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Classique. Une autorité délégitimé (par les sondages, par ses pratiques, par les résultats de ses politiques en échec dans la quasi-totalité des domaines : emploi, sécurité, Europe, politique étrangère) tombe dans l’autoritarisme, fut-il "républicain", pour tenter de se sauver.
Sur le fond ce règlement de compte entre Estrosi et les services de l’Etat qui tentent chacun de se renvoyer la responsabilité est assez lamentable. Voilà le produit d’une décentralisation mal gérée qui permet à chacun en réalité de s’exonérer de sa responsabilité politique. Cazeneuve et Estrosi, dans un environnement démocratique "normal", auraient du démissionner de leur fonction. Le premier, en raison de l’échec de sa politique faussement sécuritaire et anxiogène, le second, pour sa gestion locale caractérisée par un cynisme sarkozien consistant à capitaliser d’un côté sur l’effroi "identitaire" de petits vieux rassurés par des milliers de caméra (gadget quand personne ne surveille...) tout en s’adonnant de l’autre à des "accomodements raisonnables" avec les islamistes et autres lobbies communautaristes locaux.
Nous connaissons à nouveau avec Hollande et Valls les grandes heures du molletisme que Alain Duhamel (pas un dangereux réac, donc) décrivait ainsi :
Sous la IVe République, Guy Mollet s’était rendu tristement célèbre en conjuguant un maximalisme idéologique implacable et une pratique politique caricaturalement opportuniste. Ce dédoublement de personnalité du leader inamovible de la SFIO, dénonçant impitoyablement le réformisme dans l’opposition pour le mettre aussitôt en application une fois au pouvoir (il dirigea le plus long gouvernement de la IVe République), avait joué un rôle décisif dans la dégradation irrésistible de l’image des socialistes et dans le rejet irréversible du régime.
Ce "dédoublement de personnalité" se retrouve bien chez Hollande, qui se montre aussi "maximaliste" en matière de politique étrangère que flou et "caricaturalement opportuniste" en matière de politique intérieure.
Et le PS va dérouler jusqu’aux élections, en expliquant que Daesh et le FN c’est kif-kif bourricot et qu’Hollande est la seule alternative à la montée de la bête immonde salafo-lepeniste. Pendant ce temps-là, on continuera de dérouler le tapis rouge à la mafia saoudienne. Bref, la bonne vieille formule miterrandienne mise à jour.
@maQiavel
Je dirais plutôt qu’Aldo Stérone est culturaliste, pas essentialiste. Je ne l’ai jamais entendu dire qu’un maghrébin ou un arabe en tant que tel était voué à connaître un certain type de destin, il articule toujours ça à la religion ou à la culture islamique en insistant particulièrement sur la notion d’endoctrinement. D’ailleurs, les identitaires lui reprochent justement de ne pas faire la bascule dans le racialisme, en liant les deux dimensions, car eux sont évidemment culturaliste ET racialiste.
Le problème, c’est que l’école francophone de manière générale est devenue allergique au culturalisme, qui a été chassé de l’université par les marxistes et les libéraux. Ce n’est pas le cas dans le monde anglophone. D’ailleurs, toute réflexion culturaliste est assimilée abusivement en France à du néoconservatisme, puisqu’effectivement un culturaliste ne va pas raisonner spontanément en termes de système ou de rapport de domination de classe, ethnique, etc... avec lui, il n’y a pas de "damnés de la terre". Il est du reste loin d’être le seul à attribuer à la religion le retard technique et scientifique des pays musulmans.
Bref, je trouve que vous lui faites un mauvais procès, comme nombre de ses détracteurs, qui lui reprochent tous au fond la même chose : c’est à dire de ne pas parler d’autre chose. Sur le fond, j’ai rarement vu quelqu’un le contredire, contester ses sources ou démonter ses arguments qui sont souvent d’une précision implacable (je crois qu’il est ingénieur de formation). On lui fait en revanche beaucoup de procès d’intention injustifiés sous prétexte que des publics variés s’intéressent à lui.
Moi j’ai plutôt l’impression qu’il dénonce l’aliénation des "prolos musulmans" et l’instrumentalisation de la religion par les autorités musulmanes dans un but de domination politique, et qu’il développe une pensée critique de la tradition musulmane que personne n’interroge en règle générale. Les Occidentaux, parce qu’ils n’ont pas accès aux textes, les Musulmans parce qu’ils ne les connaissent pas ou qu’il en ont une compréhension figée.
Sinon, si on doit l’accuser de "capitaliser" sur les évènements à Nice alors il faut faire le même procès à Soral et ER qui nous gonfle depuis 3 jours à présenter Soral comme un "prophète" sous prétexte qu’il a vaguement annoncé des attentats cet été, ce à quoi tout le monde s’attendait par ailleurs.
@erQar
Ton histoire, ça me fend le coeur.
Les réseaux franc-maçonniques français qui ont déclenché le coup d’Etat en Turquie, de mieux en mieux, la parano n’a pas de limite 
@maQiavel
Une hypothèse démontrée n’est plus une hypothèse, mais un axiome ou une vérité. Enfin, on ne va pas jouer sur les mots, ça pourrait être sans fin.
