, coup d’Etat... ce sera difficile derrière de continuer à porter ses velléités de restauration impériale néo-ottomane.
Probablement lâché par les Américains, dans l’histoire, qui soutiennent les Kurdes.