Sinon, j’insiste, je n’ai pas dit qu’Erdogan avait organisé lui-même le coup d’Etat. J’ai dit que l’échec de sa politique avait enhardi une partie de l’opposition dans l’armée ; qu’il en avait sans doute eu vent (ainsi que certaines ambassades étrangères) et décidé d’exploiter la situation à son avantage dans le but de réaffirmer son autorité dans une situation politique difficile. L’armée turque a, à juste titre, une excellente réputation (je veux dire en termes d’efficacité opérationnelle). Les images de soldats aguerris se faisant bastonner par des civils parce qu’il n’y avait pas d’infanterie en soutien des chars sont pour le moins surprenantes.
Concernant le virage à 180 °, c’est une expression. Je voulais simplement dire que la politique d’Erdogan a changé ces dernières semaines vis-à-vis de Moscou et de Damas. Et ce changement rééquilibre la politique de la Turquie, je ne vois pas ce qu’il y’a de difficile à comprendre là dedans …
J’ai expliqué pourquoi je ne partageais pas cette vision des choses, donc il est inutile d’approfondir un désaccord.
Et c’est ce que je dis plus haut : ce rééquilibrage est le résultat de la politique catastrophique d’Erdogan qui s’est retourné contre lui, surtout concernant la question Kurde, raison pour laquelle il a engagé un réchauffement des relations de la Turquie avec Moscou et Damas.
Je n’ai pas voulu employer le terme d’humiliation jusque-là, mais c’est bien de ce dont il s’agissait avec Poutine qui avait déclaré il y a quelques mois qu’il ferait ramper Erdogan, en termes diplomatiques bien sûr, mais c’est ça que ça voulait dire. Quand vous écrasez le pied d’un type avec lequel vous n’êtes pas d’accord, et que celui-ci, en échange, vous colle une baffe, et que vous lui présentez des excuses, il me semble que le mot "réchauffement" pour décrire le retour à une relation pacifiée est un euphémisme. Et je ne dis pas ça par haine mesquine contre Erdogan, Poutine a fait la même à Sarkozy quand celui-ci est venu lui chauffer les oreilles avec les "droits de l’homme".
Les médias russes n’y vont pas par quatre chemins :
https://fr.sputniknews.com/international/201602131021724543-Erdogan-guerre-syrie/
(et confirme ma vision des choses)
Vous avez quelque chose sur le réchauffement avec Damas ? Ca me surpend effectivement ! Ca voudrait vraiment dire qu’Erdogan était à cour d’options en matière de poltique étrangère, justifiant donc ce serrage de vis à l’intérieur du pays.
------> Beaucoup de choses si on considère que l’objectif que s’étaient fixé la classe dirigeante américaine à l’effondrement du bloc soviétique était de jouer le rôle d’hégémon , de tenir leur rôle de “nation indispensable” ou “référence exceptionnelle”, absolument nécessaire au règlement de tous les contentieux et querelles de par le vaste monde.
Hum... sur ce plan les USA conservent un rôle dominant, et Moscou d’ailleurs ne peut faire qu’illusion. Les seuls à pouvoir contester sérieusement la puissance américaine, ce sont les Chinois, et ils procèdent d’ailleurs de façon beaucoup plus méthodique, étape par étape, là où Poutine a besoin symboliquement de rechercher la confrontation avec les Américains pour justifier sa stature. Je crois que les Américains ont fini par le comprendre et sont désormais résolus à le "gérer" en attendant qu’il dégage.
@maQiavel
Une hypothèse fiable mais non démontrable ? euh...
Pour ma part, je ne fais pas d’hypothèses, je me contente d’interpréter une situation à partir d’éléments tangibles. On peut théoriser sans fin sur la nature de la politique et de la géopolitique, il y a en l’occurrence des éléments très lourds qui interdisent à mon sens de penser qu’Erdogan envisage un virage "à 180°" de la politique étrangère turque. Si tant est qu’il en ait les moyens.
Par ailleurs les Turcs (sunnites) haïssent les alouïtes de Syrie, alors je ne vois pas où vous voyez les signes d’un rapprochement possible entre Erdogan et Bachar, alors qu’un des buts de la Turquie a toujours été le renversement du régime syrien.
Je ne veux pas non plus jouer sur les mots, mais un "virage à 180°" et un "rééquilibrage" ça ne veut plus du tout dire la même chose, donc choisissez le terme qui traduit le mieux votre pensée. Je pense pour ma part qu’Erdogan est très remonté contre Obama pour les raisons que j’ai indiquées et qu’il se livre à un serrage de vis pour rattraper une série de déconvenues et d’échecs objectifs sur le plan géopolitique. Fiasco du double-jeu avec Daesh. Retrait des Saoudiens de la crise syrienne laissant la Turquie seule face à l’Iran et la Russie. Lâchage d’Obama qui n’a pas voulu jouer la surenchère avec les Russes et qui a interdit à Erdogan de s’en prendre aux Kurdes (les seuls à lutter contre Daesh sur le terrain).
La Turquie était entrée dans la crise syrienne avec des atouts-maîtres et pouvait espérer gagner sur plusieurs tableaux : renverser Assad, écraser les Kurdes (grâce à Daesh), faire pression sur les pays européens grâce à la crise des réfugiés, se poser comme puissance régionale incontournable. Au final Erdogan se retrouve avec une crise politique interne et un coup d’Etat avorté. S’il y a un "rééquilibrage", je veux bien le concevoir, mais c’est avant tout la sanction d’un échec.
Enfin, je ne vois pas ce qui vous permet de dire que la politique américaine est mauvaise du point de vue des intérêts américains. C’est comme ceux qui expliquent que la politique russe actuelle est mauvaise du point de vue des intérêts russes.
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